À Madagascar, les habitants d’une colline d’Antananarivo dans l’angoisse des chutes de roches

Sur la colline de Manjakamiadana à Antananarivo, les habitants s'inquiètent des risques d'éboulement à l'approche de la saison des pluies.
Sur la colline de Manjakamiadana à Antananarivo, les habitants s'inquiètent des risques d'éboulement à l'approche de la saison des pluies. © BNGRC

Alors que la saison des pluies va commencer début novembre, les habitants du flanc d’une colline d’Antananarivo, la capitale malgache, s’inquiètent des risques d’éboulements et de glissements de terrain. Depuis plusieurs années, de grosses pierres rocheuses tombent régulièrement sur les toits des habitations, faisant des morts et des blessés.

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La colline de Manjakamiadana est l’une des plus hautes d’Antananarivo. Elle est aussi d’une grande portée historique puisqu’y est perché le palais Rova de Manjakamiadana, appelé aussi le palais de la Reine, où résidaient les différents souverains du pays entre le XVIIIe et le XIXe siècles.

Autour de ce palais se sont développés au fil des années plusieurs quartiers dont les habitations ont été construites sur les versants de la colline : c’est la Haute-Ville. Mais depuis plusieurs mois, l’inquiétude monte chez les habitants alors que s’approche la saison pluvieuse. De grandes fissures sont apparues sur des roches qui trônent sur les toits des maisons en contrebas et de grands blocs de pierre menacent de tomber.

"Les roches s’effritent et certaines sont comme détachées de la colline"

Aimanantsu, 30 ans, vit dans le quartier d'Ampamarinana, l’un des plus vulnérables.

Mon quartier se situe à l’ouest du palais de la Reine. Ici, nous vivons dans la peur constante d’être tués un jour par un glissement de terrain. Les roches s’effritent et certaines sont comme détachées de la colline.

Quelquefois, les pierres tombent sur les toits et détruisent les maisons. Et cela fait régulièrement des blessés. Mais il suffirait d’une forte pluie ou d’un cyclone pour que tout s’effondre. Chaque année, il y a des éboulements qui font des dizaines de morts.

Certains superstitieux pensent que ce sont les esprits des anciens qui sont en colère et nous punissent à cause du non-respect de certains interdits. Mais moi, je pense que les roches sont altérées à cause des pluies diluviennes et brusques du fait du réchauffement climatique [ces dernières années le pays a connu des saisons pluvieuses dévastatrices, mais nous n’avons pas trouvé des données illustrant l’intensification des pluies, NDLR].

Depuis l’éboulement, en février 2019, d’un rocher à Amparimanana, qui avait tué quatre personnes, les médias malgaches alertent régulièrement sur les menaces d’éboulement du fait de la porosité des roches exposées à la pluie.

"Évacuer : c’est la seule solution pour éviter le drame"

Cette année-là, le média en ligne Madagascar-Tribune.com évaluait à au moins 2 000 le nombre d’habitants vulnérables. Selon Olivier Elack, général de brigade et directeur du Bureau national de la gestion des risques et catastrophes (BNGRC), contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, "le danger est aujourd’hui imminent pour environ 50 maisons".

Nous avons dépêché des équipes sur place pour voir l’état des roches. Elles sont surveillées constamment. Les roches de la colline se dégradent aussi en raison des activités humaines et de la pression démographique exercée sur cette colline.

Il y a de plus en plus de voitures et de camions qui passent chaque jour. Et de plus en plus de personnes construisent sur le flanc de la colline. Certains de manière anarchique sans autorisation et à des endroits qu’il ne faut pas. Un meilleur contrôle de ces constructions illicites aurait permis de réduire le danger. Les lieux les plus à risque ont été identifiés et nous avons demandé aux habitants de quitter leurs maisons. Évacuer : c’est la seule solution pour éviter le drame.

"Pour le moment, les autorités sont comme endormies"

Mais comme plusieurs riverains, Aimanantsu n’est pas prêt à abandonner la maison où il est né et a vécu toute son enfance avec ses parents.

Pour aller où ? Nous n’avons nulle part où aller. Nous avons toujours vécu ici et nous n’envisageons pas de quitter cet endroit. Pour l’instant, des drapeaux rouges ont été placés aux endroits identifiés comme critiques. Mais l’État doit nous aider à trouver des solutions plus drastiques. Soit nous trouver des logements qui ne soient pas loin de nos lieux de travail. Soit extraire les blocs de roche qui se sont décollés. Mais pour le moment, les autorités sont comme endormies.

Cette dernière solution avait été déjà testée en 2018. Selon L’Express de Madagascar, un rocher d’une quinzaine de tonnes qui s’était écarté de la roche mère avait alors été détruit dans le quartier Ambohitsiroa. Mais pour le directeur du Bureau national de gestion des risques et des catastrophes, une telle mesure n’est pas à l’ordre du jour.

En 2018, la roche en question était isolée. Ce n’est pas le cas de celles qu’on a repérées actuellement et qui sont proches des habitations. Cette solution mettrait en danger les populations. Je comprends que cela soit difficile. Mais la seule solution serait de quitter les lieux. Nous sensibilisons beaucoup et essayons de convaincre les habitants. Mais le choix de rester ou de partir leur revient.