Au Mali, la production de riz menacée par des attaques terroristes dans le centre du pays

Une rizière incendiée par des djihadistes dans un village du cercle de Niono dans le centre du Mali.
Une rizière incendiée par des djihadistes dans un village du cercle de Niono dans le centre du Mali. © Observateurs

Plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux, le 11 octobre, montrent les dégâts matériels après plusieurs attaques attribuées à des jihadistes dans des rizières du cercle de Niono, situé dans la région de Ségou, dans le centre du Mali. Ces attaques pourraient compromettre les prévisions de production de riz et des acteurs agricoles craignent une crise alimentaire si rien n'est fait.

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C’est le calme précaire dans les villages du cercle de Niono. Mais les paysans ne savent plus où donner de la tête. Ils ont tout perdu après des attaques, le 11 octobre, de présumés jihadistes de la katiba Macina, un groupe terroriste, membre du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans lié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Pailles de riz brûlées, matériels agricoles incendiés... Les assaillants sont entrés dans les rizières situés dans les villages B6 Bolibana, Dabakourou ou encore N’debougou pour perturber les récoltes de cette céréale cultivée essentiellement dans cette partie du pays traversée par le fleuve Niger. Ces vidéos qui nous ont été envoyées et qui ont également circulé sur Facebook et Twitter, en témoignent. 

"Les paysans sont dans un grand désarroi"

Abdou (pseudonyme), un conseiller agricole qui accompagne les riziculteurs durant toute la campagne agricole raconte : 

C’est depuis septembre où la récolte a commencé que les terroristes empêchent les paysans d’aller dans leurs champs. Ils incendient tout pour les dissuader. Là, à part la production de riz, les terroristes ont brûlé dans la journée les motoculteurs et les batteuses agricoles, des équipements de travail essentiels.

Mais en août les jihadistes avaient menacé les cultivateurs qui voulaient aller dans les champs pour y entretenir les plants mis dans leurs parcelles. Certains avaient résisté aux menaces. Maintenant que c’est la récolte et que le riz est venu à maturité, les jihadistes attaquent leurs champs. Les producteurs sont dans un grand désarroi.

Le coût de production du riz est très important. Les paysans contractent des prêts pour financer l’achat des intrants comme l’engrais ou les semences au début de la campagne agricole. C’est après la récolte qu’ils procèdent au remboursement. Ils n’ont désormais plus rien. Comment vont-ils faire maintenant pour nourrir leur famille ? Il y a un risque de crise alimentaire.

En mars après plusieurs séries d’attaques, un accord de cessez-le-feu avait été signé en mars entre la Katiba Macina et les chasseurs traditionnels Dozos constitués en milices d’autodéfense contre les jihadistes. Mais il a été rompu en juillet, et les attaques meurtrières ont repris.

Environ 100 000 hectares de rizière, répartis sur sept zones agricoles, sont irrigués dans la région de Ségou grâce au barrage de Markala, situé sur le fleuve Niger. De ces terres agricoles, supervisées par l’Office du Niger en charge du développement agricole, sortent près de la moitié des deux millions de tonnes de riz produites annuellement au Mali. 

"Si on ne récolte par la production avant novembre, ce sera trop tard"

Ces attaques ont eu un impact sur trois de ces zones. Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, un responsable de la gestion d’une de ces zones qui souhaite rester anonyme pour des raisons de sécurité explique l’impact.

L’insécurité est à son comble. Les attaques ont toujours existé. Mais avant les djihadistes s’en prenaient aux militaires. Ils s’attaquent cette année aux populations. Les paysans désertent les villages et abandonnent leurs champs. C’est préjudiciable pour la production et les campagnes agricoles prochaines.

La zone de production que je coordonne, par exemple, est de plus de 13 000 hectares. Mais 75 % de la superficie est menacée par les exactions des jihadistes. Nous n’avons pas pu récolter sur ces parcelles. À part les productions incendiées, beaucoup de plants de riz sont encore dans les terres. Nous attendions, selon les prévisions, environ 88 000 tonnes de riz. Mais elles ne seront certainement pas atteintes. 

Il est toutefois trop tôt pour parler de crise alimentaire. L’armée a été déployée dans la région et on espère que la situation reviendra vite à la normale. Le riz est une culture résistante. Mais si on ne récolte pas la production avant novembre, ce sera trop tard.