Bénin : la décharge sauvage d’une forêt de filaos transformée en terrain de jeux pour enfants

Des enfants en train de nettoyer une forêt de filaos qui avait été transformée en dépotoir sauvage d'ordures ménagers.
Des enfants en train de nettoyer une forêt de filaos qui avait été transformée en dépotoir sauvage d'ordures ménagers. © ONG TAMAEE

Mi-septembre, une décharge sauvage située dans une forêt de filaos dans le quartier populaire PK 10, à l’est de Cotonou, au Bénin, a été en partie nettoyée, après plusieurs semaines de mobilisation de l’ONG Tamaee. Celle-ci s’est donnée pour mission de sensibiliser les enfants à la protection de l’environnement à travers des activités ludiques.

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Depuis quelques jours, on peut désormais se promener et respirer l’air pur dans la forêt des filaos qui borde le littoral, dans le quartier PK 10, à l’est de Cotonou, la capitale économique du Bénin. Au fil des années, elle s’était peu à peu transformée en décharge sauvage et servait de dépotoir pour des associations en charge de la collecte des déchets ménagers, rendant malades les populations riveraines qui vivaient non loin. 

En juin, l’ONG Tamaee (Terre, Air, Mer, Actions, Enfance & Environnement) a entrepris une opération de restauration de cette forêt située juste en face d’une école primaire, dont la première étape a pris fin le 18 septembre, juste avant la rentrée scolaire, pour permettre aux enfants du quartier d’étudier dans de bonnes conditions.

"Les enfants venaient y chercher des bouchons en plastique pour fabriquer de petites voiturettes"

Adjokê Djossinou Pinabel est la présidente de l’ONG. Elle souhaite sensibiliser les enfants sur l’importance de la protection de la nature :  

Nous avons réussi à nettoyer le tiers de cette forêt de cinq hectares en bord de mer. Et déjà des familles viennent la visiter avec leurs enfants. Avant elle n’était pas fréquentée parce qu’elle n’était pas accessible. C’était le refuge de délinquants et il y avait cette décharge sur laquelle venaient s’amuser des enfants.

Ils fouillaient dans les ordures à la recherche de bouteilles qu’ils revendaient ou de bouchons de plastiques pour fabriquer de petites voiturettes. Cette décharge était un peu comme un terrain de jeux naturel pour eux. Et ce n’était pas possible que des enfants s’amusent sur une décharge où des personnes viennent faire leurs besoins.

ll faut dire que PK 10 est un quartier enclavé où les habitants vivent dans une très grande précarité, dans des maisons de fortune. Il n’y a pas de routes pour y accéder. Et les ménages ne bénéficient pas du circuit de collecte des ordures ménagères. Ils sont donc exposés à différentes maladies hydriques, à la toux et au paludisme en raison de la présence permanente de cette décharge dans leur environnement.

"Il y avait une résistance des populations qui ne comprenaient pas notre démarche"

Avant de s’attaquer à la forêt de filaos, une première opération avait consisté au nettoyage du littoral situé non loin, également un dépotoir à ordures. La campagne a duré trois mois, entre décembre 2020 et février 2021.

Cette première expérience sur la plage a été très difficile à mener. Il y avait une résistance des populations qui ne comprenaient pas notre démarche. Elles disaient : "ce n’est pas nous qui avons jeté les ordures là-bas. Pourquoi est-ce à nous de nettoyer la décharge ?"

Nous avons donc fait plusieurs mois de sensibilisation pour les convaincre du bien-fondé de notre démarche et leur faire comprendre qu’elles étaient les premières victimes de cette proximité avec les ordures, avec des conséquences néfastes pour leur santé. Heureusement, nous avons réussi à les convaincre et au fur et à mesure toute la communauté s’est mobilisée avec une grande majorité de femmes et d’enfants.

Aujourd’hui, toute la plage est nettoyée. Nous y avons retiré 17 tonnes de déchets, grâce aussi à l’appui de la Société de gestion des déchets et de la salubrité du Grand-Nokoué (SGDS), qui s’occupe de la collecte des déchets ménagers à Cotonou. Cette structure n’avait aucune idée de la présence de décharges sauvages dans cette zone difficile d’accès. Depuis, les tricycles de collecte passent deux fois par semaine pour le ramassage des ordures dans les ménages.

Pour ce qui est de la forêt, la mobilisation et le nettoyage continuent parce qu’il reste les deux tiers à nettoyer. Nous envisageons de l’aménager pour y faire des animations et des activités ludiques à destination des enfants  pour les sensibiliser à la protection de la nature et de l’environnement.

Selon le gouvernement béninois, il existe plus de 1 000 dépotoirs sauvages dans le Grand-Nokoué, qui comprend les villes de Cotonou, Abomey-Calavi, Semé-Kpodji, Ouidah et Porto-Novo. Un total de 450 000 tonnes de déchets solides et assimilés y sont produits annuellement, dont plus de 230 000 tonnes uniquement à Cotonou.