Ouganda : "Coach Mustafa" rêve de transformer des enfants des rues en champions de gymnastique

Depuis mai 2021, Yiga Mustafa organise des cours de gymnastique pour des enfants des rues à Kampala, capitale de l’Ouganda.
Depuis mai 2021, Yiga Mustafa organise des cours de gymnastique pour des enfants des rues à Kampala, capitale de l’Ouganda. © Yiga Mustafa

Saltos arrière, roues, roulades : à Katwe, quartier pauvre de la banlieue de Kampala, capitale de l’Ouganda, des enfants exécutent toutes sortes de pirouettes sous le regard attendri de leur professeur. À 20 ans à peine, Yiga Mustafa a commencé à apprendre aux enfants des rues les rudiments de la gymnastique. Et rêve qu’un jour ces enfants défavorisés puissent intégrer l’équipe nationale.

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Depuis fin mai, les membres du Kataka Gymnastics Club, soixante enfants âgés entre 3 et 13 ans, se retrouvent tous les jours pour pratiquer. Leur entraîneur, Yiga Mustafa, est un passionné qui ambitionne d'aider les enfants des rues à s'épanouir à travers la pratique de ce sport. 

Vidéo postée sur Facebook le 30 mai, montrant des membres du Kataka Gymnastics Club exécuter des saltos arrière.

 

Yiga Mustafa
Yiga Mustafa
Coach, Kataka Gymnastics Club
Katwe, Kampala, Uganda

 

"J'apprends mes figures sur YouTube"

Je suis un ancien enfant des rues, et j'ai grandi dans un orphelinat. À l'orphelinat, on faisait beaucoup d'activités, de la musique, des acrobaties, de la danse. J'ai commencé la gymnastique à l'âge de 10 ans. J'étais le capitaine de mon équipe. Et quand j'ai terminé mes études, j'ai monté un club de gymnastique.  

De nombreux enfants savaient que j'étais acrobate. Chaque fois que je passais devant des enfants de la communauté, ils m'apostrophaient : "hé prof !" ou "coach Mustafa !". Je leur disais souvent qu'on devrait se retrouver et s'entraîner. Quand j'ai terminé mes études au lycée, je leur ai dit qu'on allait s'entraîner ensemble comme une équipe, et qu'on atteindrait le niveau national.

 

Yiga Mustafa organise des entraînements quotidiens pour les enfants des rues de son quartier. Au programme : saltos arrière, roue, roulades, étirements. Photos transmises par Yiga Mustafa.

Mustafa regrette toutefois le manque de moyens et de formation professionnelle en Ouganda :

Je ne dispose pas d'autres sources pour apprendre la gymnastique que YouTube. J'apprends certaines figures en visionnant des vidéos sur cette plateforme puis je les enseigne aux enfants. Le soir, je télécharge des vidéos sur YouTube. Et j'effectue quelques recherches pour apprendre de nouvelles routines au sol notamment. Avec les enfants, on fait de la gymnastique au sol, des sauts, mais surtout des acrobaties parce que les enfants adorent ça. 

Les enfants sont déterminés à apprendre, mais nous n'avons aucun équipement. Il y a principalement des garçons car le sol est très accidenté et les filles ont peur de se blesser : c'est très dur pour elles de s'entraîner. On souhaite obtenir des fonds pour acquérir un terrain et y construire un centre d'entraînement.

In a video taken on May 30, Yiga Mustafa’s group practices doing flips in a vacant lot. Video provided to the Observers.
In a video taken on May 30, Yiga Mustafa’s group practices doing flips in a vacant lot. Video provided to the Observers. © Yiga Mustafa

Des enfants exécutent des saltos arrière dans un terrain vague. Vidéo transmise par Yiga Mustafa.

Yiga Mustafa and his team have gotten creative, using things like tyres in place of proper equipment. Video provided to the Observers.
Yiga Mustafa and his team have gotten creative, using things like tyres in place of proper equipment. Video provided to the Observers. © Yiga Mustafa

Yiga Mustafa et son équipe utilisent les moyens du bord, notamment des pneus. Vidéo transmise par Yiga Mustafa. 

Des enfants des rues s'entraînent sur un terrain vague. Photos transmises par Yiga Mustafa.

 

Ce sont des enfants des rues : quand ils terminent l'entraînement, ils retournent à la rue. On veut avoir un endroit où ils peuvent passer du temps, prendre un repas. Pour le moment, après chaque entraînement, on leur donne une banane chacun, et de l'eau. Le dimanche, on leur prépare du porridge après l'entraînement.

L'idée c'est de les encourager à revenir s'entraîner le lendemain. On veut aussi développer un programme d'entraînement conforme aux mesures sanitaires, car le Covid-19 continue de se propager dans le pays. On veut leur fournir des masques, et on a aussi besoin de thermomètres pour prendre leur température. 

La plupart des enfants viennent de milieux difficiles. Mais quand ils font de la gymnastique, ils ne sont pas en train de traîner dans la rue, à consommer de la drogue par exemple. Donc, cette pratique permet de les garder à distances des mauvaises fréquentations. On leur dit de venir tous les matins, quand ils n'ont rien d'autre à faire.

Katwe est considéré comme l'un des quartiers de la banlieue de Kampala où la criminalité est la plus forte. En 2019, la police de Katwe y avait recensé plus de 4 500 crimes, soit un record à l'échelle de l'Ouganda. Katwe est régulièrement classé parmi les zones où le taux de vols et d'attaques à main armée est le plus élevé dans le pays.

"Nous irons parcourir le monde pour représenter l'Ouganda"

Yiga Mustafa ambitionne de susciter un intérêt pour la gym dans son pays :

En Ouganda, on essaye de montrer aux gens qu'on peut pratiquer ce sport. Mais personne ne soutient notre initiative car on pense qu'on ne pourra pas atteindre un niveau suffisamment bon pour participer à des compétitions au niveau national. 

La gymnastique n'est pas un sport populaire. Quand les gens voient qu'on n'a pas de moyens, ils disent qu'on n'arrivera pas à progresser. Je pense qu'on peut quand même commencer avec le peu dont on dispose. 

Notre objectif principal est, tout d'abord, de rendre la gymnastique populaire en Ouganda. Ensuite, nous irons parcourir le monde pour représenter l'Ouganda, dans les événements internationaux.

Le Kampala Gymnastics Club et la Fédération ougandaise de gymnastique souhaitent développer ce sport dans le pays. Les deux organisations ont appelé à ce qu'il soit enseigné dans les écoles.

L'Ouganda n'a jamais participé à des compétitions olympiques en gymnastique. Toutefois, en 2021, la Fédération ougandaise de gymnastique s'est inscrite auprès du Comité olympique ougandais, annonçant son intention d'envoyer des athlètes pour les épreuves éliminatoires des Jeux olympiques futurs.

Yiga Mustafa est en discussion avec la Fédération ougandaise de gymnastique pour que le Kataka Gymnastics Club soit inscrit aux compétitions locales. 

Si vous souhaitez aider Yiga Mustafa et le Kataka Gymnastics Club, contactez-nous via observers@france24.com ou notre page Facebook.