Ouganda : 44 personnes arrêtées lors de fiançailles gay non officielles et humiliées sur les réseaux sociaux

Une vidéo montrant des personnes LGBT en train de se faire arrêter par la police, le 31 mai 2021, a circulé sur les réseaux sociaux.
Une vidéo montrant des personnes LGBT en train de se faire arrêter par la police, le 31 mai 2021, a circulé sur les réseaux sociaux. © Réseaux sociaux.

La police ougandaise a arrêté 44 personnes, des hommes et des femmes, lors d’une fête de fiançailles entre deux hommes dans un refuge LGBT à Kampala, le 31 mai 2021, officiellement pour des raisons sanitaires. Des vidéos de l’arrestation, qui ont circulé sur les réseaux sociaux, ont révélé l’orientation sexuelle des prévenus contre leur gré. Leur sort inquiète les associations de défense des minorités sexuelles : en Ouganda, l’homosexualité est taboue et sévèrement punie par la loi.

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Alors que des hommes attendent, l’air résigné, d’être embarqués par la police, la personne qui les filme les apostrophe d’une voix autoritaire : "Regarde-moi ! Dis-le : je suis la mariée !" La vidéo, vraisemblablement filmée par les forces de l’ordre lors de l’arrestation, a circulé sur les réseaux sociaux, avant d’être reprise par les médias le 1er juin 2021.

L’association Rainbow Railroad a publié des extraits de la vidéo sur son compte Twitter le 2 juin 2021.

Des voisins ont alerté la police, selon le porte-parole de la police municipale de Kampala, Luke Owoyesigyir. "Tous les hommes étaient maquillés et certains portaient des vêtements de femmes et des perruques," a-t-il déclaré au journal NilePost.

Après leur arrestation, certains ont subi un examen anal pour déterminer s’il y avait eu un rapport sexuel, affirment des associations de défense des personnes LGBT. Les 44 personnes arrêtées ont passé une semaine dans la prison de Kitalya, puis ont été libérées le 8 juin en attendant leur procès.

La vidéo et les photos ont été délibérément filmées et diffusées par la police pour révéler l’identité et l’orientation sexuelle des personnes arrêtées, estiment des activistes membres d'associations de défense des minorités sexuelles. Selon eux, seule la police était présente lors de l’arrestation, et la voix de la personne qui filme montre qu’elle est en position d’autorité.

"Ils n’ont nulle part où aller. Certains ont perdu leur famille, leur emploi"

La descente de police a eu lieu dans le refuge de l’association Happy Family Youth Uganda. Elle propose un hébergement temporaire aux personnes LGBT qui ne peuvent plus vivre dans leurs familles ou leur village en raison de leur orientation sexuelle. L’association les aide à trouver un logement, et les forme à des métiers manuels pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins une fois sortis.

Pour un membre de l’association contacté par la rédaction des Observateurs, il n’est pas rare que la police filme les arrestations de personnes LGBT pour délibérément révéler leur identité et leur orientation sexuelle. Il s’inquiète des conséquences de ces révélations :

Maintenant, ils n’ont nulle part où aller. Certains ont perdu leur famille, leur emploi, leur dignité. De plus, notre refuge ne peut plus opérer au même endroit car nous n’y sommes plus en sécurité. Si les résidents reviennent ici, ils risquent de se faire tuer, ou bien nous pourrions avoir d’autres problèmes. Certains seront relogés dans d’autres refuges, mais il nous faut trouver un nouveau lieu. Actuellement, nous cherchons du soutien financier pour déménager.

Plusieurs photos prises lors de l’arrestation ont été reprises par la presse.
Plusieurs photos prises lors de l’arrestation ont été reprises par la presse. © Réseaux sociaux.

Frank Mugisha préside l’association Sexual Minorities Uganda (SMUG), qui rassemble plusieurs organisations de défense des droits des personnes LGBT en Ouganda. Contacté par la rédaction des Observateurs, il dénonce les actions de la police à l’encontre des personnes LGBT :

La plupart des lieux comme les bars ou les boîtes de nuit où les personnes LGBT peuvent aller pour socialiser et s’exprimer ont été fermés, ou ont fait l’objet de descentes de police. Il est devenu difficile pour les propriétaires de les maintenir. En plus, les membres de la communauté LGBT ont peur de s’y rendre, car la police peut débarquer à tout moment.

Le parlement de l’Ouganda a récemment passé une loi sur les infractions sexuelles qui va davantage criminaliser l’homosexualité en Ouganda. Depuis, le nombre [d’arrestations de ce type, NDLR] a augmenté. Même si la loi n’est pas encore entrée en vigueur, les autorités utilisent l’engouement médiatique et les déclarations des politiques pour augmenter le harcèlement [à l’égard des personnes LGBT, NDLR].

Human Rights Watch a estimé que la nouvelle loi sur les infractions sexuelles, adoptée par le Parlement le 3 mai, ne protégeait pas assez les victimes d’agressions sexuelles et fournissait des outils pour persécuter les personnes LGBT et les travailleurs et travailleuses du sexe en Ouganda. 

En mars 2020, les autorités étaient déjà intervenues dans un refuge LGBT près de Kampala, officiellement pour faire appliquer les règles de distanciation sociale pour lutter contre le Covid-19. Une vidéo filmée lors de l’arrestation montre le maire de la ville en train d’interroger les résidents en les frappant avec un bâton. Il a été convoqué devant une cour pénale en août 2020, accusé de torture et de traitement inhumain et dégradant.