RD Congo : après l'éruption du volcan, incertitudes et galère pour les habitants de Goma

À gauche, capture d'écran d'une vidéo montrant des habitants de Goma dormir à la belle étoile et, à droite, notre Observateur Messager Takehya Nzanzu sur la lave laissée par le volcan près de Goma.
À gauche, capture d'écran d'une vidéo montrant des habitants de Goma dormir à la belle étoile et, à droite, notre Observateur Messager Takehya Nzanzu sur la lave laissée par le volcan près de Goma. © Twitter/Messager Takehya Nzanzu

Depuis l'entrée en éruption du volcan Nyiragongo, situé à une quinzaine de kilomètres de la ville congolaise de Goma, le 22 mai, la vie quotidienne est chamboulée entre secousses sismiques, coupures d'électricité, manque d'eau. De nombreux habitants sont déplacés. Nos Observateurs racontent comment la population fait face à une catastrophe inattendue.

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Dans la nuit du 22 au 23 mai, la population prise de panique a commencé à fuir vers l'ouest ou vers le Rwanda voisin. Elle n'avait pas été avertie de l'imminence de l'éruption par l'observatoire volcanologique de Goma comme cela aurait dû être le cas, l'établissement étant fermé faute de financements.    

Si les coulées de lave se sont arrêtées aux communes périphériques de Goma, les habitants sont sur le qui-vive : les secousses sismiques à répétition fragilisent les bâtiments, certains menaçant de s'écrouler. De nombreuses familles ont donc décidé de dormir à la belle étoile. 

Au moins quinze personnes sont décédées suite à l'éruption, selon un bilan provisoire du 25 mai. Deux d'entre elles ont été calcinées par les laves, les autres ayant péri dans le cadre du mouvement de panique qui a secoué la ville : les passagers d'un bus et des détenus ayant tenté de s'échapper de la prison.

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. © Messager Takehya Nzanzu

Depuis le dimanche 23 mai, la vie des habitants de Goma a été profondément chamboulée : la route nationale reliant la ville au reste de la région a été coupée par les coulées de lave, ce qui rend le ravitaillement très difficile. Mardi 25 mai, des secousses continuaient d'être enregistrées, bien que moins nombreuses. 

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. © Serge Byemba

Notre Observateur, le journaliste Alain Wandimoyi a ainsi pu photographier de nombreuses fissures larges et profondes dans des bâtiments, des clôtures ou sur des routes de la ville lundi 24 et mardi 25 mai. 

"Nous avons vite compris qu'une longue galère allait commencer"

Notre Observateur Messager Takehya Nzanzu, un informaticien de 24 ans, a dû quitter son domicile du quartier de Majengo le soir de l'éruption. 

J'ai commencé à voir les gens fuir vers 18 h et avec mes voisins nous avons formé un groupe d'une dizaine de personnes et sommes partis vers 22 h en direction de Saké (23 km à l'ouest de Goma).

Nous nous sommes arrêtés à mi-chemin et avons dormi à la belle étoile. C'était vraiment une scène de psychose, les gens portaient leurs bagages sur eux, partaient avec leurs enfants. Et tout d'un coup il s'est mis à pleuvoir, ce qui a rendu cette situation d'autant plus difficile. 

 

Au petit matin le dimanche je suis rentré chez moi pour retrouver un quartier épargné mais déserté de ses habitants. Trois kilomètres plus loin, la lave avait englouti de nombreuses habitations.  

 

La lave encore fumante du volcan Nyiragongo près de Goma, le 23 mai 2021
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. © Messager Takehya Nzanzu

Nous avons vite compris qu'une longue galère allait commencer : les poteaux électriques ont été emportés par la lave, il n'y a donc presque plus d'électricité, l'eau potable se fait rare, la route nationale a été coupée et beaucoup de personnes ont perdu leurs maisons. 

Chez moi par exemple il n'y a plus de courant, heureusement un voisin a un panneau solaire et j'ai pu laisser mon portable à charger chez lui la nuit. Dans la rue, on croise beaucoup de personnes avec leurs bagages et, heureusement, j'ai pu constater que la plupart des sinistrés ont pu bénéficier d'un mouvement de solidarité et ont été hébergés chez d'autres à Goma. 

Depuis l'éruption il y a des secousses sismiques incessantes. Moi ça va, je vis dans une maison en planches qui ne risque pas de s'effondrer [les constructions en bois, matériau plus souple que le béton, absorbent mieux les chocs, NDLR]. Par contre, ceux qui vivent dans des logements en matériaux durables comme le béton, notamment au centre-ville, vivent dans une peur constante de voir leur toit leur tomber dessus. Certains préfèrent dormir ailleurs, voire à la belle étoile.  

Pour l'instant, la population s'affaire à réorganiser la vie quotidienne et se débrouiller pour récupérer de l'eau, de l'électricité et anticiper la crise à venir. Avec la route coupée, les prix risquent d'augmenter et il peut y avoir des pénuries ou une résurgence du choléra avec tous ces sinistrés qui vont se souvent se retrouver dans des logements bondés, dans des conditions d'hygiène pas toujours idéales. 

 

Les conséquences de l'éruption du volcan à Goma, le 25 mai 2021
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. © Messager Takehya Nzanzu

Une fois ce mouvement de panique passé, je pense qu'il y aura un moment de colère contre l'Observatoire volcanologique qui a failli à sa mission et mis la population en danger. Les gens s'interrogent, discutent.