Un hippopotame dans les rues ? Pas au Mali, mais au Sénégal en 2019

Une vidéo sur Facebook prétendant montrer un hippopotame dans les rues près de Kayes au Mali a en fait été filmée au Sénégal en 2019.
Une vidéo sur Facebook prétendant montrer un hippopotame dans les rues près de Kayes au Mali a en fait été filmée au Sénégal en 2019. © Facebook

Une vidéo diffusée sur Facebook le 23 février 2021 prétend montrer un hippopotame se promenant dans les rues près de Kayes, au Mali. Cette vidéo a en réalité été filmée le 31 mars 2019 à Kédougou, au Sénégal. La rédaction des Observateurs avait alors raconté la polémique suscitée lorsque l’animal avait été abattu par un chasseur.

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Une vidéo, vue plus de 142 000 fois sur Facebook, montre un hippopotame se promenant tranquillement dans les rues d’un village, sous le regard sidéré des habitants. Dans la légende, on peut lire “Un hippopotame sur terre en plein Jour a Kayes”. 

Cette vidéo avait été publiée quelques heures plus tôt par la page Facebook J’aime mon pays le Mali, qui a entre-temps publié un mea culpa.

Des internautes ont fait part de leur scepticisme dans les commentaires : certains ont fait remarquer que les uniformes des policiers ne ressemblaient pas à ceux de la police malienne, et que la langue que l’on entend dans la vidéo n’était pas parlée à Kayes.

Comme l’indique le média malien Le Jalon, cette vidéo n’a pas été filmée au Mali, mais à Kédougou, au Sénégal, en mars 2019. Un hippopotame avait alors fait irruption dans la ville, semant la panique parmi les habitants, avant d’être abattu par un chasseur.

Cette vidéo a été mise en ligne sur YouTube le 2 avril 2019.

Si l’on observe attentivement la vidéo partagée le 23 février dernier, et on la compare avec les vidéos filmées à Kédougou en mars 2019, on constate qu’il s’agit bien du même endroit. Dans une vidéo de 56 minutes publiée le 31 mars 2019 sur Facebook, on reconnaît le même mur de briques avec un toit en chaume, au pied duquel s’entassent des morceaux de bois, avec une pile de briques et une moto à l’arrière-plan :

À gauche, une capture d’écran d’une vidéo filmée à Kédougou en mars 2019, et à droite, une capture d’écran de la vidéo partagée le 23 février 2021.
À gauche, une capture d’écran d’une vidéo filmée à Kédougou en mars 2019, et à droite, une capture d’écran de la vidéo partagée le 23 février 2021. © Facebook

Fatoumata Konaté, conseillère municipale à Kayes, a confirmé à la rédaction des Observateurs qu’aucun hippopotame n’avait déambulé dans les rues de Kayes ces derniers jours : “Depuis que je suis élue de la collectivité de Kayes, je n’ai jamais vu de cas pareil dans la région.”

Fausse vidéo, mais problème d’orpaillage bien réel au Mali

La rédaction des Observateurs avait fait écho, en avril 2019, à la polémique qu’avait suscité l’abattage de l’hippopotame par un chasseur. Des citoyens et activistes environnementaux ont dénoncé cet acte, effectué alors que l’animal était coincé dans une fosse sceptique et ne présentait aucun danger pouvant menacer la vie de quelqu’un. Au Sénégal, l’hippopotame est un animal protégé dont la mise à mort n’est autorisée qu’en cas de légitime défense.

Un internaute qui a partagé la vidéo de l’hippopotame le 23 février a accusé l’orpaillage d’avoir poussé l’animal à quitter le fleuve. Dans la légende, on peut lire : « Cela arrive quand on pollue le fleuve avec l'orpaillage des chinois. Un hippopotame dans les rues, vers Kayes ».

 

Dans cette publication, un internaute suggère que les entreprises d'orpaillage chinoises ont forcé l'hippopotame à quitter la rivière.
Dans cette publication, un internaute suggère que les entreprises d'orpaillage chinoises ont forcé l'hippopotame à quitter la rivière. © Facebook

Si la vidéo de l’hippopotame n’a pas été filmée à Kayes, les problèmes environnementaux causés par l’orpaillage, sur lesquels l’internaute essayait d’alerter, sont bien réels. La région de Kayes est la première productrice d’or au Mali. Les sociétés minières y ont produit 48 tonnes d’or en 2019. Les machines et produits chimiques utilisés pour l’orpaillage ont augmenté la pollution de la rivière Falémé, menaçant l’habitat de l’hippopotame.