"Où sont Salif et Moussa ?" : au Maroc, l'arrestation ordinaire de deux migrants subsahariens

Captures d'écran d'une vidéo d'arrestation de migrants dans le quartier de Takadoum, à Rabat. La scène a eu lieu de 28 janvier 2021, selon notre Observateur qui nous a transmis la vidéo.
Captures d'écran d'une vidéo d'arrestation de migrants dans le quartier de Takadoum, à Rabat. La scène a eu lieu de 28 janvier 2021, selon notre Observateur qui nous a transmis la vidéo. © Youtube

Alignés contre un mur, deux migrants subsahariens se font contrôler par des policiers, puis une altercation s'ensuit entre l'un d'eux et un policier : la vidéo de cette scène, qui s'est passée le 28 janvier dans un quartier populaire de Rabat, nous a été transmise par un migrant subsaharien inquiet pour le sort de ses deux amis, qui n'ont pas donné de nouvelles depuis leur interpellation. Dans les villes du nord du Maroc, notamment Rabat, la police marocaine  procède régulièrement à des arrestations de migrants, ensuite déplacés pour les éloigner de la frontière avec l'Espagne.

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Ces interpellations sont parfois violentes, selon l'Association marocaine des droits humains (AMDH). À Rabat, ces opérations ont généralement lieu dans les quartiers populaires où une importante communauté subsaharienne est installée, notamment dans les quartiers de Takadoum, de Massira et de Yakoub El Mansour.

Capture d'écran
Capture d'écran © Youtube
Légende : Vidéo d'arrestation de migrants, le 28 janvier, à Rabat transmise par notre Observateur Éric (pseudonyme).

Éric (pseudonyme) est un migrant qui vit dans le quartier Takadoum. Il dit craindre que ses deux amis, dont on voit ici l'interpellation, aient été conduits vers la ville d'Oujda, à la frontière avec l'Algérie, ou pire, emprisonnés. 

“Ce genre d'arrestations est quasiment quotidien au Maroc”

La scène s'est passée le 28 janvier, vers 17 heures, dans le quartier Takadoum, au niveau du 6, rue Bizanta.  C'est une femme, une voisine également subsaharienne, qui a filmé. 

Nous étions un groupe de quatre amis. Quand les deux agents de la force auxiliaire [NDLR : corps de sécurité chargé d'appuyer le travail de la police et de la gendarmerie marocaines] sont arrivés. J'ai réussi à prendre la fuite avec un ami. Mais les deux autres, Salif et Moussa [pseudonymes] n'ont pas eu cette chance. Ils ont été arrêtés. 

Je n'ai pas de nouvelles de mes deux amis depuis leur arrestation, et ils sont injoignables au téléphone. 

On ne sait pas s'ils ont été refoulés vers la frontière algérienne ou emmenés en prison, comme il y a eu une altercation avec l'un des policiers. 

Ce genre d'arrestations est quasiment quotidien au Maroc. Même les migrants qui sont en situation régulière et qui possèdent une carte de résidence ou un statut de réfugié n'y échappent pas.

La rédaction des Observateurs a tenté de joindre le commissariat de Rabat pour en savoir plus sur les sort des deux migrants arrêtés. Nous publierons leur réponse si celle-ci nous parvient.

"Souvent, ils sont victimes d'insultes racistes, frappés et délestés de leurs effets personnels, téléphones, argent…"

La vidéo de l'interpellation a été également relayée par l'AMDH. Omar Nadji, vice-président de la section de Nador (ville du nord-est de pays) de l'association, dénonce des arrestations arbitraires.  

Il n'y a pas eu d'arrestations massives de migrants récemment, il y a en revanche des arrestations quotidiennes, surtout à Rabat. Des subsahariens sont arrêtés sans raison dans la rue, sans qu'ils n'aient rien fait, ce qui est inacceptable. 

Ce qui se passe, c'est que les autorités essayent de les éloigner de certaines régions du nord pour les empêcher de tenter de rallier l'Espagne par la mer, ou en sautant les barrières des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Ils sont mis dans des bus et emmenés vers des villes de l'intérieur du pays, comme par exemple Beni Mellal ou Marrakech.   

Souvent, ils sont victimes d'insultes racistes, frappés et délestés de leurs effets personnels, téléphones, argent, etc. 

Il arrive aussi que des migrants soient reconduits vers la ville de Tiouli, à 50 kilomètres de la ville d'Oujda, près de la frontière algérienne. Là, on les oblige à passer la frontière algérienne. En général, ils y restent quelques mois pour travailler et amasser un peu d'argent, puis reviennent au Maroc.

Le Maroc est un point de passage pour des milliers de migrants subsahariens qui tentent de gagner l'Europe via les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, ou récemment, via les îles Canaries.

Nombreux disent y être victimes de racisme et de violences policières. Outre la capitale Rabat, la police marocaine mène régulièrement des raids dans les forêts situées à proximité de Tanger, où des migrants vivent cachés en attendant de tenter de gagner les côtes espagnoles par le Détroit de Gibraltar. 

En juillet 2020, un migrant camerounais avait été tué après que la police avait démantelé un camp illégal dans une forêt, au nord de Tanger.

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