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Sur l’île de Mohéli aux Comores,  "la population est effrayée par la rapidité avec laquelle le Covid-19 se propage"

À gauche et au centre, des membres des équipes sanitaires de l'idée se prépare à intervenir auprès de malades et transportent un corps lors d'un enterrement le 10 janvier. À droite, des jeunes bénévoles distribuent des solutions hydroalcooliques à Mohéli.
À gauche et au centre, des membres des équipes sanitaires de l'idée se prépare à intervenir auprès de malades et transportent un corps lors d'un enterrement le 10 janvier. À droite, des jeunes bénévoles distribuent des solutions hydroalcooliques à Mohéli. © Ali Mahmoud, Ascobef // Comoriens TV

Depuis début janvier, Mohéli, dans l'archipel des Comores, est durement touchée par une vague de Covid-19 qui a déjà fait vingt morts. L'île avait jusque-là été épargnée par les précédentes vagues, et les bénévoles doivent faire face à une population dans l'incompréhension ainsi qu'à la difficulté d'acheminer des aides. Notre Observateur raconte la situation sur place.

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Mohéli, une des quatre principales îles qui composent l'archipel des Comores, fait face à une propagation du Covid-19 sans précédent depuis le début de la pandémie. Selon les chiffres du ministère de la Santé de l'Union des Comores, 116 personnes sont actuellement porteuses du virus. L'île compte le plus grand nombre de décès de l'archipel avec 20 morts sur un total de 30, selon le dernier bilan du 12 janvier dans ce pays d'un peu moins de 850 000 habitants.

Si les autorités sanitaires locales n'ont pas confirmé de quel variant du Covid-19 l'île était touchée, Mayotte 1ère affirme que le patient zéro serait "un entraîneur qui a séjourné en Afrique du Sud", renforçant la piste du variant sud-africain. Impossible pour l'heure de le confirmer cependant, le virus n'ayant pas été séquencé sur l'île. Seule affirmation des équipes médicales : "le virus est agressif et très contagieux".

Sur place, le système médical limité, pourvu de 24 lits de réanimation et quatre respirateurs, est sous tension. Une vidéo filmée le 10 janvier montre notamment des équipes sanitaires intervenir dans le quartier Monimoimdji, dans la capitale Fomboni, pour récupérer les corps de défunts et immédiatement les enterrer selon les rites funéraires locaux. Ce jour-là, sept personnes sont décédées dans la même journée sur l'île, le pire bilan depuis le début de l'année.  

“Si la situation perdure, je pense que nous allons subir une double crise sanitaire et économique”

Mahmoud Ali
Mahmoud Ali
Point focal pour ASCOBEF
Mohéli, Comores

Mahmoud Ali habite à Mohéli. Il est le point focal de l'Association Comorienne Pour Le Bien Etre De La Familla (ASCOBEF). À ce titre, il collecte des dons et organise leur distribution.

“ Nous avons créé des comités villageois contre le Covid-19. On essaie de renforcer ces comités en leur apportant des produits de désinfection et des masques. Si des habitants ont besoin de désinfecter leur maison après qu'une personne a été détectée positive au Covid-19, nous envoyons une équipe appelée "Mouvement d'action des jeunes" (MAJ) pour désinfecter.

Des membres d’un MAJ de Mohéli distribuent des produits désinfectant à la population.
Des membres d’un MAJ de Mohéli distribuent des produits désinfectant à la population. © Mahmoud Ali / Facebook

Des membres d'un MAJ de Mohéli distribuent des produits désinfectant à la population. 

“Beaucoup étaient suspicieux et affirmaient que c'est l'État qui mettait en place un “corona business”

La situation est très violente, et la population est effrayée de la rapidité avec laquelle le virus se propage. Le problème majeur, c'est que beaucoup de personnes restent chez elles en espérant se guérir elles-mêmes. Quand la situation devient critique, c'est à ce moment-là qu'elles se dirigent vers l'hôpital, mais il est déjà trop tard.

Jusque-là, la population avait tendance à minimiser la dangerosité du virus, car ici, la première vague qui avait touché les Comores n'avait causé aucun décès à Mohéli [fin avril 2020, NDLR]. Beaucoup étaient suspicieux et affirmaient que c'était l'État qui mettait en place un “corona business”. J'ai fréquemment entendu des arguments du style : “L'État manque d'argent et pour remplir leurs poches, ils nous inventent le corona” ou encore “nous sommes à la saison des fruits, et en cette saison on a toujours de la fièvre”. Mais doucement avec les récents morts, la population commence à prendre conscience du danger.

Une volontaire de l'association ASCOBEF désinfecte le domicile d'un particulier.
Une volontaire de l'association ASCOBEF désinfecte le domicile d'un particulier. © Mahmoud Ali

Une bénévole de l'association Ascobef désinfecte le domicile d'un particulier. Photo Mahmoud Ali.

“J'ai dû louer un bateau pour me rendre à Anjouan et réceptionner des dons venant de Mayotte”

Ces derniers jours, gérer les corps des défunts a été particulièrement complexe en raison de pluies abondantes. Il était très difficile de creuser dans le sol, car ça provoquait des éboulements. Avant-hier [le 10 janvier, NDLR], les équipes sanitaires ont été obligées d'enterrer deux corps dans une même tombe, vu que les emplacements se faisaient rares.

#Tsembehou_Infos: #new_Climat 🔴Ce matin, une pluie abondante frappent les îles Comores 🇰🇲. Notamment ,l'île de Mohéli reçoit le choc. Ici, la rivière de Msoutrouni se déchaîne..

Publiée par Bloc Central De Tsembehou sur Samedi 9 janvier 2021

Un des problèmes principaux est que Mohéli est isolée des autres Îles, et la ravitailler est compliqué [les déplacements entre l'île de Mohéli et les autres sont officiellement suspendus afin de limiter la propagation du virus, mais l'interdiction ne serait pas rigoureusement respectée selon le site Clicanoo.re, NDLR]. J'ai moi-même dû louer une vedette pour me rendre sur l'ile d'Anjouan afin de réceptionner des dons venant de Mayotte avec l'autorisation du gouvernement mohélien. Certains bateaux assurent la navette, mais cela prend des semaines pour avoir un créneau.

Actuellement, plusieurs produits manquent à Moheli, comme par exemple des boîtes de conserve alimentaires. La situation est par ailleurs très compliquée, car la plupart de la population mohélienne ne vit que grâce à l'agriculture. Ils sont dépendants de la vente et du transport de leurs produits dans les autres îles. Si la situation perdure, je pense que nous allons subir une double crise sanitaire et économique.”

Selon la 1ère Mayotte, le gouvernement des Comores aurait pour l'heure refusé l'aide de Mayotte, à cause d'un désaccord logistique sur le transport du matériel médical, mais également celle proposée par la France, même si des négociations sont actuellement en cours.

Cependant, les Comores ont accepté le 12 janvier la main tendue par la Chine : une équipe de 48 personnes se rendra dans les prochains jours au Niger, puis aux Comores pour venir en aide aux équipes médicales locales.

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