Burkina Faso : à Ouagadougou, rescolariser les enfants déplacés par la menace jihadiste

À Ouagadougou, l'association Dewran a aidé 195 enfants déplacés internes à retourner à l'école. Photo envoyée à la rédaction des Observateurs de France 24.
À Ouagadougou, l'association Dewran a aidé 195 enfants déplacés internes à retourner à l'école. Photo envoyée à la rédaction des Observateurs de France 24. © Dewran Burkina Faso

Les violences impliquant des groupes terroristes ont poussé de nombreux Burkinabè à quitter leurs villages. Des familles ont trouvé refuge dans la capitale Ouagadougou, où une association tente de rescolariser les enfants déplacés grâce à un système de parrainage. Depuis la rentrée, l’initiative a permis à 195 élèves de retourner sur les bancs de l’école. 

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Les attaques des groupes jihadistes et les conflits intercommunautaires dans le nord et l'Est du Burkina Faso ont fait au moins 1 200 morts depuis 2015 et plus d'un million de déplacés, soit un habitant sur vingt. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), 2 512 écoles sont fermées à travers le pays, privant d'éducation plus de 350 000 enfants. 

Dans les villes où les déplacés trouvent refuge, le retour à une scolarisation pour les enfants déplacés peut également être difficile, comme l'explique Amadou Diallo, président de l'association Dewran ("entente" en peul), qui milite depuis 2006 pour l'accès à l'éducation au Burkina Faso :

Étant donné le contexte sécuritaire, nous avons pu constater que de nombreux enfants ne pouvaient plus se rendre à l'école, y compris dans les villes. À Ouagadougou, il y a des personnes qui sont arrivées il y a peu, après avoir fui leurs villages. Mais ces personnes ne sont pas considérées comme déplacées car elles ne se trouvent pas sur les sites officiels dédiés aux déplacés comme il y en a dans d'autres villes du pays. Elles vivent dans les quartiers périphériques de la capitale, les quartiers "non lotis", parmi les habitants. Ces familles ne sont donc pas prises en charge en tant que personnes déplacées et bien souvent leurs enfants ne vont pas à l'école.

En 2019, de nombreux déplacés s'étaient installés dans les zones périphériques de Ouagadougou avant d'en être refoulés. Invoquant le manque d'infrastructures, les autorités communales avaient alors invité les déplacés à regagner leurs localités ou les sites d'accueil se trouvant dans les chefs-lieux de leur région d'origine. Il n'y a donc pas de camps de déplacés à Ouagadougou, mais certaines familles fuyant les conflits continuent de s'installer dans des quartiers périphériques.

Des enfants déplacés internes à Ouagadougou, scolarisés grâce à l'association Dewran. Photos publiées en novembre 2020 sur la page Facebook de l'association

"On nous a raconté qu'un enfant a dormi avec son sac d'écolier"

Au mois d'août, l'association d'Amadou Diallo a alors mené une campagne de recensement pour identifier les enfants déplacés et non scolarisés :

En août, des bénévoles de notre association se sont rendus dans ces quartiers pour rencontrer ces familles déplacées. En deux jours, nous avons identifié 305 enfants déplacés – 49 % de filles et 51 % de garçons. Nous avons été aidés par des personnes ressources dans ces quartiers périphériques, qui ont pu nous présenter les déplacés. Nous avons fait remplir des formulaires pour tenter d'avoir des informations sur les enfants : qui sont les parents, etc. Puis nous avons vérifié ces informations en nous rendant plusieurs fois sur le terrain.

Nous avons ensuite cherché les écoles les plus proches et mis en place un système de parrainage : toute personne qui veut parrainer la scolarité d'un enfant verse à l'association une somme que nous utilisons pour payer l'inscription et acheter du matériel [par élève, les frais s'élèvent de 45 000 francs (environ 68 euros) pour le primaire à 100 000 francs (152 euros) pour le secondaire, NDLR]. 

Ensuite, nous faisons le suivi scolaire et des cours de soutien pour les enfants en difficultés. Les retours sont très émouvants : on nous a raconté qu'un enfant a dormi avec son sac d'écolier après son premier jour d'école ! Beaucoup de parents nous appellent pour nous dire merci.

Des enfants déplacés internes à Ouagadougou, scolarisés grâce à l'association Dewran. Photo publiée en novembre 2020 sur la page Facebook de l'association

Grâce à 43 donateurs, parmi lesquels de nombreux membres de l'association, Dewran a inscrit 195 enfants à l'école depuis le mois d'août, majoritairement dans des écoles privées de Ouagadougou et sa zone périurbaine. Sur Facebook, l'association informe, photos à l'appui sur l'avancée du projet. 

Images de la campagne de recensement en août, qui a permis d'identifier 305 enfants déplacés à Ouagadougou. Diaporama publié en novembre 2020 sur la page Facebook de l'association.

 

Des élèves inscrits grâce à Dewran en CP1 dans une école privée reçoivent leurs fournitures scolaires. Photo publiée en novembre 2020 sur la page Facebook de l'association.

"Mon objectif en tant qu'artiste et parrain, c'est aussi de faire connaître le projet"

La campagne a également été relayée par le chanteur et musicien Sadjio Kodda, lui-même devenu parrain : 

En tant qu'artiste et musicien, je devais aussi m'intéresser à cette couche sociale. Je participais déjà à des soirées culturelles avec l'association. Quand j'ai eu l'information concernant cette campagne, je me suis greffé vu le sérieux du projet. Mon objectif en tant qu'artiste et parrain, c'est aussi de faire connaître le projet, pour que d'autres puissent à leur tour s'engager pour que ces enfants retournent à l'école. J'ai parrainé un enfant pour une année, car on souhaite qu'ils puissent retourner chez eux. Même si ce processus pourra prendre du temps.

L'artiste Sadjio Kodda relaie la campagne de l'association Dewran. Publication du 19 novembre 2020.  

Au Burkina Faso, le nombre de personnes ayant besoin d'une assistance humanitaire est en constante augmentation. De janvier à fin juin 2020, il est passé de 2,2 millions de personnes à 2,9 millions, soit 32 % d'augmentation. 

L'association Dewran espère désormais poursuivre ce projet dans d'autres villes, notamment à Kaya, à une centaine de kilomètres au nord de Ouagadougou, où près de 400 000 déplacés ont trouvé refuge.

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