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Tunisie

Tunisie: Un sit-in de chômeurs prive de gaz près de la moitié du pays

(à gauche) Un long queue devant un point de vente de bouteilles de gaz à sfax (centre-est), (à droite) des habitants de la ville de Hamma (sud) oblige un camion de transport de gaz à décharger son cargo. Captures d'écran Facebook.
(à gauche) Un long queue devant un point de vente de bouteilles de gaz à sfax (centre-est), (à droite) des habitants de la ville de Hamma (sud) oblige un camion de transport de gaz à décharger son cargo. Captures d'écran Facebook. © F24
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Depuis le 13 novembre 2020, les habitants de plusieurs gouvernorats en Tunisie ne sont plus en mesure de se fournir en bonbonnes de gaz butane en plein hiver. En cause, le blocage par des chômeurs de la zone industrielle de Gabès (Sud-Est), où est produit 40% du gaz domestique. Nos Observateurs craignent que la crise dure longtemps. 

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[MISE A JOUR, 3 DECEMBRE 2020] : Les organisateurs du sit-in "Soumoud'' ont annoncé dans un communiqué, publié mercredi 2 décembre, la levée du blocage de la zone industrielle de Gabès, permettant ainsi la reprise de la distribution des bonbonnes de gaz butane. Ils ont, en revanche, indiqué que leur sit-in au niveau de la zone industrielle se poursuivra jusqu'à satisfaction de leurs revendications.

Tout part d’une inspiration. Après un sit-in à Kamour qui avait bloqué la production de pétrole, les manifestants ont obtenu un accord avec les autorités début novembre  qui prévoit le recrutement de centaines de chômeurs et des projets de développement. C’est ce qui a incité d’autres comités à organiser des sit-in pour bloquer d’autres sites industriels à travers la Tunisie, par exemple devant le champ pétrolier de Doulab dans le gouvernement de Kasserine (centre-ouest), commencé le 23 novembre

Des participants de Doulab en train de pénétrer ce champ pétrolier.

Mais la mobilisation qui a eu le plus de répercussion sur le quotidien des Tunisiens, c’est celle qui se déroule dans la ville portuaire et industrielle de Gabès (Sud-est). Le 13 novembre 2020, le comité de coordination de “sit-in de Soumoud” (“résilience” en français) a fermé l’entrée de la zone industrielle bloquant ainsi toute entrée ou sortie de produits énergétiques et chimiques de la zone. Cette zone industrielle abrite trois usines de remplissage de bouteilles de gaz, qui alimentent une dizaine de gouvernorats de centre et du sud du pays.

Par conséquent, les habitants de plusieurs régions du pays ont vu les bouteilles de gaz se raréfier dans les points de ventes habituels, pendant que les files d’attente s'allongeaient.

Une longue file d’attente devant un point de vente de bouteilles de gaz dans la ville de Médenine (sud-est) le 27 novembre.

Des habitants de la ville de Tozeur (sud-ouest) s’entassent devant un point de vente, le 29 novembre.

Les autorités ont ravitaillé les régions touchées à partir des usines de remplissage du nord du pays (il existe deux autres usines de bouteilles de gaz à Radès dans la banlieue sud de Tunis, et à Bizerte, à l’extrême nord du pays). Mais cette solution s’avère insuffisante pour répondre à la demande de plusieurs régions.

A Foussana, attente de l’arrivée des camions transportant le ravitaillement en bouteilles de gaz, le soir du 29 novembre.

Vidéo publiée le 21 novembre 2021, qui montre une foule devant un dépôt de bouteilles de gaz à Sfax. La marchandise sera vendue portes férées, de peur des troubles qu’aurait pu susciter l’attroupement.

La situation a même dégénéré : face à la pénurie de bouteilles dans leurs régions, les habitants de certaines communes tels que Arram (gouvernorat de Gabes), Mazzouna (gouvernorat de Sidi Bouzid, centre) et Médenine ont attaqué des camions de transport de gaz. Un chauffeur a été hospitalisé, à Gabès.

Cette vidéo filmée dans la soirée du 19 novembre dans la ville de Hamma (gouvernorat de Gabès) montre une foule attaquer un camion transportant du gaz domestique vers le gouvernorat de Kebili (sud-ouest).

‘’Les manifestants réclament la concrétisation de promesses de développement qui datent de 2013’’

Yazid (pseudonyme), 36 ans, est un père de famille et vit à Gabès.

Les conséquences de ce blocage, c’est la moitié sud du pays qui en souffre d’abord, puisqu’elle ne dispose pas d’un réseau de distribution du gaz naturel.

‘’Nous affirmons que notre sit-in est pacifique..’’ tel est le commentaire sur la  vidéo publiée le 18 novembre sur la page Facebook du sit-in montrant les tentes et les organisateurs portant des gilets jaunes et orangés. 

On a commencé à ressentir le manque après quelques jours sans bouteilles sur le marché. Des longues files se sont formées dans les plus grands points de distribution, il y a des gens qui ont fait la queue pendant des heures pour finalement ne rien avoir.

Files d’attente devant un point de vente de bouteilles de gaz domestique à Gabès, le 24 novembre 2020. Photos envoyées par notre Observateur.
Files d’attente devant un point de vente de bouteilles de gaz domestique à Gabès, le 24 novembre 2020. Photos envoyées par notre Observateur. © F24
Des chauffeurs de taxi ont aussi envoyé des personnes dans les queues pour avoir plusieurs bouteilles [dans certaines régions en Tunisie, les taxis utilisent le gaz, subventionné, au lieu de l’essence, une pratique interdite par la loi, NDLR].
Files d’attente devant un point de vente de bouteilles de gaz domestique à Gabès, le 24 novembre 2020. Photos envoyées par notre Observateur.
Files d’attente devant un point de vente de bouteilles de gaz domestique à Gabès, le 24 novembre 2020. Photos envoyées par notre Observateur. © F24

La ville de Gabès abrite les plus grandes usines de bouteilles de gaz puisque les régions du nord disposent d’un réseau de distribution de gaz. Face à la critique, les organisateurs du sit-in, qui réclament la concrétisation de promesses de développement qui datent de 2013, ont finalement autorisé des camions transportant du gaz à partir remplis de la zone pendant 24 heures le 30 novembre. Mais ils affirment qu'ils ne vont rouvrir les portes qu' après la réalisation de leurs revendications.

“Je fait 300km tous les deux jours pour sauver mon restaurant’’ 

Ali Hamdaoui, 43 ans, est restaurateur à Sfax. Il se retrouve obligé d’aller chercher son gaz loin de chez lui.

En tant que propriétaire d’un restaurant, j’ai déjà souffert de retombées des restrictions d'activité commerciale liées à la pandémie de Covid-19. Cette pénurie aggrave encore la situation. Pour exercer mes activités normalement, j’ai besoin de 4 à 5 bouteilles de gaz tous les deux jours. Au début de cette crise, j’ai pu remplir mes bouteilles dans les stations à partir de pompes du Gaz GPL, ce qui me coûtait 18 dinars (5,50 euros) par bouteille au lieu de 7,8  dinars (2,20 euros) dans un point de vente ordinaire.

Plusieurs habitants devant une station service à Sfax en attente de remplissage de leur bouteilles en GPL, pourtant plus cher. 

Mais au bout de quelques jours, les autorités ont dû interdire cela à cause du risque de déclenchement d’incendies. Je me suis retrouvé obligé de me déplacer à Sousse (à 150 km au nord de Sfax) tous les deux jours pour avoir du gaz. Je me réveille à 2 heures du matin, je reviens de Sousse chez moi à 6 heures pour ouvrir mon restaurant et travailler jusqu'à 19 heures [heure de fermeture obligatoire des restaurants en Tunisie pour limiter la propagation du Covid-19, NDLR]. Je n’en finis plus de cumuler les pertes : en 2020, j’ai dépensé au moins 20 000 dinars (soit 6 108 euros) de mes propres épargnes.

De son côté, la présidence du gouvernement tunisien a publié le 2 décembre, un communiqué affirmant que le premier ministre Hicham Mechichi avait ordonné la mobilisation des forces de l'ordre pour rouvrir les routes bloquées et les sites de production. 

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