Conflit au Tigré : ces photos ne montrent pas la destruction de l’aéroport d’Aksoum en Éthiopie

D'anciennes images sorties de leur contexte circulent sur les réseaux sociaux pour montrer la destruction de l'aéroport d'Aksoum dans la province du Tigré en Ethiopie.
D'anciennes images sorties de leur contexte circulent sur les réseaux sociaux pour montrer la destruction de l'aéroport d'Aksoum dans la province du Tigré en Ethiopie. © Réseaux sociaux

L’aéroport d’Aksoum dans la province du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, a été endommagé le 22 novembre, selon l’agence de presse éthiopienne ENA, dans le cadre du conflit opposant l’armée éthiopienne aux autorités de la région. Attention, certaines photos qui circulent sur les réseaux sociaux pour illustrer cette information sont en fait d’anciennes images sorties de leur contexte.

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Le 22 novembre, l’agence de presse nationale éthiopienne ENA a annoncé que l’aéroport d’Aksoum, dans la province du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, a été détruit par des "extrémistes du TPLF", le Front de Libération du Peuple du Tigré, contre lequel l’armée éthiopienne mène une offensive militaire depuis trois semaines.

Le jour-même, des images montrant l’intérieur d’un terminal d’aéroport détruit ont été partagées plusieurs centaines de fois sur Facebook. Dans la publication, l’utilisateur déplore la destruction de l’aéroport d’Aksoum au Tigré.

ያሳዝናል ‼️ በትግራይ #የአክሱም አየር ማረፊያን #ጁንታው በዚህ መልኩ አውድሞታል፡፡ #አስብልሀለሁ የሚለው መሰረተ #ልማትህን እያፈረሰ እንደሆነ አሁን #ወገኖቸ እየገባቹሁ ነው፡፡

Publiée par Hager Alegn Enam sur Dimanche 22 novembre 2020

Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) permet cependant de constater que toutes ces images ne montrent pas l’aéroport d’Aksoum. Les deux premières photos représentent l’aéroport de Tripoli en Libye, pris en photo par la journaliste Marine Olivesi le 2 septembre 2014 :

 

Capture d'écran de l'article de The World où a été publiée la photo de l'aéroport de Tripoli détruit en Libye en septembre 2014.
Capture d'écran de l'article de The World où a été publiée la photo de l'aéroport de Tripoli détruit en Libye en septembre 2014. © Marine Olivesi

Dans une autre publication Facebook du 22 novembre, on peut voir d’autres photos censées, d’après la légende, montrer l’aéroport d’Aksoum :

 

ይሄ የ አክሱም አየር ማረፊያ ነው! ጥቁር ጣሊያኖቹ ህውሀቶች አክሱምን ሲለቁ አየር ማረፊያውን እንዲህ አፈራርሰው ነው የወጡት! በጣም ያሳፍራል ።

Publiée par Yosef Asheber sur Dimanche 22 novembre 2020

La photo du dessus est en réalité une photo de l’aéroport de Donetsk en Ukraine, filmé par des correspondants de CNN le 2 février 2015. La page Facebook Sidaama Today avait rapidement dénoncé la réutilisation de cette image hors de son contexte d’origine.

 

Capture d'écran de la vidéo filmée par CNN dans l'aéroport de Donetsk en Ukraine en 2015.
Capture d'écran de la vidéo filmée par CNN dans l'aéroport de Donetsk en Ukraine en 2015. © CNN

Le terminal de l’aéroport toujours intact 

Des images diffusées le 23 novembre sur YouTube par la chaîne de télévision Addis Media Network montrent des dégâts sur la piste d’atterrissage de l’aéroport d’Aksoum. On peut voir que le terminal de l’aéroport est intact :

L’aéroport d’Aksoum ne dispose que d’un seul terminal, comme on peut le voir sur le site contributif Sleepinginairports.

En résumé, la piste d’atterrissage de l’aéroport d’Aksoum a bien été endommagée, mais certaines images diffusées sur les réseaux sociaux pour illustrer les dégâts montrent en réalité d’autres aéroports détruits antérieurement, lors des conflits en Ukraine et en Libye.

Le 4 novembre, le Premier ministre éthiopien, Abyi Ahmed, a lancé une offensive contre le TPLF, à la tête de la province du Tigré qui a tenté de faire sécession en septembre. Le conflit a provoqué un afflux de réfugiés au Soudan voisin. Le 23 novembre, Abiy Ahmed a posé un utlimatum au TPLF, lui donnant trois jours pour se rendre. La couverture du conflit s’avère difficile alors qu’Internet et les liaisons téléphoniques ont été coupées.

Après avoir participé à la chute du régime militaro-marxiste du Derg à la fin des années 1980, le TPLF a dirigé l’Ethiopie pendant près de 30 ans. Abiy Ahmed, Premier ministre oromo arrivé au pouvoir en 2018, a obtenu le prix Nobel de la Paix en 2019 pour son action pour la réconciliation entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Son agenda réformateur s’est heurté à l’influence militaire et économique du TPLF au sein des institutions étatiques, alimentant les tensions entre le gouvernement et l’ancien parti au pouvoir.