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Ouganda : des émeutes suite à l’arrestation d’un opposant tournent au carnage

Manifestations après l'arrestation de l'opposant Bobi Wine à Kampala, Ouganda.
Manifestations après l'arrestation de l'opposant Bobi Wine à Kampala, Ouganda. © Réseaux sociaux

L’arrestation de l’opposant politique ougandais et chanteur Bobi Wine le 18 novembre, pour avoir organisé un rassemblement en dépit des mesures de lutte contre le Covid-19, a provoqué des émeutes dans la capitale ougandaise Kampala. La police et l’armée s’en sont pris violemment aux protestataires, tirant avec du gaz lacrymogène, mais aussi à balles réelles sur la foule. Le bilan est très lourd : 37 personnes ont été tuées et au moins 45 grièvement blessées dans les heurts au cours des trois derniers jours, selon la police.

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Dans une vidéo publiée sur Twitter le 19 novembre, une femme filme une colonne de soldats ougandais dans une rue de Kampala depuis sa fenêtre. Ils avancent lentement, quand le dernier de la file s’arrête. « Regardez-le, » dit la femme en anglais. À peine finit-elle sa phrase qu’un coup de feu est tiré dans sa direction. Alors qu’elle filme, sous le choc, la vitre brisée, la caméra se met à trembler quand elle réalise qu’une balle vient de siffler à deux doigts de son oreille.

La femme qui filme pense d'abord que c'est du gaz lacrymogène qui a été tiré avant de réaliser que c'est une balle.

Une autre vidéo publiée le 18 novembre, filmée depuis un balcon, montre des civils non armés dans une ruelle de la capitale visés par des tirs. À l’approche d’un véhicule, ils lèvent les bras en l’air en criant. Puis des coups de feu retentissent , et deux d’entre eux s’écroulent sur le sol.

Des affrontements violents entre policiers et manifestants ont éclaté dans la capitale de l’Ouganda suite à l’arrestation du chanteur populaire Bobi Wine, principal adversaire du président Yoweri Museveni aux élections de janvier 2021.  

« Les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles »

Daniel (pseudonyme), contacté par la rédaction des Observateurs et souhaitant garder l’anonymat, était dans un quartier du Nord-Est de Kampala pendant les émeutes jeudi :

Des manifestants ont brûlé des pneus pour bloquer les routes. Nombre d’entre eux étaient des jeunes issus des quartiers pauvres de la ville, qui ont profité de l’arrestation de Bobi Wine et du désordre pour piller des magasins et des voitures. Certains ont lancé des pierres sur des voitures du gouvernement, d’autres ont mis le feu à des véhicules, qui ont ensuite percuté la foule.

Cette vidéo partagée sur Twitter par l’opposant ougandais Kifefe Kizza-Besigye le 18 novembre montre des jeunes manifestants descendus dans la rue au milieu de feux et de banderoles, criant « Free Bobi Wine »:

Puis, comme le raconte Daniel, la police et l’armée sont intervenues pour disperser les manifestants :

La police et l’armée ont essayé de disperser les foules, d’abord en tirant en l’air, puis en utilisant du gaz lacrymogène. Les manifestants se sont enfuis dans des ruelles adjacentes. Puis les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles : que tu participes à l’émeute ou non, ils tiraient. Il y avait aussi des personnes armées, habillées en civil, qui menaçaient les manifestants. Là où j’étais, personne n’a été touché.

Sur ces 20 dernières années, c’est probablement l’un des épisodes de violences pré-électorales qui a vu le plus de sang versé.

Cette vidéo publiée le 19 novembre montre des individus en civil, armés de fusils, tirer en l’air et menacer les personnes dans la rue :

« Certains manifestants se sont retournés contre leurs concitoyens »

La blogueuse ougandaise Prudence Nyamishama, contactée par notre rédaction, est révoltée par les violences policières, mais aussi par le comportement des protestataires :

Certains manifestants se sont retournés contre leurs concitoyens, c’est déplorable. Une femme, qui, il se trouve, portait un t-shirt jaune ce jour-là, a été forcée par des manifestants de l’enlever, car c’est la couleur du parti au pouvoir.

Vidéo transmise par Prudence Nyamishama, où l’on voit des manifestants forçant une femme à enlever son t-shirt car il est jaune.

Selon Prudence, la situation à Kampala s’est désormais apaisée, mais l’inquiétude persiste :

Les gens ont peur : beaucoup de personnes sont restées chez elles aujourd’hui, car les gens ne savent pas trop ce qu’il se passe. Ils ont peur que la police ou des manifestants s’en prennent à eux.

Quelque part, c’est ironique car Bobi Wine a supposément été arrêté pour protéger les gens du Covid-19, mais en Ouganda, le Covid-19 a fait 158 morts depuis le début de l’année, alors que 37 personnes ont perdu la vie en trois jours de violences. 

Les dernières élections en Ouganda ont été critiquées pour ne pas avoir été libres et équitables. C’est terrible que tant de gens soient morts, alors qu’à la fin, les élections seront sûrement truquées. 

Le chef de la police Moses Kafeero a affirmé jeudi que la police avait tiré « avec des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes » pour disperser les manifestants.

Bobi Wine, 38 ans, député depuis 2017 et très populaire auprès de la jeunesse urbaine de l’Ouganda, a été arrêté le 18 novembre. Selon la police, il aurait enfreint les mesures de lutte contre l’épidémie de Covid-19 lors de ses rassemblements. Il avait déjà été arrêté plusieurs fois, notamment au début du mois de novembre, juste après avoir déposé sa candidature pour l'élection présidentielle. Il a été libéré sous caution le 20 novembre.

L’Ouganda est dirigé depuis 1986 par Yoweri Museveni, 75 ans. Il candidate à un sixième mandat pour les élections présidentielles de 2021. Les élections précédentes en 2011 et 2016 avaient également été marquées par des épisodes de violence.

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