Accéder au contenu principal
Maroc/ pollution

Maroc : dans l’oued de Za, les rejets des usines d’olives polluent les eaux et le quotidien des habitants

Une mousse orangée sort des égouts formant une bulle dans le quartier de Majd 1, à côté de la zone industrielle de Taourirt . Capture d'écran Facebook.
Une mousse orangée sort des égouts formant une bulle dans le quartier de Majd 1, à côté de la zone industrielle de Taourirt . Capture d'écran Facebook.
6 mn

Publicité

Depuis 2014 , les habitants de la ville de Taourirt, dans le nord-est du Maroc se plaignent de la pollution due aux déchets des usines de transformation d’olives,  qui déversent leurs eaux sales dans l’oued de Za, essentielle à la production agricole dans la province de Taourirt. Depuis deux mois, ils ont lancé une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux, à renfort de vidéos et de photos montrant ce fléau. Nos Observateurs expliquent les origines et les répercussions de la pollution industrielle qui étouffe leur ville.

Taourirt, qui  abrite des dizaines d’usines de transformation d’olives, est au Maroc la deuxième ville exportatrice d’olives et ses dérivés   vers l’Amérique, l’Europe et le Moyen-Orient. L’activité industrielle générée par l’olive est donc vitale pour l’économie de la région, mais elle est accusée de polluer l’oued de Za, une vallée qui est la première source d’eau pour les animaux, et avec, les terres fertiles de la région de Taourirt. On voit dans ces images, filmées en  octobre 2020 et envoyées par nos Observateurs, la couleur des eaux de l’oued tourner au noir, surplombées d’une mousse blanche due aux rejets des usines, acheminés sans assainissement vers la rivière.

Cette pollution ne concerne pas que le oued de Za. Elle a aussi touché des quartiers résidentiels de Taourirt où sont installées des usines d’olives, partageant les mêmes canaux d’évacuation d’eau usée avec les résidents des quartiers avoisinants. On voit dans ces images une mousse orangée qui ressurgit des égouts du quartier Majd 1, adjacent à la zone industrielle  .

L’association écologiste ‘’Joudna’’ [“Notre générosité”] a dénoncé, dans un communiqué publié le 27 septembre 2020, l’indifférence des autorités locales sur la dégradation de la situation écologique dans la ville ‘’à cause des déchets des usines d’olives. Selon ‘’Joudna’’, les répercussions nuisibles de cette situation se sont étendues pour toucher les villes et les villages avoisinants, tels que Machraa Hammadi, Melouia, Berkan Zayou et Chouihia. L’association dénonce aussi “la complicité” des propriétaires des usines avec les autorités locales, et défend le ‘’droit constitutionnel’’ des habitants de Taourirt à demander la dissolution du conseil municipal dans la ville.

Houssem (pseudonyme)  est biologiste et habitant de Taourirt. Il est en train de préparer une étude sur la pollution dans la vallée de Za à la suite de laquelle il doit donner des recommandations au conseil municipal de la ville. Il affirme que les composantes rejetées par les usines directement dans la vallée ont engendré la disparition des espèces qui y vivent :

‘’Actuellement, la récolte d'olives est à son apogée, c'est à cette période de l'année que l'affluence des eaux usées des usines d'olives dans l’oued de Za augmente considérablement, et le taux de matières organiques dans l’eau du oued augmente en conséquence. Une des matières les plus dangereuses qu'on a identifiée c'est le phénol : c'est une matière très dangereuse, selon des études, parce qu'il est difficile de la dissoudre même en filtrant les eaux. Le taux de phénol dans les eaux de l’oued frôle le 1500 mg par litre alors qu’il ne devrait pas dépasser 50 mg. En plus, les taux de bio oxygène et la DCO (demande chimique en oxygène ) et d’autres résidus (tels que le nitrate et le nitrite)  sont très élevés aussi, ce qui explique la mousse blanche qu'on voit sur les images. Ces engrais chimiques sont dus aux déchets de l’industrie oléicole et font courir de gros risques à la nappe hydraulique. Ces dernières années, des habitants de la région disent avoir remarqué l'augmentation du nombre des maladies pouvant provoquer le cancer.

Ces matières sont très dangereuses aussi pour les espèces vivantes : les poissons sont de plus en plus rares [en juillet 2019, les habitants ont retrouvé des centaines des poissons morts , NDLR]’’

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.