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SENEGAL

Au large du Sénégal, une pirogue pour les Canaries prend feu : "Cette route offre deux possibilités, mourir ou réussir"

Un incendie s'est déclaré sur une pirogue au Sénégal le 23 octobre. Capture d'écran / vidéo réseaux sociaux.
Un incendie s'est déclaré sur une pirogue au Sénégal le 23 octobre. Capture d'écran / vidéo réseaux sociaux.
7 mn

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Au Sénégal, l’incendie d’une pirogue, le 23 octobre, au large de M’bour, à plus de 80 km au sud de Dakar, a suscité un vif émoi alors que les tentatives d’émigration clandestine vers l’Europe se multiplient. L’accident, dont les circonstances sont encore floues, a coûté la vie à au moins dix personnes. Notre Observateur est allé à la rencontre de rescapés, sauvés par la marine sénégalaise et des pêcheurs.

La route à travers l’Atlantique entre le Sénégal et l’archipel espagnol des Canaries est extrêmement longue - plus de 1 400 kilomètres - et dangereuse. Vendredi 23 octobre, un incendie à bord d’une pirogue qui transportait de nombreux candidats à l’émigration est à nouveau venu le confirmer. 

Une vidéo, filmée par des pêcheurs, montre une épaisse fumée noire au loin. Une deuxième montre deux hommes rejoindre à la nage un bateau. Depuis le drame, ces images sont largement partagées sur WhatsApp, sur les réseaux sociaux et dans la presse sénégalaise. D'autres photos, montrant les visages des présumés disparus, circulent également.

Le 23 octobre, la Direction de l’information et des relations publiques des armées (DIRPA) assurait que la pirogue en détresse avait été découverte dans la matinée par un patrouilleur espagnol à 80 km au large de M’bour. L’intervention de la marine sénégalaise et de ce patrouilleur ont permis à 51 passagers d’être secourus, selon la DIRPA. D’autres ont été sauvés par des pêcheurs présents aux alentours. 

Deux jours plus tard, sur Twitter, le président Macky Sall annonçait la mort de "plus d'une dizaine de jeunes compatriotes" dans "l’explosion, en haute mer, du moteur d’une pirogue".

Selon des témoignages audio reçus par la rédaction des Observateurs de France 24, la pirogue avait d’abord quitté, vide, la ville de Saint-Louis. Les passagers y seraient ensuite montés au niveau de M’bour. Beaucoup d’entre eux étaient originaires du quartier Pikine, à Saint-Louis.

"Les survivants étaient en état de choc"

Pour le moment, l'ampleur du drame reste inconnue. Notre Observateur Petit Ndiaye, blogueur et responsable de communication à Saint-Louis, a rencontré plusieurs des rescapés. Ces derniers ont affirmé qu’entre 150 et 200 personnes se trouvaient à bord : 

 

J'ai été contacté par plusieurs jeunes rescapés ramenés par des pêcheurs jusqu’à Dakar. J’ai ainsi pu rencontrer sept jeunes, âgés de 20 à 35 ans, tous originaires de Pikine à Saint-Louis. Ils m'ont expliqué ne pas avoir trop d'informations sur les circonstances de l'accident : le moteur était neuf. Une panne technique aurait eu lieu et le moteur aurait pris feu. Les bidons de carburant à bord ont empiré la situation. Selon eux, ça a été "sauve-qui-peut" et seuls ceux qui savaient nager ont réussi à se sauver. 

Leurs souvenirs sont traumatisants. Parmi eux, l’un a vu un ami mourir et celui-ci lui a demandé de prendre sa famille en charge. Ils étaient en état de choc. Ils sont toujours sans nouvelles de certains de leurs amis. 

 

"Rentrer à Saint-Louis est difficile pour eux"

Pour le moment, ils sont encore à Dakar, où ils ont été entendus par les autorités. Rentrer à Saint-Louis est difficile pour eux : ils préfèrent attendre que le bruit s’estompe, pour éviter d’être confrontés à la pression sociale. Il y a la honte d’avoir échoué mais aussi ils devront expliquer leur départ à leurs proches qui n’étaient pas au courant. 

 

C’est là que nous devons agir et faire de la prévention : aider les jeunes à se réintégrer, et inciter les familles à faciliter cela, ne pas leur mettre la pression. Sans quoi certains pourront être tentés de repartir. Dans les prochains jours, avec plusieurs jeunes activistes de Saint-Louis, nous allons nous rendre chez les familles des victimes, pour présenter nos condoléances et sensibiliser. Le maire l’a également fait. Beaucoup de familles commencent à porter leur deuil. Au moins une vingtaine de jeunes de Saint-Louis ont disparu. Mais les chiffres exacts ne sont pas connus. 

 

"Cette route offre deux possibilités : mourir ou réussir"

 

Les rescapés expliquent que d’autres jeunes venus d’autres régions se trouvaient dans la pirogue. Mais pour ce qui est des jeunes de Saint-Louis, ils viennent presque tous du même quartier et se sont côtoyés. Ce ne sont pas des pêcheurs mais plutôt des jeunes désespérés : ils font des petits travaux, sans avoir de quoi faire vivre leur famille. Pour eux, cette route offre deux possibilités : mourir ou réussir. Les dangers de la mer sont bien connus.

 

Ce drame a suscité beaucoup d’émotion. Bien sûr, il y a déjà eu d’autres pirogues qui ont échoué la traversée. Mais cette fois-ci, l’événement a été largement relayé, avec des prises de paroles politiques pour renforcer les plaidoyers de lutte contre l’immigration illégale.

Les départs de jeunes rêvant de rejoindre l’Europe en passant par les îles Canaries se multiplient ces dernières semaines depuis les côtes sénégalaises. Selon nos Observateurs, ces départs touchent principalement des pêcheurs, désemparés face à la raréfaction des ressources halieutiques, et des jeunes frappés par la crise liée à la pandémie de Covid-19.

 

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Au Sénégal, les pêcheurs et les jeunes frappés par la crise se tournent vers les îles Canaries

Dans un communiqué mardi 27 octobre, le gouvernement sénégalais a affirmé que cinq pirogues ont été interceptées entre le 7 et le 25 octobre par la Marine nationale appuyée par la Guardia Civil espagnole et des piroguiers sénégalais. Ces opérations, qui ont permis de sauver "388 personnes" selon la note, confirment "la recrudescence de l’émigration clandestine par voie maritime".

Le gouvernement sénégalais indique que la surveillance en mer est renforcée "avec des moyens aériens et navals" et ajoute que le président Macky Sall a lancé "un appel aux populations à plus de vigilance et à la collaboration avec les forces de défense et de sécurité pour préserver la vie des jeunes tentés par l’émigration".

Article écrit par Maëva Poulet.

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