CÔTE D’IVOIRE

Violences à Dabou en Côte d’Ivoire : "Nous nous sommes jetés à terre pour éviter les balles"

Images prises par notre Observateur mercredi 22 octobre, et qui montre l'étendue des violences à Dabou, à l'ouest de la Côte d'Ivoire.
Images prises par notre Observateur mercredi 22 octobre, et qui montre l'étendue des violences à Dabou, à l'ouest de la Côte d'Ivoire.

Publicité

La ville de Dabou, à l’ouest d’Abidjan, a connu de violents affrontements ces derniers jours, à l’approche de l’élection présidentielle prévue le 31 octobre. Ces heurts, les plus violents depuis le début de la contestation contre un troisième mandat d’Alassane Ouattara, ont fait onze morts selon la préfecture de Dabou. Un témoin présent Dabou lors des violences de mercredi a pris des photos des morts et blessés à la machette, et transmis ces images à la rédaction des Observateurs. 

Selon des témoignages d'habitants, les premiers troubles ont commencé lundi 19 octobre et ont dégénéré en affrontements intercommunautaires le lendemain mardi entre Adioukrou, communauté locale réputée favorable à l'opposition, et Malinké, communauté issue du nord du pays considérée pro-pouvoir. 

Le préfet de Dabou, Remi Nzi Kanga, a affirmé que des inconnus, dont certains armés de kalachnikovs, étaient venus attiser le conflit. "Initialement une banale confrontation politique entre tenants du pouvoir et de l’opposition s’est muée en un conflit entre Dioula (Malinké) et Adioukrou. Mais nous sommes convaincus qu’une milice bien armée a voulu récupérer cette confrontation. D’où viennent-ils ? Je ne saurais le dire", a déclaré le préfet cité par RFI

Cette vidéo a été tournée par un militant pro-Ouattara mardi 20 octobre, à la veille des violences.Ce témoignage est corroboré par Christophe (pseudonyme) qui a contacté la rédaction des Observateurs et transmis ses images. Il est un militant de l’opposition. 

 

"Je m’étais rendu à huit heures du matin dans la ville de Dabou pour participer aux protestations contre le troisième mandat d’Alassane Ouattara, avec plusieurs dizaines de jeunes. Quand nous sommes arrivés au niveau du cimetière de Dabou, à l’entrée de la ville, les forces de l’ordre avaient déjà barré la route pour nous empêcher d’avancer. A un moment, les blindés qui étaient en travers de la route ont démarré, et les forces de l’ordre ont foncé sur nous, ils se sont mis à nous lancer des bombes lacrymogènes."

Nous nous sommes enfuis, et là des inconnus ont commencé à tirer par rafales dans notre direction. Nous nous sommes refugiés dans un champ d’hévéas non loin de là. Nous nous sommes jetés à terre pour éviter les balles. Un ami s’est levé et a reçu une balle en pleine poitrine, un autre a reçu une balle au niveau de la main. Un autre aussi, s’était refugié sur le toit d’une maison, et il a été l’a tué par balle. Nous l’avons enterré hier.

Dans le village proche de Kpass, des individus ont aussi tabassé les habitants à coups de gourdins et de machettes [NDLR : mardi 21 octobre, un jeune a été tué à coups de machettes à Kpass, selon l’AFP]."

Au cours des violences, des assaillants ont saccagé plusieurs maisons selon notre Observateur.

Cet homme a été frappé à coups de gourdins par des gendarmes, selon notre Observateur. Il nous a également transmis des photos montrant quatre cadavres. La rédaction des Observateurs a décidé de ne pas les diffuser car trop violentes. 

Vidéo de camions incendiés transmises par notre Observateur à la rédaction des Observateurs

Vidéo de moto incendiée transmise pas notre Observateur à la rédaction des Observateurs.

Couvre-feu décrété jusqu’à dimanche à Dabou

De leur côté, les partisans du président sortant Alassane Ouattara et ceux de l’opposition se rejettent la responsabilité de ces violences. Jean-Claude Niangne, membre du parti présidentiel, a notamment déclaré que les violences dans sa ville étaient le fait de jeunes affiliés à l’opposition, qui se seraient emparés de plusieurs quartiers de la ville. 

Selon les derniers bilans officiels, les violences à Dabou auraient fait au moins 11 morts et 41 blessés.

La situation était revenue à la normale vendredi selon des médias ivoiriens. Un couvre-feu de 19h à 6h du matin a été décrété jusqu’au dimanche 25 octobre.

Les violences des dernières semaines interviennent après que l’opposition a lancé un mot d’ordre de "boycott actif" de l’élection du 31 octobre. La crainte d’une flambée de violence est grande en Côte d’Ivoire, dix ans après les violences post-électorales de 2010-2011 qui avaient fait 3000 morts. Depuis début août, une vingtaine de personnes sont mortes dans des tensions liées à la présidentielle

>> A lire sur les Observateurs : Présidentielle ivoirienne : "Nous avons été attaqués avant d’aller au meeting de l’opposition"