Un assemblage de photos circulant sur les réseaux sociaux prétend montrer le signe de la collusion entre plusieurs personnalités politiques et associatives : elles portent toutes un badge multicolore qui serait  le symbole de leur adhésion à une “Gouvernance mondiale”, terme complotiste qui désigne une pseudo-organisation secrète qui dominerait le monde. Cette broche est en réalité symbolique : c’est une initiative  de l’ONU pour faire connaître les objectifs du millénaire, un programme non contraignant de développement durable.

Une de ces publications, relayée près de 2000 fois sur Facebook, présente quatre photos montrant Emmanuel Macron, le président français, Horacio Arruda, directeur national de la Santé publique du Québec, Tedros Adhanom Ghebreyesus , le directeur général de l’OMS, et l’homme d’affaires et président d’associations Bill Gates. Tous ont un point commun mis en évidence par une grosse flèche rouge : un badge multicolore.

La publication précise :
 
Voici quelques photos où l’on voit que le président de l’OMS, Macron, Bill Gates, Oracio Arrruda et tous les autres dirigeants de ce monde portent cette broche du Global Goals pour une Gouvernance Mondiale ! Je pense que vous avez compris quelles sont leurs objectifs!  (sic)



L’internaute ne donne pas plus de précision, et évoque, sans l’écrire explicitement, la question du "Nouvel ordre mondial", une théorie en vogue dans les milieux complotistes affirmant qu’il existerait un projet de domination planétaire mené par un petit nombre d’individus, et notamment des personnalités politiques ou associatives, dans une totale opacité. Ce badge serait ainsi un signe d’appartenance de ces personnalités à ce projet.

Les mêmes allégations avaient déjà circulé en avril 2018 accusant notamment Horacio Arruda de “travailler” pour Bill Gates.



Pourquoi c’est trompeur

Des recherches d’images inversées sur chacune de ces photos permettent de voir qu’elles sont d’abord authentiques : celle d’Emmanuel Macron a été prise en 2018 lors de l’intervention du président français à la Bill et Melinda Gates Fondation à New York dans le cadre de la conférence “Goalkeepers” (gardiens, en français).

Celle de Bill Gates a été prise au même événement, mais un an plus tôt, en 2017.

Celle de Tedros Adhanom Ghebreyesus a été prise en 2018 lors d’une conférence de presse de l’OMS sur l’épidémie d’Ebola. Et celle d’Horacio Arruda a été relayée par plusieurs médias québécois en 2020.

Quel est ce badge et pourquoi toutes ces personnalités le portent ? Comme l’indique l’internaute à l’origine de la publication, ce logo est une référence aux "Global goals", soit les "Objectifs de développement durable" définis par les Nations unies en 2012, et adoptés par tous les États membres en 2015. Ils définissent "un appel universel à l'action pour mettre fin à la pauvreté, protéger la planète et garantir que tous les peuples jouissent de la paix et de la prospérité d'ici 2030" selon l’ONU. N’importe quel internaute peut se procurer ce badge via le site de l’ONU.

Capture d'écran du site de l'ONU où sont vendus ces pîns multicolore pour la somme de 7,99 dollars.

On y retrouve 17 piliers avec chacun une couleur, dont la fin de la pauvreté dans le monde, l’égalité des genres, l’action pour le climat, ou encore l’accès à l’eau et aux systèmes sanitaires partout. Les 17 couleurs ensemble constituent le logo en forme de cercle.

Sur son site, l’ONU indique très clairement que ces piliers "ne sont pas juridiquement contraignants" mais pousse régulièrement les gouvernements à mener des actions pour poursuivre ces objectifs. 

Les différentes personnalités politiques arborant ainsi ce badge n’appartiennent ainsi pas à un groupe défini, ou une organisation secrète : ce badge porté à des moments ponctuels symbolise leur soutien public à ces objectifs, bien que non-coercitifs, et leur souhait de coordonner leurs efforts.

C’est également le cas de Bill Gates et de sa fondation qui ont lancé en 2017 le projet "Goalkeepers" pour pousser les leaders mondiaux à accélérer la poursuite de ces objectifs du millénaire.


Des objectifs vraiment respectés ?
 
Le 22 septembre 2020, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dressé un tableau plutôt négatif déclarant notamment “pour la première fois en 30 ans, la pauvreté augmente. Les indicateurs de développement humain sont en berne. Nous n’avons jamais dévié aussi loin des Objectifs de développement durable” précisant cependant que tous les indicateurs étaient fortement influencés par la pandémie de Covid-19. 

De son côté, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a également constaté que plusieurs indicateurs étaient en berne citant “une hausse de la faim, ainsi que d'autres formes d'insécurité alimentaire [...]  comme l'échelle de mesure de l'insécurité alimentaire vécue.

Le dernier rapport de l’ONU sur l’état des objectifs du millénaire publié en juillet 2020 présente tout de même quelques points positifs, comme l’amélioration de “la santé maternelle et infantile, de l’accès à l’électricité et [la] représentation des femmes au sein des gouvernements” notant cependant qu’ils restent “inégaux et insuffisants pour atteindre les ODD”. 

En résumé
 
Ce badge est un symbole des objectifs du développement durable signifiant l’adhésion de personnalités publiques à ces objectifs à l’horizon 2030. Ces objectifs sont cependant non-coercitifs, et les derniers rapports montrent qu’ils sont loin d’être atteints.