Avec ses 28 000 abonnés sur sa page Facebook, "Lunch Brother" ("le frère du déjeuner" en français) fait partie des jeunes activistes les plus en vue parmi ceux qui ont émergé avec les manifestations pro-démocratie à Hong Kong depuis 2019. Il reçoit quotidiennement des messages d'admiration et de soutien en ligne pour ses actions osées, alors que l'étau de Pékin semble se resserrer inexorablement sur l'ancienne colonie britannique.

"Lunch Brother", David, de son vrai prénom, s'est d'abord fait connaître avec ses participations régulières aux "déjeuners avec vous" en 2019, des actions durant lesquelles des employés de bureau pro-démocratie protestaient dans les rues à l'heure du déjeuner. Après l'adoption de la loi sur la sécurité nationale en juin 2020, qui permet d'arrêter des personnes pour "crimes politiques" au motif de "sédition" et de "sécession", David a continué malgré tout ses manifestations pacifiques, quand beaucoup de Hongkongais n'osaient plus.

Le 1er octobre, alors que la police réprimait toute tentative de manifestation à l'occasion de la fête nationale chinoise, une photo de David entouré de policiers, mais lisant tranquillement le journal libéral Apple Daily dans une station de métro, est devenue virale sur Twitter.
 

"Gloire à Hong Kong ! Je t'aimerai toujours et pour toujours"

David manifeste soit seul, soit en petit groupe d'individus masqués, en respectant la distanciation sociale, avec des actions en général visuelles, symboliques et indépendantes de toute organisation. Des manifestations plus importantes ont été réprimées par la police depuis juin 2020, et les petites manifestations restent tolérées même si les forces de l'ordre les encadrent souvent de près, afin de mettre la pression sur les manifestants.

La vidéo postée par David sur son compte Instagram le 30 août dernier le montre ainsi accompagné de deux manifestants, tenant des feuilles de papier blanches, une façon de protester contre la censure. David chante l'hymne des manifestants "Gloire à Hong Kong" mais change des paroles avec les chiffres "5201314", lesquels, prononcés en cantonnais, ressemblent à la phrase : "Je t'aimerai toujours et pour toujours".

View this post on Instagram

#lunch哥 #5201314

A post shared by lunch哥的抗爭生涯 (@lunch_gor) on

 
 
David rédige aussi des pétitions destinées aux plus hautes autorités gouvernementales, dont le Commissaire de police hongkongais, comme le montre un direct publié le 7 octobre sur la page Facebook Lunch Brother. Il explique que sa pétition dénonce les violences policières et les méthodes jugées inappropriées de maintien de l‘ordre. Elle mentionne aussi une dégradation récente de la liberté de la presse et demande à ce que les libertés individuelles soient restaurées.

Sur un Facebook Live, le 7 octobre, David est interviewé devant quartier général de la police de Hong Kong, où il remet une pétition au commissaire. 

"Lisons Apple Daily ensemble"

Comme les actions de David attirent l'attention des passants et des médias, les forces de l'ordre finissent en général par y mettre fin, arrêtant parfois l'activiste.

Le 4 octobre, lors d'une de ses habituelles lectures d'Apple Daily, il a également brandi le journal Ta Kung Pao, pro-Pékin. "J'ai remarqué que les citoyens qui ont Ta Kung Pao ne se font pas encercler par la police, donc mon ami et moi avons tenu Apple Daily et Ta Kung Pao pour tester le comportement de la police".


Photo postée sur la page Facebook de Lunch Brother. 
 

Selon le média pro-démocratie Stand News, dix officiers de police sont ensuite venus accuser David et son acolyte d'agitation de foule et de perturber la quiétude des lieux. Ils l'ont arrêté. Dans une vidéo filmée en direct le 7 octobre sur Facebook, David a annoncé qu'il avait était convoqué à une audience préliminaire, qu'il était provisoirement suspendu d'aller à son lycée et qu'il ne savait pas quand il pourrait y retourner.
 
Les autres activistes n'approuvent pas forcément

Les méthodes de David ne font pas l'unanimité parmi les activistes pro-démocratie à Hong Kong. Sur la chaîne Telegram "Hong Kong military " – où se retrouvent des militants opposés aux actions pacifiques – une publication du 5 octobre l'accusait de critiquer ceux qui ne partagent pas ses choix et de les traiter de policiers déguisés.

Une autre publication sur Telegram critiquait son "irrespect pour les morts", après qu'une vidéo live de David sur son compte Instagram, en date du 8 août, le montrait en train de se moquer de policiers juste devant l'autel érigé à la mémoire d'Alex Chow, un jeune Hongkongais décédé en marge des manifestations de 2019.

video4
View this post on Instagram

on99 popo

A post shared by lunch哥的抗爭生涯 (@lunch_gor) on

Le 8 août, David se moquant de policiers devant l'autel érigé à la mémoire d'Alex Chow
 

"Les actions de David ne font que subsister sur les dernières bribes de manifestations"

Contacté par notre rédaction, "Sam" (pseudonyme), un utilisateur de Twitter qui documente régulièrement les manifestations à Hong Kong, estime pour sa part que l'activisme de David est une mise en scène "devenue partie intégrante de la vie quotidienne" de certains Hongkongais, et "n'exerçant plus aucune pression sur le gouvernement" de Hong Kong. Il détaille : "Les actions de David ne font que subsister sur les dernières bribes des manifestations". Selon lui, ceux qui manifestaient dans la rue considèrent que cette méthode a désormais fait son temps. "À mon avis, David devrait faire face aux critiques et repenser ses méthodes - comme l'a fait Joshua Wong (NDLR : un des jeunes activistes hongkongais les plus connus) au fil des années. Il est nécessaire de réfléchir au-delà des anciennes méthodes de manifestations", estime-t-il.