Le Pantanal, vaste zone humide dans le sud-ouest du Brésil, est considéré comme un sanctuaire de biodiversité. Mais depuis le début de l’année, plus de 17 000 départs de feu y ont été comptabilisés. Face à cette situation sans précédent, des bénévoles se mobilisent pour sauver les animaux sauvages.

Au Brésil, des incendies dévastateurs sévissent depuis juin en Amazonie et dans d’autres forêts tropicales comme le Pantanal, qui s’étend à travers le Brésil, la Bolivie et le Paraguay. Ravagée par les feux, cette immense aire de biodiversité, qui abrite quelque 656 espèces d’oiseaux, 159 de mammifères et 98 de reptiles, connaît un drame écologique. Les feux n’y ont jamais été aussi importants : cette année, 23 % du Pantanal brésilien a brûlé, soit plus de 3,4 millions d'hectares.

Les spécialistes de l'environnement n’ont pas tardé à prendre conscience de l’ampleur de la situation et à s’organiser pour sauver les animaux piégés par les flammes.

"Le Pantanal ressemble à un désert de cendres, il n’y plus rien à manger pour les animaux"

À tout juste 20 ans, Eduarda Fernandes travaille comme guide dans la région et fait visiter aux touristes le parc régional Encontro das Aguas, le plus grand sanctuaire de jaguars de la planète. Depuis quelques semaines, c’est avec des équipes de vétérinaires et de pompiers volontaires qu’elle arpente le Pantanal :
 
En juin, puis en juillet, nous commençions à voir des incendies au loin, mais nous n'avions pas imaginé qu'ils prendraient une telle proportion et qu'il serait si difficile de les éteindre. Les flammes pouvaient atteindre jusqu’à 25 mètres de hauteur. Aujourd’hui, la situation est plus calme qu'il y a un mois : le feu est passé dans la zone et s’est déplacé vers d’autres endroits.

Le Pantanal ressemble à un désert de cendres et il n’y a plus rien à manger pour les animaux herbivores. C’est pour cela que j’ai eu l’idée dès le mois dernier de laisser de l’eau et de la nourriture dans la zone, pour les animaux. Nous avons d’abord fait une commande gigantesque de fruits, avec nos fonds propres. Maintenant, des particuliers et des associations nous aident, distribuent de la nourriture ou nous font des donations.


J'ai aussi monté un groupe pour secourir les animaux blessés. Nous allons à leur recherche tout en faisant très attention : si un animal est un peu brûlé mais qu'il peut se déplacer, il n'est pas nécessaire d'intervenir. Nous capturons seulement ceux qui sont couchés et qui ne sont plus capables d'aller chercher de la nourriture ou de l'eau. Nous avons eu besoin de récupérer beaucoup de matériel. C'est une zone très reculée : il faut des voitures, des bateaux, des cages. Les vétérinaires ont également des anesthésiants professionnels. Nous avons, par exemple, récupéré un jaguar d'une zone accessible seulement en bateau : nous avons dû le sortir de là, puis le mettre dans une cage, la placer dans le bateau et se rendre à un point accessible pour un hélicoptère. Le félin a ensuite été transporté jusqu'à un centre de soin.
 
" Nous n'avons jamais vu autant d'animaux mourir"

Certains disent que le Pantanal connaît des incendies chaque année. Oui, tous les ans, nous observons des feux isolés. Mais ils sont contrôlables. Cette année, les feux étaient hors de contrôle. Nous n'avons jamais vu autant d'animaux mourir. Les plus touchés sont les reptiles et les amphibiens : ces animaux se réfugient dans des trous dans le sol. Or, quand le feu passe, ils se retrouvent piégés.


Nos actions dans le Pantanal ont eu beaucoup de visibilité sur Internet ainsi que dans les médias, et d'autres groupes ont commencé à se mobiliser. Nous travaillons désormais avec énormément de gens et cela nous permet de couvrir une vaste zone. AMPARA Animal (une organisation de protection des animaux) nous aide sur le plan logistique. Il y a aussi des équipes du GRAD, des bénévoles spécialisés dans les sauvetages d’animaux lors des désastres, qui sont arrivées sur place.

Par la suite, nous voulons mettre en place des projets de reboisement. Les feux ont ravagé des surfaces gigantesques et, même si le Pantanal a la capacité à se régénérer, nous voulons accélérer ce processus. Il faudra aussi faire des enclos pour les animaux qui ne vont pas réussir de suite à retourner à la vie sauvage.

"C’est la première fois que nous recevons des jaguars dans des états de santé aussi critiques"

Grâce aux partenariats entre différentes organisations, deux jaguars ont pu être acheminés du Pantanal jusqu'à Corumbá de Goiás, près de Brasília, pour être soignés au centre de soin spécialisé dans les félins de l’ONG Nex No Extinction.

Silvano Gianni en est le directeur exécutif. Il explique :
 
Bien que nous soyons à 1 000 kilomètres du Pantanal, nous avons reçu deux jaguars blessés depuis le début des incendies dans cette zone. Ils ont été transférés en van jusqu’ici pour être soignés en raison de graves brûlures. Ils sont en train de recevoir des traitements médicaux conventionnels qui sont financés par nos partenaires.

L’une des jaguars, que nous avons baptisée Amanaci, est arrivée très brûlée, elle ne pouvait plus bouger : ses lésions étaient profondes, il n’y avait presque plus de chaire sur ces pattes, les os étaient apparents. L’autre jaguar, appelé Ousado, est arrivé deux ou trois jours plus tard et se trouvait en meilleure santé, ses lésions étaient au second degré. Lui est presque prêt à retourner dans la nature. Le problème, c’est que son habitat a pris feu. Nous sommes donc en train de réfléchir à un projet de réintroduction pour lui, dans la zone où il se trouvait, en lui donnant des aliments pour qu’il puisse survivre.

C’est la première fois que nous recevons des jaguars dans des états de santé aussi critiques. Ils seraient probablement morts s'ils n'avaient pas été transférés ici. Pour nous ils sont symboliques, ce sont deux icônes de lutte pour la préservation.




Le 22 septembre, lors de son allocution diffusée à l’ouverture de l’Assemblée générale virtuelle des Nations unies, le président brésilien, Jair Bolsonaro, a minimisé les incendies ravageant l’Amazonie et le Pantanal et accusé les fermiers indigènes d’en être à l’origine. Pourtant, pour l'heure, dans le Pantanal, la Police fédérale concentre ses investigations autour de cinq grands fermiers, soupçonnés d'avoir mis le feu à la végétation pour la transformer en zone de pâturage. Le président brésilien s’est également plaint que le gouvernement soit victime d’une "brutale campagne de désinformation" en ce qui concerne les feux.

Le 14 septembre, les États du Mato Grosso et Mato Grosso do Sul, où se trouve le Pantanal brésilien, se sont déclarés en état de calamité. Cette mesure permet de mobiliser davantage de moyens et de matériels pour faire face à l'urgence. La même semaine, le gouvernement a débloqué une aide de près de 13,9 millions de reais (2,1 millions d’euros) pour aider les deux états dans leur lutte contre les incendies.

Article écrit par Maëva Poulet