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Porter un masque ou ne pas porter un masque : depuis le début de la pandémie de Covid-19, telle est la question sur les réseaux sociaux. Parmi les arguments avancés par les partisans du non-port du masque : le risque de s’intoxiquer son propre rejt de dioxyde de carbone. Certains ont récemment partagé des vidéos où ils glissent sous leur masque des détecteurs de gaz, prétendant que ces machines pouvaient prouver que le niveau de Co2 respiré lorsqu’on porte un masque était très dangereux. Mais ces vidéos ne sont basées sur aucune preuve scientifique. Explications.

Face à leur caméra ou leur téléphone portable, des internautes, principalement américains, ont tenté de prouver que porter un masque pouvait être dangereux pour la santé. Equipé d’un détecteur de gaz, qu’on peut trouver pour 40 à 100 euros dans des magasins d’outillages, ces internautes placent le tuyau de la machine à l’intérieur de leur masque avant de respirer.

Le compteur de la machine s’affole dès les premières expirations, indiquant qu’un haut niveau de dioxyde de carbone (Co2) est présent entre le visage et le masque. Conclusion selon eux : porter un masque entraîne une intoxication au Co2, et donc il faut à tout prix éviter d’en porter.


 
La chaîne YouTube de cet internaute, Dave Sims, relaie régulièrement des théories complotistes à propos des masques, ou des arguments anti-vaccins.

"Une démonstration qui marche pour un grand espace, pas pour un masque"
 
La rédaction des Observateurs de France 24 a contacté l’entreprise MSA, fabricant du modèle "ALTAIR 5X Gas Detector", une des machines qu’on peut voir dans certaines vidéos anti-masques. Interrogé sur la capacité de cette machine à mesurer le niveau de Co2 dans un masque, la réponse de la firme est sans appel :
 
Cette machine est un détecteur de gaz portable qui sert à évaluer de potentielles atmosphères dangereuses ou combustibles dans des entreprises, particulièrement dans des pièces, des espaces de travail, ou des espaces clos, mais bien plus large que celui à l’intérieur d’un masque.

Quand on utilise la machine derrière son masque, la personne qui le porte va expirer et donc déplacer l’oxygène. Cela entraîne par conséquent le déclenchement de l’alarme. La même chose se passerait si la personne expirait respirait directement dans le tuyau. Et à cause de la sensibilité des capteurs, combinée au peu d’espace dans le masque, le compteur ne peut pas avoir le temps de se remettre à zéro avant la prochaine expiration, entraînant donc une alarme continue.

Ces machines ne sont donc pas adaptées à des tests médicaux, et les alertes et nombres affichés n’indiquent donc rien de significatif.

Cette video a été publiée par Del Matthew Bigtree, une des figures des anti-vaccins les plus connues aux Etats-Unis.
 
Des médecins contre-attaquent avec leurs propres démonstrations en vidéo
 
Pour répondre à ces vidéos prétendant que le port du masque pouvait mener à une intoxication au dioxyde de carbone, plusieurs docteurs et infirmières ont contre-attaqué avec des vidéos plus scientifiques. Certains ont par exemple porté un masque, ou même plusieurs, et ont mesuré le niveau d’oxygène dans leur sang. Conclusion : porter un, ou même plusieurs masques, ne réduit pas le niveau d’oxygène dans le sang.



Cependant, certaines études scientifiques menées plusieurs années avant que le masque ne devienne un sujet politique et idéologique ont suggéré que le port du masque pouvait provoquer des changements mineurs du niveau d’oxygène dans le corps humain. 

Une étude menée par l’université Başkent en Turquie en 2008 a par exemple évalué  si la saturation en oxygène chez les chirurgiens pouvait être affectée par le port du masque lors des opérations qu’ils mènent. Selon cette dernière, porter un masque pendant une heure entraîne une baisse mineure du niveau d’oxygène dans le sang, et augmente légèrement le rythme cardiaque.

“Le niveau de Co2 augmente lorsqu’on porte un masque, mais à niveau d’acceptation très raisonnable pour le corps humain”

Interrogé sur ces études, Ewa Messaoudi, responsable réglementation EMEA pour les appareils de protection respiratoire pour l’AFNOR (l’Association Française de Normalisation, chargée de définir les normes de standardisation des produits) explique: 

Il faut prendre en compte que ce type de protection est toujours une contrainte pour le corps humain. On ne porte pas un masque pour augmenter son confort respiratoire, on le porte pour se protéger contre un risque existant. La question est de savoir si la performance du masque convient ou pas aux paramètres physiologiques autorisés par le corps humain dans un temps limité.

Quand nous développons les masques, nous nous basons sur des spécifications techniques liées à des facteurs humains, comme les normes européennes de standardisation.

Alors oui, le niveau de Co2 augmente lorsqu’on porte un masque, mais il reste dans un niveau d’acceptation très raisonnable pour le corps humain. Et c’est le cas des masques certifiés par le document CWA 17553 [le "Committee Workshop Agreement "du Comité européen de normalisation, qui a mis à disposition des informations concernant les masques barrières à travers ce document, NDRL].


Article écrit par Ershad Alijani (@ErshadAlijani)
Article écrit en collaboration avec
Alijani Ershad

Alijani Ershad , Journaliste