GRECE

Grèce : bloqués dans le camp de Samos, des migrants demandent justice

Le camp de Vathy, sur l'île de Samos. Photo envoyée par notre Observatrice.
Le camp de Vathy, sur l'île de Samos. Photo envoyée par notre Observatrice.
Publicité

En août, une avocate française s’est rendue dans le camp de migrants de Vathy, situé sur l’île grecque de Samos. Images à l’appui, elle a dénoncé auprès de la rédaction des Observateurs de France 24 une "zone de non-droit" où les exilés vivent dans des conditions insalubres et ne bénéficient ni d’aide juridique ni d’accès aux soins. 

Situé près du port de Vathy, sur l'île grecque de Samos, le centre d'accueil et d'identification de Samos, destiné à accueillir 650 personnes, compte aujourd’hui près de 6 000 migrants.

Marguerite Compin, une avocate française, représente deux demandeurs d’asile au sein du camp. Ce sont leurs familles, basées en France, qui ont sollicité ses services pour suivre leurs dossiers respectifs. Pour mieux comprendre leur situation, l’avocate s’est rendue dans le camp du 19 au 22 août et a pris plusieurs images qu’elle a partagé avec notre rédaction.

 

Marguerite Compin a filmé cette vidéo en août, lorsqu'elle est venue rencontrer ses clients.

 

Photo d'une pancarte tenue par un migrant dans le camp de Samos, prise par Marguerite Compin.

Marguerite Compin explique :

 

Je n’étais pas au courant de ce qu’il se passait là-bas. Ce sont des familles en France qui m’ont confié les dossiers de deux hommes dans le camp. Mais à distance, il était difficile de suivre leurs dossiers. Sur place, dans le camp, il y a des bureaux du HCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) mais ils sont injoignables.

Lorsque les migrants arrivent en Grèce, après avoir été secourus en mer, ils sont entendus dans un commissariat avant d’être conduits dans ce camp qui s'apparente seulement à un terrain vague. Au commissariat, on leur remet une carte sur laquelle on peut lire une date, qui correspond à leur entretien pour le dépôt de leur demande d’asile. Sur la carte d'un de mes clients, arrivé fin 2019, il est écrit "décembre 2021". Ils sont ensuite lâchés dans le camp, où tout est écrit en grec, et ils déambulent. C’est à eux de comprendre comment cet endroit fonctionne. Ils doivent aller chercher des cartons pour se construire une tente faite de bouts de bois, de plastique.

En tant qu’avocate, je n’ai pas réussi à obtenir le dossier de mes clients, c’est-à-dire leur déposition à leur arrivée en Grèce. C’est impensable de retenir des personnes sans que l’on puisse avoir accès à leurs dossiers. Les deux migrants que je suis sont par ailleurs malades. Or, sur place, il n’y a pas de suivi médical. Certains ont des rendez-vous médicaux planifiés qui sont annulés au dernier moment. Au gré de quoi, je ne sais pas. Peu après mon séjour sur place, les migrants se sont mis en "grève" en faisant un sit-in devant les bureaux du HCR suite au décès d’un Camerounais, laissé sans soins et mort d’un cancer. C’est tellement fréquent que c’est devenu banal.

En tant qu’avocate, je n’ai pas réussi à obtenir le dossier de mes clients, c’est-à-dire leur déposition à leur arrivée en Grèce. C’est impensable de retenir des personnes sans que l’on puisse avoir accès à leurs dossiers. Les deux migrants que je suis sont par ailleurs malades. Or, sur place, il n’y a pas de suivi médical. Certains ont des rendez-vous médicaux planifiés qui sont annulés au dernier moment. Au gré de quoi, je ne sais pas. Peu après mon séjour sur place, les migrants se sont mis en "grève" en faisant un sit-in devant les bureaux du HCR suite au décès d’un Camerounais, laissé sans soins et mort d’un cancer. C’est tellement fréquent que c’est devenu banal.

Ces images, je les ai prises moi-même. Les conditions de vie dans ce camp sont en violation des lois de l'Union européenne. C’est une zone de non-droit. Les demandeurs d'asile vivent sous des tentes. L'hiver comme l’été. Les visites médicales sont accordées seulement quand les personnes sont à l'agonie. Pendant toute ma période à Samos, je n’ai pas vu de vraie distribution alimentaire. Les enfants ne sont pas scolarisés. Ces gens sont en prison alors même qu’ils n’ont pas été jugés. ll faut attendre deux à trois ans avant d’être finalement entendus.

 

Photos prises dans le camp de Samos par Marguerite Compin.

 

Selon Marguerite Compin ces sacs sont remplis de nourriture avariée livrée aux résidents du camp.

 

En 2019, pour la première fois depuis l'accord de 2016 entre l'UE et la Turquie sur l'immigration, la Grèce est redevenue la principale porte d'entrée des migrants en Europe. Mais sur l’île de Samos, comme sur les quatre autres îles "hotspot" de la mer Égée, les autorités grecques sont débordées. En attente de l’examen de leur demande d’asile, les migrants sont donc bloqués pour une durée indéterminée dans des camps surpeuplés.

Depuis sa visite à Samos, Marguerite Compin continue de rassembler des éléments pour saisir la Cour européenne des droits l’Homme contre l’État grec pour violations des droits humains perpétrées à Samos. Elle espère qu’une enquête pourra ainsi être ouverte.

Dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9 septembre, un autre camp grec, celui de Moria sur l'île de Lesbos, a été ravagé par un énorme incendie. Le site, qui hébergeait plus de 12 000 personnes a été presque entièrement détruit. Pendant dix jours, des milliers de personnes ont été contraintes de vivre sur les bords de route, à même le bitume, ou dans des bâtiments abandonnés et insalubres avant d’être finalement installées dans un camp provisoire érigé à proximité de Mytilène, chef-lieu de l'île de Lesbos.

Le 15 septembre, un feu s’est également déclenché près du camp de Vathy à Samos. Cet incendie, qui a rapidement été contrôlé par les pompiers, est le troisième depuis le début de l’année. En avril, les migrants de Samos avaient été partiellement évacués après deux départs de feu. Peu après cet incident, le ministre grec de l'Immigration avait annoncé la fermeture d'ici à la fin de l'année du camp surpeuplé de Vathy.