Plusieurs publications circulant depuis début septembre sur les réseaux sociaux mettent en avant la photo d'un produit baptisé "Covifor", sur lequel on peut lire la mention en anglais "ne pas distribuer aux États-Unis, Canada et Union européenne". Des internautes ont relayé l'image, la considérant comme une preuve qu'il s'agirait d'un vaccin contre le Covid-19 qui serait testé dans d'autres zones du monde, et pas dans les zones occidentales. Mais il ne s'agit pas d'un vaccin, et ce produit peut bien être distribué dans certains pays européens.

La photo de ce médicament circule depuis début septembre principalement sur des réseaux d'Afrique francophone et anglophone. Sur Twitter, ce compte qui se revendique panafricain explique par exemple "L'Afrique doit se réveiller, ce n'est pas un médicament, c'est un piège […] vous êtes des rats de laboratoire ".



Un autre compte Facebook qui se revendique panafricain affirme de son côté "vaccination raciste".

Certains site comme le blog Babilown, administré par un internaute béninois exilé en France, relaient également l'image en commentant : "Sous l'apartheid, on disait 'réservé uniquement aux Blancs' ; maintenant on vise le même résultat en sous-entendant 'réservé uniquement aux Africains'."

Ces publications, généralement peu relayées, suscitent néanmoins des commentaires indignés autour de la thématique d'un "vaccin contre le Covid-19 testé en Afrique", théorie complotiste populaire sur les réseaux africains agrémentés régulièrement par de fausses images.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Un test du vaccin contre le Covid-19 sur des enfants au Sénégal ? Que montre vraiment cette vidéo ?
 
Qu'est ce que le "Covifor "?

Ce médicament existe bel et bien : comme on peut le lire sur l'étiquette, le Covifor est édité par l'entreprise pharmaceutique indienne Hetero Drugs. Sur leur site, on retrouve plusieurs documents concernant ce produit qui expliquent :

"Covifor (Remdesivir) est un médicament générique antiviral. Le médicament a été approuvé uniquement pour le traitement des cas suspects ou confirmés en laboratoire de COVID-19 chez l'adulte et les enfants, hospitalisés avec des symptômes sévères de la maladie. Le médicament doit être administré par voie intraveineuse uniquement en milieu hospitalier sous la supervision d'un professionnel de la santé ".

Le médicament est commercialisé depuis le mois de juin en Inde, et coûte entre 5 000 et 6 000 roupies (entre 57 et 68 euros) pour 100 mg la dose.
 
"Il ne s'agit en aucun cas d'un vaccin"
 
Contacté par notre rédaction, un représentant d'Hetero Drugs explique qu'il a été alerté par des représentants de son entreprise au Zimbabwe qui ont vu circuler ce visuel :
 
Il ne s'agit en aucun cas d'un médicament préventif, et donc pas d'un vaccin, mais plutôt d'un traitement qui a pour but de soulager les malades sévères du Covid-19 dans le cadre de leur hospitalisation.

En mai dernier, Hetero a conclu un accord de licence avec Gilead Sciences Inc [le laboratoire américain qui fabrique le Remdevisir, NDLR], pour la fabrication et la distribution de Remdesivir. Dans le cadre de cet accord de licence, Hetero est autorisé à fournir ce produit dans 127 pays couverts par la licence, sous réserve des approbations réglementaires dans les pays respectifs. La mention "Ne pas distribuer aux États-Unis, Canda et Union européenne" est conforme à la clause anti-détournement et également pour protéger le produit contre les pratiques du marché noir.

Nous pensons que cette photo s'inscrit dans une campagne malveillante pour créer une confusion inutile sur ce produit. 

L'accord de licence Gilead permet ainsi à des pays "à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure" d'avoir accès aux soins de santé, selon le site du laboratoire américain. En somme, l'accord est une mesure préférentielle pour éviter des prix trop élevés sur ces médicaments dans des pays plus pauvres et permet un transfert de compétence pour rapidement développer le produit.

Dans la liste des pays sous licence Gilead, on ne retrouve effectivement ni les États-Unis, ni le Canada, ni aucun pays de l'Union européenne. En revanche, des pays européens comme la Géorgie, l'Arménie ou encore la Biélorussie sont bien présents.
 
Le Remdivisir commercialisé en Europe et aux États-Unis

Si le Covifor indien n'est vendu ni dans l'Union européenne, ni aux ࣽÉtats-Unis, l'antiviral Remdivisir est quant à lui bien autorisé sur les deux territoires.

En juillet dernier, l'Union européenne a annoncé avoir signé un contrat de 63 millions d'euros pour fournir l'antiviral aux 27 pays européens. Le médicament est destiné à 30 000 patients présentant des symptomes sévères. L'Agence européenne des médicaments recommande son utilisation chez les adultes et les adolescents à partir de 12 ans souffrant de pneumonie et ayant besoin d'un supplément d'oxygène.

Quant aux États-Unis, après avoir acheté de nombreux stocks de chloroquine, les autorités sanitaires ont annoncé avoir acquis 92 % de la production de Remdesivir entre juillet et septembre pour un équivalent de 500 000 traitements. Le prix du médicament a été fixé à 390 dollars par flacon, soit 328 euros environ, dans tous les pays développés par l'entreprise Gilead.