L'incendie, dans la nuit du 6 septembre, d'un chariot dans le temple Lakshmi Narasimha Swamy, dans l'État de l'Andhra Pradesh (sud de l'Inde), filmée et très partagée sur les réseaux sociaux, a suscité une vive polémique. Des habitants et des partis politiques locaux affirment que l'acte constituait une attaque délibérée contre les hindouistes, et ont accusé les chrétiens, dans un État où la polarisation religieuse est croissante.

Le Lakshmi Narasimha Swamy, situé à Antarvedi, est un temple sacré pour les hindous. Entre minuit et 3 h du matin, dans la nuit du 6 septembre, un chariot de 12 mètres de haut, prévu notamment pour transporter des objets sacrés durant une célébration annuelle, a pris feu. L'incendie a duré une trentaine de minutes, ne laissant qu'une structure carbonisée. Alors que les vidéos circulaient en ligne, de nombreux habitants de la ville et de la région ont demandé une enquête.

Dans ce thread, l'auteur affirme que ce feu est un incident parmi de nombreux autres, récents.

Somu Veerraju, chef en Andhra Pradesh de la branche locale du BJP, le parti nationaliste au pouvoir en Inde, a affirmé à Business World India : "Il y a plusieurs attaques sur des temples hindous dans différents endroits de l'État, des incidents similaires se sont produits à Bitragunta et Pithapuram".

Le BJP (Bharatiya Janata Party) est au pouvoir au niveau national, mais dans l'opposition en Andhra Pradesh. Somu Veerraju a accusé le ministre en chef, Yeduguri Sandinti Jaganmohan Reddy, un chrétien, et son parti (Youth, Labour and Farmers Congress Party, ou YSRCP) d'insuffler des politiques "antihindoues". Le YSRCP finance la construction d‘églises. Selon des analystes politiques, l'Andhra Pradesh qui compte 91 % d'Hindous, 7 % de musulmans et 1,4 % de chrétiens, est la théâtre d'une polarisation religieuse croissante depuis l'arrivée de Reddy au pouvoir en mai 2019.


Dans ce tweet, le secrétaire national général du BJP demande une enquête du gouvernement sur l'incendie du chariot.

"Les chrétiens ont été accusés et une église près du temple a été attaquée"

Trimurthulu Seekoti est un journaliste local, spécialiste des questions de santé de police dans l’Andhra Pradesh.

Le chariot a complétement brûlé parce qu’il était fait de bois de tek et couvert de feuilles de palmier séchées. Selon l’administration du temple, ça pourrait être lié à un court-circuit. Mais pour de nombreux fidèles du temple, c’est suspect. Ils accusent essentiellement des chrétiens et ils ont attaqué avec des pierres une église près du temple.

La police locale a cherché des suspects en retraçant la localisation de téléphones portables. Une personne a été arrêtée, elle présente des troubles psychologiques, puis deux autres ont été interpellées par la suite.

Ce temple est connu dans le sud de l’Inde. Des milliers de fidèles y viennent pour le Puja [une prière matinale hindoue durant laquelle les fidèles prient des divinités ou honorent des invités, NDLR]. Chaque année, le chariot était utilisé durant le carnaval de Kalyanotsavam, qui s’inscrit dans le cadre de d’autres célébrations religieuses en février.

"Des activistes sont entrés de force dans le temple"

Le 8 septembre, des fidèles, des habitants, des membres de partis d’opposition et d’organisations d’extrême droite se sont réunis et ont appelés à une enquête, explique notre Observateur. Certains activistes hindous se sont rendus au temple. La police n’a pas réussi a les empêcher d’entrer de force. Il y a des affrontements entre fidèles et police.

Dans cette vidéo, affrontements entre des manifestants pro-hindous et la police. Selon la légende, l'incendie du chariot était une attaque contre les hindous. 
 
"Le leader local du Jana Seena [parti qui soutient le BJP dans l’Andhra Pradesh] a assuré que les caméras de surveillance du temple ne fonctionnaient pas depuis des mois. Selon lui, les responsables du temple ne prenaient pas soin du chariot.

Dans cette vitéo, on voit des mnaifestants pousser les barrières devant le temple. 

Des responsables locaux du YSRCP, parti du ministre en chef, ont déclaré que le chariot était assuré et serait remplacé. Mais les fidèles estiment qu’il avait une valeur sentimentale et histoire, il était vieux de 60 ans. Sur cette vidéo du 8 septembre, on voit des manifestants pousser les barrières mises en place par les autorités, avant que les tensions ne se calment.

Pendant que l’enquête se poursuit, le ministre des Cultes a permis de construire un nouveau chariot, pour lequel 840 000 roupies [9 700 euros] ont été débloqués.


Article écrit par Sophie Stuber.