Un peu plus d'un mois après une double explosion meurtrière, un incendie s'est déclenché jeudi 10 septembre dans un entrepôt du port de Beyrouth. Notre Observateur raconte la panique qui a gagné les habitants de la capitale libanaise à l'idée de voir l'histoire se répéter.

Cinq semaines après la double explosion du port de Beyrouth provoquée par l'incendie de 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium, stockées depuis six ans dans un entrepôt, qui a fait au moins 192 morts, 6500 blessés, 300 000 sans abris, et dévasté des pans entiers de la capitale libanaise, un grand incendie s'est déclenché à la mi-journée dans des entrepôts où étaient stockés de l'huile de moteur et des pneus, dans la zone franche du port. Selon le directeur par intérim du port, Bassem al-Kaissi, l'incendie "a commencé avec les bidons d'huile avant de se propager aux pneus".

Sur les réseaux sociaux, les internautes libanais, encore traumatises par l'explosion du mois dernier, ont exprimé leurs inquiétudes sur les conditions de sécurité prévalant dans le port.

‘'Un incendie dans le port de Beyrouth…C'est la troisième partie d'un thriller [après un incendie le 8 septembre]. Bien sûr, nous avons ouvert les fenêtres et nous restons dans les couloirs, entre les chambres'', commente cette internaute sur le tweet de cette vidéo montant des employés du port en train de fuir l'incendie.

‘’Ma mère m'a appelé et m'a supplie d'aller au Mont Liban"

Mario Am, 40 ans, développeur informatique et activiste, est un habitant du quartier d'Achrafieh, situé à un kilomètre du port, à l'est de Beyrouth. Sur Twitter, il a publié un thread de vidéos qui retrace les évènements dans l'ordre chronologique depuis le déclenchement de l'incendie, jusqu'à l'arrivée des pompiers.



Sa maison et son bureau ont été partiellement endommagés au cours de l'explosion du 4 août. Il affirme qu'il pressentait qu'un tel incident se reproduirait :
 
Vers 13 h 10, j'étais en train de marcher dans la rue dans une zone résidentielle quand des gens ont commencé à montrer un nuage de fumée venant du côté du port. Les gens ont tout de suite paniqué. Quelques-uns ont osé se diriger vers le port pour voir ce qui se passait. Les autres, notamment les femmes, étaient terrifiés et ont commencé à appeler leur proches pour leur demander d'ouvrir les fenêtres pour qu'elles n'explosent pas.

Tout le monde avait peur, il y a eu un flash-back immédiat de l'explosion du 4 août. Les Libanais ne se sont pas encore réveillés du traumatisme. Au bout de quelques minutes, ma mère, effrayée, m'a appelé pour me dire qu'elle avait vu le nuage de fumée et m'a supplié d'aller au Mont Liban [montagnes à l'est du Liban, NDLR] pour être en sécurité.
Il y a deux jours, il y a eu un petit incendie autour du port, et j'avais un pressentiment que le pire était à venir… Je n'ai plus confiance dans le pouvoir, tout ça, c'est de leur responsabilité.

Selon la Croix Rouge libanaise, tout risque d'explosion est écarté. En fin d'après-midi, l'incendie semblait maîtrisé, et ne présentait pas de risque de se propager, selon le quotidien L'Orient-Le Jour. La ministre sortante de la Justice a demandé au procureur général près la cour de Cassation d'ouvrir immédiatement une enquête sur les faits.

Article rédigé par Omar Tiss.