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Ces dernières semaines, des vidéos montrant un éléphant s’en prendre à des véhicules, bloquer une route ou encore servir de terrain de jeu à des enfants alors qu’il était assoupi, ont largement circulé en Côte d’Ivoire. Cet éléphant sauvage a été surnommé Ahmed par les habitants de la région de Guitri, au nord d’Abidjan. Depuis environ trois ans, le pachyderme solitaire a sillonné les villages de la région à la recherche de nourriture, après qu’il a quitté son troupeau en 2014. Au début joueur et inoffensif, il serait devenu agressif au fil du temps. 

Début septembre, une vidéo montrant un éléphant allongé au sol assoupi a largement circulé et amusé les réseaux sociaux. L’histoire relayée par les internautes raconte que l’animal s’est introduit dans un site de fabrication d’alcool artisanal dans la région de Divo et en a bu une grande quantité avant de s’endormir, ivre. 

Cette vidéo, publiée le 3 septembre dernier sur Facebook, a été partagée plus de 2 000 fois. 

Contacté, le ministère des Eaux et forêts de Côte d’Ivoire estime que les faits se sont déroulés entre le 15 et 16 août dernier et que la vidéo est authentique. Les autorités n’étaient cependant pas en mesure de confirmer une ingestion d’alcool par l’animal. Idem pour la députée-maire de Guitri, Patricia Yao, qui indique cependant que l’animal a pour habitude de consommer l’alcool qu’il trouve ou que certains habitants lui donnent. Il aurait même, selon elle, été vu en train de boire de l’essence dans les réservoirs des véhicules qu’il renverse. 

“Ahmed” n’en est pas à son premier coup d’éclat. Il a été filmé à de nombreuses reprises par des habitants depuis le début de l’année, comme en attestent plusieurs vidéos le montrant en train de perturber la circulation, s’en prendre à des véhicules ou encore à un adolescent à vélo. 

Cette vidéo, publiée le 1er août sur Facebook, montre Ahmed l'éléphant en train de bloquer la circulation sur une route. "Ahmed, pousse-toi", lui demande un témoin. 

Cette vidéo publiée le 8 août montre un éléphant, identifié comme étant Ahmed par plusieurs internautes en commentaire, retourner un véhicule et semblant chercher quelque chose au niveau du moteur. Selon le commentaire d'un internaute, l'animal tenterait d'ingurgiter le carburant, ici sans succès. 
 
Un adolescent à vélo terrifié 

Cette vidéo, filmée le 28 août et partagée plus de 14 000 fois, on y voit le quadrupède s’en prendre à jeune homme qui se promenait sur son vélo. 

La scène ci-dessus se déroule sur la route en terre rouge qui mène à l’unité de production d’huile de palme de l’entreprise Nada Kapital Group, et qui permet également de rejoindre la ville de Divo, 40 kilomètres plus au nord. Dans la vidéo, on entend celui qui filme enjoindre au jeune homme qui se trouve juste au pied du pachyderme de “laisser son vélo” et de s’éloigner de l’éléphant. “Ahmed, pardon, faut le laisser. C’est un homme” s’écrie-t-il avant de demander au jeune garçon, visiblement traumatisé et apeuré de “ramper”.

L’éléphant prend alors la bicyclette à l’aide de sa trompe, le rejette tout près du jeune garçon avant de dégager la route quelques minutes après et de se diriger dans les buissons.

 

"Il n’agresse pas les gens mais dévaste les cultures"

Simon Didier, un employé de l’huilerie qui habite à Guitri depuis 2015, affirme le croiser quotidiennement quand il va à son travail.
 
Cela fait trois ans que l’éléphant tourne autour de la ville. Il se serait échappé du grand parc national d’Azagny qui est environ à 65 km de Guitri. Il s’est ensuite peu à peu rapproché de la localité et finalement du centre-ville. Moi je le croise tous les jours en allant au boulot.

Ses défenses ne sont pas encore bien développées. On pense donc qu’il est jeune. Il n’agresse pas les gens. Mais il fait beaucoup de dégâts matériels. Il détruit les voitures, casse les engins, les vélos. Il entre dans les champs et dévaste les cultures. Dès fois, quand il voit une moto, il fait tomber le motocycliste et aspire le carburant de l’engin.
Il a aussi l’habitude de s’attaquer aux vélos. Parce que très souvent, les gens transportent des marchandises du retour des champs. Comme dans l’exemple que montre la vidéo, il pensait probablement encore une fois trouver des marchandises comme des régimes de banane ou des épis de maïs pour les manger. 

"Certains villageois ont même essayé d’en finir avec des fusils artisanaux"
 
Les véhicules étaient les seuls engins qu’il n’osait pas attaquer. Quand il sentait venir une voiture, il rentrait dans la brousse. Mais depuis deux ou trois mois, il a commencé par être très agressif envers les voitures, les camions. On ne sait pas pourquoi. Peut-être qu’un véhicule l’a percuté.

Certains villageois ont même essayé d’en finir avec lui, avec des fusils artisanaux. Les habitants de Guitri ne sont pas habitués à voir des éléphants circuler près de la ville comme cela. Donc, ils ne savent pas s’y prendre avec lui. Il faut que les autorités puissent venir le récupérer pour le ramener dans le parc ou dans la zone d’où il provient.
 
Un éléphant échappé de son groupe 

L’éléphant Ahmed serait arrivé dans cette zone rurale du sud de la Côte d’Ivoire suite au déplacement en 2014 d’un groupe de quatre éléphants depuis Daloa, dans le centre du pays, vers le parc national d’Azagny, situé à 50 km de Guitri. Selon des informations de l’Office des parcs et réserves transmises à l’AIP (Agence ivoirienne de presse), l’éléphant Ahmed aurait quitté ce groupe et le parc il y a environ quatre ans pour rejoindre la région de Guitri. 
Sollicité par notre rédaction, l’Office ivoirien des parcs et réserves, qui l’administre, n’a pas avancé de possibles causes du départ de l’éléphant de son environnement naturel. 

Ce parc est décrit comme le seul du pays offrant des conditions d'accueil acceptables pour les éléphants par l’IFAW, une ONG internationale ayant participé au transport des quatre éléphants de Daloa.  
 
"Une femelle l’attend au zoo d’Abidjan"

Interrogée par notre rédaction, la députée-maire de Guitri, Patricia Yao, a affirmé avoir reçu la promesse que l’éléphant serait transféré vers un zoo d’Abidjan le 9 ou 10 septembre. Elle s’en réjouit : 
 
Quand il a commencé à déambuler dans la région il y a trois ans, il était très sympathique, les enfants jouaient avec lui et lui donnaient à manger. Mais il a grandi et grossi et un éléphant de cette taille ne peut pas cohabiter avec l’homme, il devient agressif. Dieu merci il n’a encore tué personne, mais il aurait pu. Pour le moment nous sommes en train d’estimer tous les dégâts matériels qu’il a causés, pour faire un rapport au gouvernement. Au zoo il y a une femelle qui l’attend pour qu’ils puissent se reproduire. Il va sûrement nous manquer, on s’était habitués à sa présence, mais ça vaut mieux pour tout le monde qu’il aille là où il doit être. 

Article écrit par Liselotte Mas et Hermann Boko 
 
Article écrit en collaboration avec
Liselotte Mas

Liselotte Mas