Au cours d’une manifestation contre la construction des nouvelles colonies israéliennes, le 1er septembre à Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie, un manifestant de 65 ans a été mis au sol et immobilisé par un soldat qui a exercé une pression du genou contre sa nuque. Une prise qui rappelle celle qui a conduit à la mort de George Floyd aux États-Unis fin mai. Pour nos Observateurs, ce genre de comportement de l'armée israélienne n’a rien de surprenant.

La vidéo a été publiée le 2 septembre sur Twitter, et vue des centaines de milliers de fois. Sous les yeux de nombreux journalistes, Khairi Hannoun interpelle un soldat israélien, avant que celui-ci ne le mette à terre, et le maintienne ensuite en posant son genou sur son cou.


 

"Plusieurs agressions de ce type n'ont pas été filmées"

Abboud Younes, un journaliste palestinien qui était en train de couvrir la manifestation, affirme que l'armée israélienne est coutumière des agressions violentes envers les manifestants palestiniens, notamment ceux qui dénoncent la construction des colonies :
 

Quand les Israéliens confisquent des territoires palestiniens, les forces de Tsahal viennent empêcher les propriétaires de ces terres de protester. Parfois, il y a des recours excessifs à la force : ça dépend du tempérament du commandant des troupes en place, certains n'hésitent pas à réprimer directement les manifestants.

Plusieurs agressions de ce type n'ont pas été filmées. Heureusement pour Khairi Hannoun, cette fois, toute la scène a été filmée et documentée par la presse.

Tout a commencé quand des enfants à proximité de la manifestation ont lancé des pierres sur les soldats israéliens. Un soldat a pointé son arme sur les enfants. C'est à ce moment que Khairi Hannoun est intervenu pour pousser ce soldat et le faire baisser son arme. C'est ce comportement qui lui a valu d'être mis à terre et de subir cette prise. Il a été immobilisé ainsi pendant une minute [George Floyd a été maintenu au sol par un policer pendant plus de huit minutes, le 25 mai à Minneapolis, NDLR].

Les forces armées israéliennes ne respectent la loi et les droits de l'Homme que quand il s'agit des citoyens israéliens. Avec les Palestiniens, ils se permettent de tirer à balles réelles, d'agresser des femmes, des enfants et des personnes âgées comme Khairi Hannoun.

La diffusion de la vidéo a suscité l'indignation sur les réseaux sociaux palestiniens.

''C'est écœurant'' commente cet internaute dans ce tweet posté le 1er septembre, ''les forces d'occupation agressent une personne âgée lors d'une manifestation près de Toulkarem''

Une personne âgée (agressée) à Toulkarem… c'est la version palestinienne de ''I can't breathe''. Il était en train de défendre sa terre occupée'' commente cet internaute dans ce tweet publié le 2 septembre.

 

"Je n’arrivais plus à respirer et j’ai perdu connaissance un instant"

Contacté, Khairi Hannoun raconte :

On était en train de protester contre la construction d'une nouvelle colonie juste à côté du village de Shufa, les soldats israéliens étaient sur place pour sécuriser les colons israéliens qui se chargent du chantier.

Quand j'ai vu le soldat pointer son fusil sur les enfants, je l'ai pris à partie pour pousser son fusil. Il a appelé son commandement et a reçu l'ordre de m'arrêter. Il m'a jeté à terre, a menotté mes mains et mes pieds. Cela aurait pu être suffisant pour me maitriser, mais il a posé son genou sur mon cou, et là je me suis souvenu directement de la mort de George Floyd. J'ai essayé de résister, mais je n'ai rien pu faire, je n'arrivais plus à respirer et j'ai perdu connaissance un instant. J'ai cru qu'il voulait me tuer.

Avec cet acte, il a voulu adresser un message à quiconque ose braver les soldats et les colons. Cette scène a engendré de vives réactions parce qu'elle a été filmée, mais je vous assure que cette brutalité est notre lot quotidien. On était en train de défendre nos terres et nos champs, ces colonies sont illégales et en contradiction avec le droit international.


Khairi Hannoun a ensuite été emmené en marge de la manifestation, avec d'autres personnes arrêtées. Il a été détenu une heure. Les soldats israéliens ont appelé les secouristes, qui ont prodigué des soins aux blessés dont Khairi Hannoun. L'homme a été libéré peu après, sans être placé en détention.

L'armée israélienne a publié un communiqué affirmant que la victime avait "poussé le commandant à plusieurs reprises pour tenter de créer une provocation". Pour l'armée, "le commandant a fait preuve de retenue et a été forcé d'arrêter le suspect après qu'il a continué à attaquer les forces de l'ordre et à violer l'ordre…". Elle a également affirmé que Khairi Hannoun était un militant du Comité populaire pour la résistance au mur et aux colonies, "bien connu comme un instigateur central et un participant à de nombreuses violations de l'ordre public en Judée et en Samarie ".

Des dizaines de manifestants ont également été blessés lors des affrontements à Tulkarem. Les forces israéliennes ont tiré des gaz lacrymogènes et des balles réelles pour disperser les manifestants. Ces rassemblements dénoncent la construction de nouvelles colonies illégales adjacentes à trois villages palestiniens près de Tulkarem.

Près de 600 000 Israéliens vivent dans plus de 260 colonies construites en Cisjordanie.

Article rédigé par Omar Tiss.