Des manifestants sont descendus dans la rue vendredi 28 août au soir à Malmö, dans le sud de la Suède, pour protester contre des militants d’extrême-droite qui s’étaient filmés en train de brûler un exemplaire du Coran. Des affrontements ont éclaté avec les forces de l’ordre et plusieurs voitures ont été incendiées. Nos Observateurs appellent au dialogue, mais aussi à ce que les musulmans soient mieux protégés en Suède.

Dans le quartier de Rosengård vendredi 28 août, des abribus et des panneaux de signalisation ont été vandalisés par de jeunes émeutiers. Des poubelles, des voitures et des pneus ont également été incendiés. Ces violences faisaient suite à une vidéo publiée par deux membres d’un groupe d’extrême-droite, dans laquelle ils brûlent un exemplaire du Coran devant une mosquée à Malmö. Les deux hommes sont des partisans du politicien d’extrême-droite danois Rasmus Paludan, à la tête du parti "Stram Kurs" ("Ligne dure") au Danemark.

Le 28 août dans l’après-midi, Rasmus Paludan devait se rendre à Malmö pour y organiser une manifestation anti-islam. Il a été empêché d’entrer en Suède et interdit de territoire pour deux ans en raison d’un "risque que son comportement constitue (…) une menace aux intérêts fondamentaux de la société".

Malgré son absence et l’interdiction de l’événement, plusieurs de ses sympathisants s’étaient rassemblés dans le centre de Malmö dans l’après-midi du 28 août. Plus tard dans la soirée, ces militants d’extrême-droite ont fait face à des contre-manifestants. Des émeutes ont alors éclaté dans le quartier de Rosengård, qui compte la plus grande communauté musulmane de la ville et près de 86 % d’habitants immigrés originaires principalement d’Irak, d'Afghanistan, de Somalie et d’ex-Yougoslavie.

Dans cette vidéo publiée sur Twitter, la foule scande "Allah akbar" dans une rue.
 
Les émeutes se sont poursuivies samedi avant un progressif retour au calme dimanche.

"Avec d'autres jeunes, j'ai nettoyé les rues après les émeutes"

Mustafa Alshabi, 36 ans, vit à Rosengård, près du lieu des émeutes. Titulaire d'une maîtrise en sciences de l'environnement, il a immigré en Suède depuis la Jordanie.

Dans cette vidéo envoyée par Mustafa Alshabi à la rédaction des Observateurs de France 24, il offre des fleurs à deux policiers.
 
Je suis musulman. Pour nous, brûler le Coran, c'est comme brûler un drapeau national. Mais je suis contre ce qui s'est passé des deux côtés. Les racistes qui brûlent le Coran disent que cela relève de la "liberté d’expression", mais c’est une expression haineuse. Je suis également contre ce qui s'est passé lors des émeutes. Notre religion dit que les gens ne devraient rien faire qui ait des effets négatifs sur la société.

La plupart des personnes qui ont participé aux émeutes ne viennent pas de notre quariter. Je suis sûr que la plupart d'entre eux ne savent rien de l'islam, le véritable islam.

Je voulais envoyer un message positif. Avec d’autres jeunes, j'ai nettoyé les rues après les émeutes. J'ai apporté un bouquet de fleurs à la police et je me suis excusé pour ce qui s'est passé. Je me devais de faire quelque chose contre l'islamophobie.
 

"Ils ont fait beaucoup de publicité autour de la mise à feu du Coran, tout le monde savait que cela allait arriver"

Johan Norberg est auteur et historien. Il partage son temps entre Stockholm et Malmö. Selon lui, les émeutes ont été menées par des individus qui ont ignoré les appels des dirigeants communautaires à rendre les contre-manifestations pacifiques :
 
Rasmus Paludan a beaucoup fait cela au Danemark : brûler le Coran, parfois enveloppé dans du bacon pour s’assurer que la combustion soit aussi brutale que possible. Il dit explicitement que c’est sa façon d’exposer les musulmans et de montrer qu’ils sont vraiment violents, ou non adaptés à la démocratie occidentale. Le déclenchement d’émeutes, c’est exactement son intention. 


Cette vidéo partagée sur Twitter le 29 août montre des incendies dans la rue, vendredi 28 août.
 
Je n'étais pas présent lors des affrontements, mais j'étais [à Malmö] ce soir-là. Dans les jours qui ont précédé l'incident, tout le monde savait que cela allait arriver. Ils ont fait beaucoup de publicité autour de la mise à feu d’un Coran.

La communauté musulmane, les mosquées et les imams ont travaillé très dur pour que les gens n’y prêtent pas attention. Ils ont vraiment tout fait pour s'assurer que la réaction soit calme. Et évidemment, ça n’a pas du tout été calme à Rosengård. Mais c'était le même genre de voyous et d'enfants qui se présentent quand il y a une émeute et quand il y a des problèmes où que ce soit. Ce sont des gamins qui veulent brûler les choses et profitent de n’importe quelle occasion pour le faire..

"Le récit qui est fait de ces émeutes va à l'encontre de ce qui s'est vraiment passé"

Selon Johan Norberg, la grande majorité des habitants de Rosengård n'a pas participé aux émeutes et s’est immédiatement mis au travail pour nettoyer les rues :
 
Au moment où les émeutes ont pris fin, des habitants de Rosengård sont sortis et ont commencé à nettoyer. Ils ont enlevé les ordures, les pierres qui avaient été jetées, le verre. Ça semblait être un signal très puissant, très réconfortant. Et ce genre d’actions font que c’est difficile pour les deux camps de dire que les émeutiers sont représentatifs des habitants immigrés de Malmö.

Ces dernières années, il y a eu beaucoup de coopération entre les écoles, les mosquées, les synagogues et la police pour tenter de se connaître, s’entraider. Je pense que ça a été assez réussi. Ces différents groupes ont commencé à coopérer davantage ensemble. Donc les émeutes semblent donner le récit inverse de ce qu’il se passe réellement.

 

"Si 50 ou 150 personnes posent problème, cela ne veut pas pour autant dire que toutes les personnes de la même confession posent également problème"

Les habitants de Rosengård assurent que la plupart des émeutiers n'étaient pas du quartier et qu'ils n’ont pas reconnus de membres de la communauté locale. Selon eux, ces manifestants violents étaient simplement venus dans le but de casser.

Younes Al-Dahdouli était à Rosengård lorsque les émeutes ont éclaté. Il a aidé la police à tenir les émeutiers à distance :

 
Après les manifestations, nous sommes allés ramasser des ordures dans les rues. Samedi, nous étions à Rosengård dans ce qu'on appelle le "bazar". Les gens de Rosengård [se sont réunis] pour parler de ce qu'il s'était passé. En fin de journée, des groupes de personnes extérieures à Rosengård sont revenus. Ils étaient de différentes origines, il y avait des Suédois aussi. Ils ont brûlé du papier blanc et crié, ils étaient 30, des jeunes, principalement de 16 à 21 ans. Nous avons appelé la police et nous l’avons aidée à les chasser de Rosengård.


Cette vidéo publiée sur Facebook montre les efforts des résidents de Rosengård pour nettoyer leur quartier après les émeutes du 28 août.

Younes Al-Dahdouli a envoyé cette vidéo à la rédaction des Observateurs de France 24. On y voit les membres de la communauté de Rosengård se réunir le samedi 29 août pour discuter des émeutes de la nuit précédente.
 
La police nous a recontactés. Nous avons eu une réunion ce vendredi 4 septembre avec eux pour discuter de ce qu’il s’était passé dans notre quartier et aussi parler du Coran brûlé et des problèmes qui cela a déclenché. Nous voulons une loi en Suède pour protéger les musulmans.

Si 50 ou 150 personnes posent problème, cela ne veut pas pour autant dire que toutes les personnes de la même confession posent également problème. Nous avons dans notre communauté de bonnes personnes et de mauvaises personnes. Mais quand les médias viennent filmer, il n’y a plus que les mauvaises personnes.

Article écrit par Sophie Stuber