Observateurs


Depuis fin juillet, les crues annuelles du Nil au Soudan atteignent des niveaux jamais recensés depuis le début du siècle dernier. Le bilan humain comme les dégâts sont très lourds : au moins 88 morts et plus de 19 000 logements complètement détruits. Les autorités soudanaises prévoient une stabilisation du niveau des eaux à partir de début septembre, mais continuent d’appeler à une extrême vigilance.

Des images de la capitale soudanaise complètement inondée circulent en masse sur les réseaux sociaux depuis le 27 août. Le ministère de l'Irrigation et des Ressources aquatiques note un niveau de l’eau jamais atteint depuis 1912 : 17,57 m de hauteur au 3 septembre dans la capitale Khartoum, soit 31 cm de plus que le niveau le plus élevé jamais enregistré.

"Les crues ont atteint le tunnel de Khartoum", commente cet internaute dans ce tweet posté le 27 août.

En cause, les dernières précipitations importantes en haut du bassin hydrographique du Nil bleu, qui s'étale en Égypte, au Soudan et en Éthiopie. Du 30 août au 1er septembre, ces fortes pluies ont fait monter le niveau des eaux de la station d’eau de Daïm, à la frontière soudano-éthiopienne, dont le niveau atteignait 985 millions de m3 le 2 septembre et devrait se stabiliser à 920 millions de m3 le 4 septembre.


 

“Nous avons dû recourir à des solutions de fortune, comme les barrages humains”


Située à une dizaine de kilomètres au nord de Khartoum, l’île de Tuti est au croisement entre le Nil bleu, la plus large branche du fleuve, et le Nil blanc. Notre Observateur Saïd Osman Saïd fait partie des habitants qui ont refusé d’évacuer l’île inondée, bravant les recommandations des autorités. Avec d’autres jeunes de Tuti, il organise des barrages humains afin de réduire le flux de l’eau, en attendant que des pelleteuses municipales enterrent l’eau avec des tonnes de terre :
"Les crues à Tuti se répètent chaque année, nous y sommes habitués. Cette année, les habitants se sont préparés deux mois à l’avance aux inondations, en érigeant des barrages de terre autour de l’île. Mais, avec le niveau impressionnant de l’eau cette année, nous avons dû recourir à des solutions de fortune, comme les barrages humains, en attendant l’arrivée des pelleteuses de la municipalité qui visent à enterrer l’eau sous des tonnes de terre. Nous travaillons encore jour et nuit afin de maintenir les barrages de terre, que nous faisons et qui sont renforcés par les pelleteuses."
 
Dans ces vidéos datant du 30 août, on voit notre Observateur Saïd Osman Saïd en t-shirt bleu et casquette blanche participer à un barrage humain afin de réduire le flux de l'eau "en l'absence de pelleteuses", selon cette publication Facebook. 
 
"Ici à Tuti, il n’y a pas eu de morts ou de personnes disparues. Mais quelques habitations ont été endommagées, des murs de maisons ont cédé sous la pression du flux de l’eau. Il y a un manque des services sanitaires, de canalisations et d’égouts à Khartoum, ce qui n’améliore pas la situation actuelle, mais au moins la municipalité nous aide en mettant de la terre dans l’eau."

Cet internaute filme les inondations provoquées par la crue du Nil blanc, au niveau de la forête d'Al Sonut dans Khartoum, juste au sud de l'île de Tuti.

Ces images de drone envoyées à notre rédaction par notre Observateur Abd Almohimen Sayed montrent sous un angle large ces inondations historiques.
 

Selon l’agence nationale de presse Sona, les terres agricoles du Gezira Scheme, un projet géant d’irrigation agricole situé à 172 km au sud de la capitale, sont fortement inondées. Près de 12 600 hectares de champs de maïs et de coton ont ainsi été inondés, ce qui fait craindre de lourdes conséquences sur les récoltes pour l’année 2020.

En 2019, les inondations avaient causé des dommages importants à plus de 400 000 personnes au Soudan, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) : 90 personnes avaient perdu la vie et 380 000 personnes perdu entièrement ou partiellement leurs foyers.

Ces inondations historiques ont aussi endommagé plusieurs établissements de santé, essentiels pour traiter les malades et effectuer des tests de dépistages dans le contexte de la pandémie de Covid-19. L’UNHCR estime par ailleurs qu’environ 125 000 déplacés internes et réfugiés se retrouvent sans domicile depuis le début des inondations à l’est du Nil. De plus, des routes se retrouvent inaccessible,s privant ainsi plus de 5 000 personnes vivant sur les rives du Nil bleu d’aide humanitaire.


Les crues du Nil sont cependant essentielles à l'irrigation des récoltes depuis l’Antiquité. Elles se répartissent sur trois phases : les fortes précipitations en Éthiopie, en haut du bassin du Nil, entre les mois de mai et août, fournissent 90 % de l’eau du fleuve, qui se répartit ensuite sur des branches moins importantes. Viennent ensuite les phases de la croissance durant l’automne et l’hiver et de récolte, au printemps suivant.

Article écrit par Fatma Ben Hamad.