Cet été, la vidéo d'Anthony Mmesoma Madu, un jeune danseur de ballet nigérian s'entraînant pieds nus sous la pluie dans une rue de Lagos, a fait le tour du monde. Grâce à ce court clip d’une minute publié le 18 juin par son école de danse, Anthony Mmesoma Madu, 11 ans, a pu sortir de l’anonymat et décrocher une bourse d'étude estivale.

La vidéo a notamment été remarquée par Cynthia Harvey, directrice de l'école Jacqueline Kennedy Onassis (JKO) rattachée à la célèbre compagnie American Ballet Theatre, qui a lui proposé une bourse d’étude dans le cadre d’un programme de cours d’été en ligne. Anthony Mmesoma Madu s’est ainsi entraîné pendant deux semaines, à distance, depuis Lagos. Il a terminé cette formation le 21 août.

Plus tôt dans le mois, dans une vidéo diffusée le 1er août par son école, l’Académie Leap of Dance, il avait expliqué sa passion pour la danse :
 
Quand j’étais enfant, je regardais des dessins animés dans lesquels les personnages dansaient et faisaient du ballet, cela m’a fait aimé le ballet. Les gens se moquent de moi parce qu’ils pensent que le ballet est réservé aux filles et non aux garçons. Le ballet a changé ma vie. C’est ce que je veux faire pour le reste de ma vie. Grâce à l’Académie Leap of Dance, j'ai participé à un concours international de ballet et j'ai remporté un grand prix pour me rendre aux États-Unis en 2021.



Dans cette vidéo publiée par l’Académie Leap of Dance le 1er août, Anthony Mmesoma Madu raconte son histoire.

Dans cette vidéo publiée le 18 juin, devenue virale, Anthony Mmesoma Madu danse dehors, pieds nus.

Le professeur de ballet d’Anthony, Daniel Owoseni Ajala, fondateur de l’Académie Leap of Dance, s’est entretenu avec la rédaction des Observateurs de France 24 au sujet de la bourse américaine remportée par le jeune danseur :
 
Anthony a suivi une formation en ligne qui a été vraiment incroyable. C’était très complet. C’est bien d’avoir différents professeurs. Étant autodidacte, il y a une limite à ce que je peux lui apprendre. Certaines filles de notre école participent également à d’autres programmes d’été. Avoir tous ces incroyables professeurs qui enseignent à nos enfants, c’est un rêve devenu réalité. Car les élèves ont toujours besoin d’apprendre des choses avec des personnes plus avancées. C’est pour cela que ces propositions d’ateliers d’été et programmes intensifs sont formidables. Sans ça, les enfants ne pourraient pas participer à des compétitions.


Anthony Mmesoma Madu lors d’un cours. Crédit : Leap of Dance Academy.

La reconnaissance internationale suscitée par la vidéo a changé le quotidien d’Anthony Mmesoma Madu, mais aussi celui de sa petite école de danse en périphérie de Lagos. Tout au long de l’été, des écoles de ballet du monde entier ont proposé des bourses et des cours pour aider ces jeunes danseurs nigérians à se former.

Jusqu’alors, l’Académie Leap of Dance, fondée en 2017 par Daniel Owoseni Ajala, était relativement inconnue. Ce danseur autodidacte nigérian organise depuis son appartement à Ojo, en périphérie de Lagos, des cours de danse gratuits à destination d’enfants dont les familles ont peu de moyens. Ils sont actuellement 12 élèves à s’entraîner au sein de son académie.
 
Photo dans l'appartement de Daniel Owoseni Ajala, là où les cours se déroulent. Envoyée à notre rédaction par l’Académie Leap of Dance.

 
Photo dans l'appartement de Daniel Owoseni Ajala, là où les cours se déroulent. Envoyée à notre rédaction par l’Académie Leap of Dance.
 
Daniel Owoseni Ajala s’est confié sur la récente renommée de son école :
 
C’est très excitant mais aussi bouleversant de recevoir toute cette attention médiatique. C’est bien que ces enfants bénéficient de cette exposition car, de toute évidence, le ballet n’est pas nigérian. Ces écoles étrangères leur apportent de nouvelles opportunités.

Ils sont tous très jeunes donc nous n’avons pas encore pris de décision quant aux pays dans lesquels ils iront. Ce sont des décisions qui changent la vie. Mais nous avons reçu beaucoup [d’offres de formation] de la part d’écoles américaines, au Royaume-Uni, à Zurich en Suisse ou en Allemagne. Nous avons avons aussi des propositions au Brésil et en Afrique du Sud.

Nous aimerions vraiment avoir notre propre studio car sans ça, nous ne pouvons pas faire tout ce que nous souhaitons. Et je veux encourager ces partenariats internationaux. Cela montre la puissance des réseaux sociaux. Je veux juste que tout le monde continue à travailler dur et ne s’arrête pas car on ne sait jamais quand une opportunité se présentera.

Article écrit par Sophie Stuber