Les enfants du sud du Sistan-et-Balouchistan, région défavorisée du sud-est de l’Iran, sont depuis plusieurs années victimes d’attaques de crocodiles lorsqu'ils vont chercher de l’eau dans les lacs ou les rivières. Une conséquence dramatique de la pauvreté de cette région, en manque cruel d’infrastructures d’accès à l’eau courante, et frappée par de très fortes sécheresses chaque été. 

Le Sistan-et-Balouchistan est une des régions les plus pauvres d’Iran. De très nombreux villages n’ont pas accès à l’eau courante, et dépendent de petits lacs et rivières pour survivre. Mais ces sources d’eau sont à partager avec les "gandos", des crocodiles des marécages qui vivent dans le sud-est de l’Iran, au Pakistan et en Inde.

La dernière attaque en date remonte au 11 août 2020. Parti chercher de l’eau, Amirhamzeh, un garçon de 7 ans originaire du village de Houtag, s’est trouvé face à un crocodile et a dû être amputé d’une main. Chaque année, cette situation engendre des drames comme celui-ci : en 2019, une fille de 9 ans a perdu un bras, un garçon de 8 ans, une jambe. En 2016, un enfant de 10 ans avait lui été tué par un crocodile. Il n’existe pas de statistiques sur le nombre d’attaques et de victimes annuelles des gandos, mais tous les habitants connaissent le danger que représente l’animal.

Amirhamzeh, 7 ans a perdu son bras gauche après une attaque de crocodile le 11 août.

Selon les autorités locales, seuls 19% des villages du comté de Tchabahar, dans le sud du Sistan-et-Balouchistan, sont connectés à un système de distribution d’eau. Selon une recherche universitaire, depuis 1964, la région passe 42% du temps en sécheresse sévère, et 12% en sécheresse moyenne.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : 
Des dizaines de milliers de poissons morts autour d’un lac iranien

De l'oasis au désert, la triste histoire d'une vallée iranienne

Havva, une petite fille de 9 ans qui vit à Molaabadi, a perdu son bras droit après une attaque de crocodile en juillet 2019.

"En 2020, les gens sont en droit d’attendre d’avoir une canalisation d’eau dans leur village"
 
Ziba (pseudonyme) vit au Sistan-et-Balouchistan, et connaît bien la situation des villages qui n’ont pas accès à l’eau. Elle explique :
 
Les attaques de gandos ne sont pas nouvelles dans notre région. Mais grâce aux réseaux sociaux, maintenant, les Iraniens d’autres régions savent ce que nous vivons. Certains ont même découvert qu’il y avait des crocodiles en Iran avec ces attaques…

La situation s’est aggravée ces dernières années en raison de la grave sécheresse qui touche la province du Sistan-et-Balouchistan. Les habitants et les gandos se partagent les mêmes sources d’eau, de plus en plus rares. Cela se traduit donc par des attaques toujours plus nombreuses.


Sur Twitter, cet internaute cite les noms de plusieurs enfants qui se sont noyés ou sont morts en allant chercher de l’eau ces dernières années.

 
Les gandos sont normalement inoffensifs et, normalement, ils n’attaquent pas les hommes. Mais ils deviennent agressifs durant la période estivale. C’est à ce moment de l’année que des attaques surviennent car les niveaux d’eau sont plus bas. C’est aussi leur période de reproduction.

Malgré leurs attaques, contre des humains, dont des enfants, les gens d’ici aiment et respectent les gandos. Ce n’est pas de la faute des crocodiles. Nous sommes en 2020 : les gens devraient avoir le droit de disposer d’une conduite d’eau courante dans leurs villages ! Je ne parle même pas d’eau traitée. Un simple tuyau acheminant de l’eau depuis un lac ou l’un des deux barrages de la région permettrait déjà d’offrir une source d’eau aux habitants. Mais les autorités s’en moquent visiblement. Quelques camions-citernes apportent de l’eau dans certains villages, mais ce n’est pas suffisant.



Une image satellite du sud de la province du Sistan-et-Balouchistan. Elle montre des dizaines de petits lacs, appelés "houtak", à proximité et dans les villages. C’est là que vivent les gandos, et ce sont les sources d’eau des habitants de la région.
 
>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Iran : Un petit garçon devient un héros après avoir sauvé un bébé crocodile de la sécheresse
 
Certains se demandent pourquoi puiser de l’eau d’un lac si c’est dangereux. Mais ils n’ont aucune idée de la réalité de la région. Ne pas aller au lac, cela veut ne pas boire, ne pas se laver. Comment les habitants pourraient-ils s’en passer ? Les gandos se déplacent beaucoup. Il est difficile de savoir où ils se trouvent, et donc de savoir si vous vous trouvez dans une zone risquée ou non.

Pour les habitants de la province, les crocodiles ne sont pas les seuls dangers. Parfois, des enfants tombent et se noient dans ces lacs et rivières.

Des photos de gandos dans la province du Sistan-et-Balouchistan, en Iran.
 
Des habitants disent que le gouvernement devrait installer des clôtures autour des lacs pour réduire le risque d'attaques. Or, je ne suis pas sûr que ce soit la bonne solution car les gandos doivent parfois sortir de l’eau et les clôtures pourraient détruire leur habitat.

L’autre problème, c’est le manque d’infrastructures médicales dans les villages. Certaines blessures infligées par les crocodiles, notamment sur les bras et jambes des enfants, nécessitent une prise en charge en urgence. Mais les habitants doivent faire plusieurs heures de route - et souvent sortir de la province - avant d’atteindre un centre de santé correctement équipé.

Les parents du petit Amirhamzeh, la dernière victime des gandos dans la province, l’ont emmené au Pakistan pour qu’il reçoive rapidement des soins adaptés. Il a toutefois perdu sa main.

 Article écrit par Ershad Alijani.