Depuis la mi-juillet, de nombreux étudiants thaïlandais prennent part à un vaste mouvement de contestation pro-démocratie, le plus important depuis le coup d'État militaire de 2014, pour protester contre le gouvernement et réclamer une réforme de la monarchie constitutionnelle. Lors des rassemblements, cette jeune génération s’inspire de la culture pop, et notamment des séries de romans Harry Potter et Hunger Games, pour inventer de nouvelles façons de manifester.

Depuis la mi-juillet, les manifestations sont devenues presque quotidiennes en Thaïlande. Elles sont menées par des groupes d’étudiants pro-démocratie qui réclament notamment la dissolution du parlement et une réforme de la constitution. Depuis le coup d'État de 2014, un conseil de chefs de l’armée, dirigé par le Premier ministre Prayuth Chan-ocha, est au pouvoir. Pour les manifestants, qui demandent la démission du Premier ministre, les liens entre l’armée et la monarchie mettent en danger la démocratie.

Trois doigts levés contre l’oppression

Alors qu'une loi prévoit jusqu’à de 15 ans de prison en cas de diffamation sur un membre de la famille royale, ces jeunes, qui s’organisent sur les réseaux sociaux avec le hashtag #เยาวชนปลดแอก ("Libération des jeunes"), inventent de nouveaux codes pour critiquer le pouvoir en place. L’un des symboles qui revient régulièrement lors des manifestations est celui du salut à trois doigts. Il fait référence à la série de romans Hunger Games dans laquelle l’héroïne, Katniss Everdeen, utilise ce salut comme un appel à la révolution contre le régime oppressif du président. Déjà en 2014, la jeunesse thaïlandaise s’en était emparé pour manifester contre le coup d'État. 

Dans cette vidéo, publiée le 25 août, un professeur retire le papier que tient un étudiant qui s’exprime sur une estrade. En réponse, les autres étudiants lèvent trois doigts et applaudissent.

Le lundi 24 août, de nombreux étudiants de l'Université de Chiang Mai et des citoyens de cette ville du nord de la Thaïlande se sont rassemblés lors d’une soirée rythmée par des discours ainsi que du rap et des chants de contestation ciblant le Premier ministre Prayuth Chan-ocha et le roi Maha Vajiralongkorn.

Sur cette photo, prise lors du rassemblement du 24 août, l'oratrice fait un salut à trois doigts devant une foule qui fait de même. Photo publiée à l'origine par l'utilisateur Instagram GoodMondayShoot.
 
Des baguettes magiques contre les militaires

Lors d’un autre rassemblement le 3 août devant le monument de la Démocratie à Bangkok, des étudiants se sont déguisés en personnages de la série de romans Harry Potter. Ils ont alors agité leurs "baguettes magiques" en demandant la fin du leadership militaire dans le pays. Plusieurs photos de cet événement ont été relayées sur les réseaux sociaux.
 
 
 
En plus d'appeler à l’instauration d’un véritable système démocratique, les étudiants protestent également contre les réglementations strictes imposées aux jeunes en Thaïlande. Dans les écoles, les élèves sont tenus de chanter un hymne qui vante les 12 valeurs thaïlandaises, notamment la discipline et la piété filiale. Il existe également des coupes de cheveux obligatoires - une règle datant de l'époque où la Thaïlande était dirigée par un maréchal militaire soutenu par les États-Unis.

Dans les écoles, refus de chanter l’hymne national

Depuis le début des manifestations, les étudiants thaïlandais sont nombreux à refuser de chanter cet hymne thaïlandais et à le remplacer par un salut à trois doigts, au point que certaines écoles ont tenté d’interdire ce salut. Au cours de la semaine dernière, plus de 100 étudiants ont déclaré avoir été harcelés après avoir fait ce signe à la Hunger Games, selon l'association Thai Lawyers for Human Rights.

Dans cette vidéo, partagée sur Twitter le 17 août, un élève explique qu'un enseignant s’en ait pris aux élèves effectuant ce symbole de résistance. La légende indique : "Notre classe a levé trois doigts. Une fois que cela a été fait, le professeur est arrivé et a dit que cela ne devrait pas être fait à l'école...".
 
Des arrestations de jeunes leaders de la mobilisation ont été documentées et partagées sur les réseaux sociaux, provoquant d’importantes réactions. La vidéo ci-dessous témoigne ainsi de l’arrestation d’un jeune activiste.


Ces récentes mobilisations sont considérées comme illégales en raison des restrictions de rassemblement visant à contrôler la pandémie de Covid-19. Pourtant, le mouvement ne faiblit pas.

Le gouvernement thaïlandais a récemment pris des mesures pour tenter de limiter l'influence des manifestants sur les réseaux sociaux. Lundi 24 août, le gouvernement a ainsi demandé à Facebook de restreindre partiellement l'accès à un groupe clairement opposé à la monarchie. Bien que Facebook s'y soit conformé, refusant aux utilisateurs thaïlandais l'accès à ce groupe qui compte plus d’un million de personnes, Facebook a déclaré dans un communiqué qu'il intenterait une action en justice contre le gouvernement thaïlandais.

Article écrit par Sophie Stuber