ZIMBABWE

Au Zimbabwe, le mouvement #ZimbabweLivesMatter dénonce la violence du régime

Trois des photos publiées sur le hashtag #SoloDemo organisé par des internautes zimbabwéens.
Trois des photos publiées sur le hashtag #SoloDemo organisé par des internautes zimbabwéens.

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Fin juillet, la répression de militants par le gouvernement zimbabwéen a donné naissance à un mouvement de résistance virtuel, qui a rapidement acquis une audience internationale. Avec le hashtag #ZimbabweanLivesMatter, ou les vies des Zimbabwéens comptent en français, des activistes ont voulu attirer l’attention sur les atteintes aux droits de l’homme et demander la démission du président Emmerson Mnangagwa.

Le 31 juillet, plus de 60 personnes ont été arrêtées lors d’une manifestation organisée contre le président Emmerson Mnangagwa, selon un décompte de l’organisation des Avocats zimbabwéens pour les droits de l’homme (ZLHR). Les manifestations ont commencé dans une ambiance pacifique, avec des manifestants rassemblés pour dénoncer la corruption et les atteintes aux droits de l’homme dans le pays. Elles ont rapidement été réprimées par les autorités.

Pour dénoncer ces arrestations, des activistes ont commencé à utiliser le hashtag #ZimbabweanLivesMatter, “les vies des Zimbabwéens comptent” en français, sur les réseaux sociaux. Ce hashtag a connu un retentissement international quand plusieurs célébrités l’ont partagé, notamment le rappeur Ice Cube et l’actrice Pearl Thusi, accompagné d’informations sur la crise politique zimbabwéenne.

Le rappeur Ice Cube a par exemple partagé cette série de tweets avec la légende suivante : "Les brutes en bleu du monde entier doivent être arrêtées". Son fil de message liste plusieurs abus et arrestations récentes avec des photos.

Rapper Ice Cube shared these series of tweets with the caption, “Bullies in blue all over the earth must be stopped.” The thread lists recent abductions and abuses with photos attached.

Quelle est l’origine du hashtag ?

L’écrivaine Tsitsi Dangaremba fait partie des personnes arrêtées le 31 juillet. Plus tôt ce matin-là, elle avait appris sa nomination pour le Booker Prize au Royaume-Uni pour son livre “This Mournable Body”. Cet ouvrage raconte le Zimbabwe après son indépendance et les souffrance systémiques vécues par ses habitants.  

Plusieurs jours après sa libération, Tsitsi Dangarembga s’est exprimée sur les réseaux sociaux. Le 5 août, elle a appelé les Zimbabwéens à créer leurs propres manifestations “individuelles” en marchant dans leurs quartiers avec des pancartes et des drapeaux zimbabwéens. Elle les a également encouragés à partager des photos de ces mini happenings sur les réseaux sociaux avec le hashtag #ZimbabweanLivesMatter. 

L’autrice et metteuse en scène Tsitsi Dangrembga a partagé ses idées et indications sur Twitter pour l’organisation de manifestations individuelles. Elle a cependant averti que “marcher dans votre quartier c’est prendre le risque d’être arrêté”.

 

Un fil de messages sur Twitter montre une série de photos partagées sous le hashtag #ZimbabweanLivesMatter. Pour voir toutes les images, cliquez sur le tweet.

Avec les récentes arrestations, les opposants au gouvernement ont également accusé les autorités de supprimer toute opposition politique et liberté de la presse. Hopewell Chin’ono, un journaliste d’investigation, et Jacob Ngarivhume, leader du groupe politique “Transform Zimbabwe” sont toujours en détention après avoir participé à l’organisation des manifestations anti-gouvernementales. La haute cour de justice du Zimbabwe a refusé de libérer le journaliste sous caution le 6 août dernier. 

 

Dans cette vidéo partahgée par Alex Magaisa le 13 aout, un homme présenté comme le journalsite Hopewell Chin'ono est filmé dans la prison. Une chaine est visible à ses chevilles. 

Des victimes parlent de leur traumatisme ou s’opposent aux autorités

Utilisé à la fois dans les rues lors des manifestations et sur les réseaux sociaux, le hashtag a aussi été utilisé pour documenter de présumées enlèvements et abus visant notamment les activistes et leurs familles. Noxolo Maphose, nièce de l’activiste Josphat Mcaza Ngulube, a par exemple disparu le 7 août dernier. Lorsqu’elle a été retrouvé quelques heures plus tard, elle a expliqué avoir été kidnappée, battue et agressée sexuellement par des agents de l’Etat qui cherchaient son oncle. Dans la vidéo qu’elle a posté sur #ZimbabweanLivesMatter, elle fait part de son traumatisme.

 

Cette vidéo postée la nuit du 7 aout est un enregistrement de Noxolo Maphoso après son kidnapping.

 

Des internautes plutôt surprenants utilisent aussi ce hashtag pour s’opposer au gouvernement Mnangagwa, même anonymement. Dans cette vidéo, un présumé soldat, dont l’identité n’est pas confirmée, déclaré : “Il est temps de libérer le Zimbabwe”.

 

Un homme avec le visage flouté déclaré être un soldat faisant allégeance au peuple du Zimbabwe. Il explique “Notre devoir c’est de défendre le Zimbabwe, pas le Zanu-PF (le parti du président, NDLR). Nous ne devons pas suivre les ordres de répressions qui sont anticonstitutionnels. Ne protégeons pas les politiciens corrompus.” Vidéo publiée le 8 aout par Team Tachedu, un compte géré par un réseau de citoyen zimbabwéens.

Un président qui veut “nettoyer” le Zimbabwe des dissidents

 

De leur côté, les autorités nient les allégations de mauvaise gestion de la situation. “Il n’y a jamais eu d’enlèvement ou quelconque “guerre” contre les citoyens” a affirmé Nick Mangwana, le porte-parole du gouvernement, dans un communiqué. Dans une déclaration à la nation le 4 août, le président Mnangagwa avait promis de “nettoyer” le Zimbabwe des dissidents, affirmant qu’ils étaient une “poignée de rebelles” suivant une “ligue de détracteurs internationaux”.

Au delà des accusations de corruption, le Zimbabwe fait face à une inflation à trois chiffres. La combinaison de la récession économique, d’une forte sécheresse et de la pandémie de Covid-19 a fortement handicapé le pays. Environ 8,6 millions de personne, soit 60% de la population, souffrira d’insécurité alimentaire d’ici fin 2020 selon les Nations Unies. Actuellement, 5308 cas de Covid-19 et 135 décès ont été confirmés dans le pays au 18 aout, des chiffres jugés sous-estimés compte-tenue du faible nombre de tests effectués

 

Article écrit par Sophie Stuber