FRANCE

Des milliers de poissons morts après une fuite dans une usine Nestlé : "Un spectacle de désolation"

Du 11 au 13 août, des volontaires ont répondu à l'appel de la Fédération de pêche des Ardennes pour nettoyer des tonnes de poissons morts dans une rivière. Crédits : Fédération de pêche des Ardennes/Facebook.
Du 11 au 13 août, des volontaires ont répondu à l'appel de la Fédération de pêche des Ardennes pour nettoyer des tonnes de poissons morts dans une rivière. Crédits : Fédération de pêche des Ardennes/Facebook.
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La rivière de l’Aisne, près de Brécy-Brières dans le nord-est de la France, a été le théâtre d’une triste hécatombe le 10 août dernier. Des milliers de poissons ont été retrouvés morts par des pêcheurs qui affirment qu’une usine Nestlé basée dans la ville de Challerange serait à l’origine de ces morts massives. Des volontaires, des pompiers et des pêcheurs ont passé trois jours à nettoyer la rivière. Un de ces bénévoles témoigne.

Le 9 août au coucher du soleil, une importante quantité de boue a été déversée par l’usine Nestlé de Challerange (Ardennes) dans la rivière de l’Aisne. Tony do Rio, le responsable de l’usine qui produit du lait en poudre pour la marque Nescafé Dolce Gusto, a affirmé que dès la connaissance de cette fuite, l’usine avait immédiatement cessé sa production, environ deux heures après le début de l’incident. Des pompiers appelés sur place ont d’abord tenté de diminuer le flux se déversant dans les eaux.

Selon la Fédération de pêche des Ardennes, dès les jours suivants, des poissons morts ont été aperçus sur les rives de l’Aisne. Les activités professionnelles et touristiques ont été interdites entre Challerange et Vouziers pendant une semaine, et un barrage a été construit pour limiter la diffusion de la supposée pollution le long de l’Aisne et dans les autres affluents.

Le 12 août, cette fédération a lancé un appel aux bénévoles pour venir nettoyer la rivière des poissons morts.

La Fédération de pêche des Ardennes s’inquiète dans cette publication datée du 10 août de la pollution près de Challerange.

 

Le 12 août, la même fédération a lancé un appel aux "bras forts et motivés" pour récupérer le maximum de poissons morts dans les eaux de l’Aisne.

"L’odeur du poisson pourri était difficile à supporter"

Régis Piette, résidant près de Brécy-Brières depuis 1991, a participé à l’effort collectif pour nettoyer la rivière. Il est guide de pêche professionnel.

 

J’ai décidé de venir aider après avoir entendu parler de l’appel via les réseaux sociaux. Je vois cela comme un devoir citoyen. Une rivière doit être protégée, ainsi que ses espèces, et ce, pour le bien de tous. Nous étions une vingtaine de personnes, divisées en plusieurs équipes, tout le long des berges de l’Aisne. Je suis très triste de voir cette rivière touchée, et très en colère de voir que cela peut arriver de nos jours. Je n’avais jamais vu une telle pollution de mes yeux.

Pendant le nettoyage, l’eau était redevenue d’une couleur normale, mais le jour de l’incident, elle était noire. À tel point que des branches tombées dans l’eau était devenues complètement noires elles aussi. L’odeur du poisson pourri était très forte et difficile à supporter. La chaleur avait accéléré le processus de décomposition et les poissons tapissaient totalement la rivière. Cela a offert un spectacle d’une grande désolation.

 

Après avoir récupéré une tonne de poissons le 13 août, Régis Piette et les autres volontaires ont pu récupérer la majeure partie des conséquences de la pollution accessibles dans leur zone. Selon la préfecture des Ardennes, ce sont au moins deux tonnes de poissons qui ont été récupérées lors de ces nettoyages, pour une perte estimée entre trois et cinq tonnes. Les carcasses récupérées ont été broyées dans une usine d'équarrissage de la région.

Au troisième jour de nettoyage, des volontaires ont collecté une tonne de poissons morts. Dans un post sur Facebook, la Fédération de pêche des Ardennes a conseillé aux habitants de la région de ne pas toucher aux poissons morts encore présents sur les rives, en état de décomposition.

Des zones de pêche dévastées

La région des Ardennes est connue en France pour ses paysages naturels, ses lacs et ses rivières où il est possible de pêcher. Les pêcheurs comme les touristes se trouvent ainsi très affectés par l’incident. Et ceux qui vivent de cette activité, comme Régis Piette, en pâtissent :

 

Avec cette pollution, notre activité va être affectée de façon inévitable dans le futur. La pêche, et même mon travail de guide de pêche, vont en pâtir. Je vais devoir relocaliser mes écoles de pêche à un autre endroit pour permettre à l’écosystème de cette zone de se régénérer.

Le président de la Fédération de pêche des Ardennes, Michel Adam, a expliqué à l’AFP que tous les poissons sur une portion d’un peu plus de sept kilomètres étaient morts, ce qui représente trois tonnes de poissons. Selon lui, quatorze espèces de poissons sont concernées, dont certaines sont protégées, comme les anguilles et les Lamproies. Des experts ont estimé qu’il faudra une dizaine d’années pour que la population de poissons de l’Aisne retrouve son niveau normal. Un préjudice estimé à plusieurs "milliers d’euros" selon Michel Adam.

France 3 Grand Est explique de son côté que 70 pêcheurs de Challerange ne devraient pas renouveler leur licence de pêche dans la zone.

Nestlé confirme un "débordement ponctuel et involontaire" sans présence de produits chimiques

Selon la préfecture des Ardennes, la mort des poissons serait principalement due à une diminution de l’oxygène disponible dans l’eau. Une enquête a été ouverte par l’Office français de la biodiversité et la gendarmerie pour déterminer si une substance chimique pourrait être à l’origine de la mort des poissons.

De son côté, l’entreprise Nestlé pointée du doigt a présenté ses excuses, et explique que l’entreprise ne libère généralement que de l’eau claire dans l’Aisne. Selon le directeur du site, c’est un "débordement ponctuel et involontaire de boue biologique" a priori sans présence de produits chimiques qui a eu lieu dans la nuit du 9 au 10 août. "On ne sait pas dans quelle mesure nous avons contribué à cette pollution", a ajouté le directeur du site. Selon la Fédération de pêche des Ardennes, des employés de l’usine Nestlé ont spontanément participé aux opérations de nettoyage.

Malgré les excuses de l'entreprise, cette fédération a porté plainte contre Nestlé en se basant sur l’article 432.2 du Code de l’environnement français qui interdit toute dégradation de l’écosystème naturel lors de la libération d’eaux usées ou de déchets dans les eaux de fleuves ou de rivières.

Article écrit par Pariesa Young.