Côte d'Ivoire

Côte d’Ivoire : après les violences à Daoukro, ceux qui se sont opposés nettoient ensemble les rues

À Daoukro, des jeunes issus des différentes communautés qui se sont affrontées lors des protestations contre le troisième mandat d'Alassane Ouattara nettoient ensemble les rues. Crédit : Facebook.
À Daoukro, des jeunes issus des différentes communautés qui se sont affrontées lors des protestations contre le troisième mandat d'Alassane Ouattara nettoient ensemble les rues. Crédit : Facebook.

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Plusieurs images publiées le 16 août sur Facebook montrent des jeunes en train de nettoyer les artères principales de la ville de Daoukro après les violences enregistrées lors des manifestations contre le troisième mandat d’Alassane Ouattara. L’initiative répond à l’appel au calme lancé par les autorités locales pour apaiser les tensions qui ont fait trois morts dans la ville.

La capitale de la région de l’Iffou dans le centre du pays, et fief de l’opposant Henri Konan Bédié, a été le théâtre d’affrontements meurtriers entre partisans du chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara, et ceux opposés à sa candidature à un troisième mandat. Selon un bilan de la police, ces affrontements ont fait trois morts.

>> À lire sur les Observateurs de France 24 : "À Daoukro et Bonoua, des manifestations contre un troisième mandat d’Alassane Ouattara dégénèrent"

Dimanche 16 août, des groupes de jeunes issus des communautés malinké et baoulé ont nettoyé ensemble les artères principales de la ville pour dégager les gravats qui témoignaient encore des scènes de violence.

Les images de ces séances d’entretien ont été partagées plusieurs centaines de fois sur Facebook avec des commentaires positifs. "Vive l'amour et la fraternité entre tous les enfants de l'Iffou. Nous sommes issus de la même sève, celle de notre chère région où a toujours régné le vivre-ensemble et l'union. Ne laissons jamais la politique nous opposer", a commenté un internaute, tandis qu’un autre condamnait les responsables politiques "qui ont appelé à manifester".

"Tout ce que nous avons détruit ensemble, nous devons le nettoyer ensemble"

Kass, un habitant du quartier "Gravier d’or" dans le centre-ville de Daoukro, a participé à la séance de nettoyage. Il raconte :

 

La séance de nettoyage a duré environ deux heures en fin de matinée. L’ambiance était bon enfant. Il y avait des jeunes et des femmes baoulé et malinké.

Nous avons balayé la voie publique ensemble. Chacun est venu avec ses outils. Sur la voie, il y avait encore des pierres, des cailloux, des pneus, du bois. Nous avons ramassé tout ce qui était dangereux, tout ce qui a servi comme arme de destruction.

C’était nécessaire de faire cela ensemble pour donner l’exemple et lancer un message de paix aux communautés. Tout ce que nous avons détruit ensemble, nous devons le nettoyer ensemble. Quand vous regardez les rues aujourd’hui, c’est comme s'il n’y avait rien eu. Elles sont propres.

Nous espérons ne plus revivre les scènes de violence de ces derniers jours. Et les hommes politiques doivent arrêter d’instrumentaliser les jeunes et véhiculer des messages de haine.

L’initiative spontanée répondait à l’appel au calme lancé vendredi 15 août par les autorités communautaires. "Il fallait agir vite. Nous avons instauré un dialogue avec des responsables locaux de toutes les parties. Deux équipes sont allées parler aux communautés impliquées”, a expliqué, au micro de RFI, Traoré Adam-Kolia, président du conseil régional de l’Iffou.

Alexandre Apalo, le commandant supérieur de la gendarmerie, a aussi rencontré samedi et dimanche des élus locaux et responsables religieux pour les inviter à sensibiliser leurs communautés.

Un important dispositif militaire a été déployé pour empêcher d’autres affrontements dans les quartiers. Deux zones tampons ont été également instaurées.

La situation est de plus en plus tendue en Côte d’Ivoire à l’approche du scrutin présidentiel du 31 octobre. Après le décès de son dauphin, Amadou Gon Coulibaly, le chef de l’État, Alassane Ouattara, 78 ans, a décidé de se représenter à un troisième mandat.

La Constitution ivoirienne limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Mais Alassane Ouattara considère que l'adoption d'une nouvelle Loi fondamentale en 2016 l'autorise à se porter à nouveau candidat. Ce que contestent ses opposants.

Article écrit par Hermann Boko