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En Inde, une chaîne humaine pour protéger un temple hindou après des rumeurs sur Facebook

À gauche, des jeunes volontaires protègent le temple hindou. À droite, la foule incendie un immeuble et des véhicules jusqu'à 1 h du matin. Photos partagées sur Twitter.
À gauche, des jeunes volontaires protègent le temple hindou. À droite, la foule incendie un immeuble et des véhicules jusqu'à 1 h du matin. Photos partagées sur Twitter.
Texte par : India
9 mn

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Des émeutes ont éclaté à Bangalore en Inde le 11 août après des publications incendiaires sur Facebook visant le prophète Mahomet, postées par le neveu d’un député hindou. Une foule s’est réunie autour de la maison de l'homme politique, a mis le feu à deux postes de police et a incendié plusieurs véhicules. De peur qu’un temple hindou soit attaqué dans le quartier, des jeunes ont formé une chaîne humaine pour le protéger.

La nuit du 11 août a été particulièrement agitée à Bangalore lorsqu’une foule composée principalement d’individus de confession musulmane s’est ruée vers le poste de police de DJ Halli. Les manifestants demandaient l’ouverture d’une enquête concernant une publication Facebook du neveu d’Akhanda Srinivas Murthy, un député du Congrès national indien.

La publication, depuis supprimée, comportait des propos injurieux envers le prophète Mahomet, et avait été publiée, selon des internautes qui ont pu la consulter, avec une intention claire d’incitation à la haine. L’absence de réaction de la police de Bangalore a ainsi provoqué la colère de la foule.

Des photos et vidéos sur les réseaux sociaux montrent cette importante foule se ruer vers le commissariat.

Une vidéo postée sur Twitter le 11 août montre la foule se réunir autour du commissariat de DJ Halli.

"Les gens disaient : 'Pourquoi la police n’est-elle pas aussi rapide pour interpeller l’auteur d’une publication haineuse contre la religion ?'"

Noor Zahira, un étudiant en journalisme à Bangalore, s’est rendu au poste de police lorsque les émeutes ont commencé :

Les manifestants étaient furieux, car plusieurs semaines auparavant, une situation similaire avait eu lieu, pas autour d’une publication haineuse envers la religion, mais plutôt contre un député [en juin 2020, un homme a été arrêté après avoir posté des propos diffamatoires contre le chef de la province du Telangana, Kalvakuntla Chandrashekhar Rao, NDLR]. Dans la minute où la publication est devenue virale, la police est arrivée au domicile de l’auteur de la publication. À Bangalore, les gens disaient : "Si vous êtes aussi rapides pour interpeller l'auteur d'une publication diffamatoire contre un politicien, pourquoi ne l’êtes-vous pas pour une publication haineuse envers la religion ?"

Le député Akhanda Srinivas Murthy, dont le neveu, identifié comme P. Naveen Kumar, est à l’origine de la publication qui a jeté de l’huile sur le feu, a affirmé ne pas être en contact avec lui. De son côté, l’auteur de la publication a affirmé que son compte avait été piraté et qu’il n’était pas à l’origine de cette publication. Il a depuis été interpellé par la police.

"Éviter que la situation s’envenime"

De crainte que la foule ne s’attaque à des lieux de culte hindou dans ce quartier peuplé majoritairement de musulmans, un groupe de jeunes volontaires s’est réuni autour du principal temple hindou.

Cette vidéo documente la présence, autour du temple d’Hanuman à Bangalore, de jeunes volontaires qui se sont rassemblés pour le protéger face à la foule en colère. Vidéo postée le 11 août sur Twitter par notre Observateur.

Noor Zahira a été témoin de la chaîne humaine :

Le temple se situait seulement à quelques encablures du commissariat attaqué. Pour éviter toute tension communautaire, des personnes se sont réunies pour faire barrage en se tenant par les mains. Elles voulaient absolument éviter qu’un lieu de culte soit touché, et que la situation s’envenime avec des émeutes religieuses.

En février dernier, il y a eu des émeutes à New Delhi, et nous voulions à tout prix éviter cela à Bangalore [53 personnes ont trouvé la mort dans des émeutes dans la capitale indienne lors d'émeutes communautaires entre hindous et musulmans, NDLR]. J’ai également vu des leaders musulmans s’adresser à la foule à Bangalore en expliquant qu’il était grand temps de vivre en paix avec l’autre communauté."

La chaîne humaine a permis de dissuader les émeutiers de s’attaquer au temple hindou. Si aucun dommage n’était à déplorer sur le lieu de culte, cela n’a pas été le cas dans d’autres zones du quartier.

À LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Inde : qui sont les RSS, les nationalistes hindous accusés de violence et d’humiliations envers les musulmans

"Tout a été carbonisé dans un commissariat de police"

Noor Zahira poursuit :

Le commissariat de police qui a été visé est normalement très bien sécurisé. Son portail d’entrée est par exemple très grand et solide. Les manifestants ne sont pas parvenus à le briser. En revanche, ils ont pu profiter de l’arrivée d’un véhicule de police, qui a permis l’ouverture du portail, pour s’engouffrer dans le poste. C’est à ce moment qu’ils ont incendié les lieux. Tout a été carbonisé à l’intérieur, et les fenêtres ont également été brisées par des jets de pierres.

 

Vidéo postée le 11 août montrant la foule en train de briser les fenêtres du poste de police avec des pierres.

Selon notre Observateur, la police a tenté de disperser les manifestants en tirant en l'air et en lançant des gaz lacrymogènes. Trois personnes ont été tuées dans les échauffourées, selon la police.

Après ce premier incident, la foule s’est ensuite dirigée vers un autre commissariat de police, celui de KG Halli, puis vers la maison du député. Il n’y avait ni lui, ni sa famille sur les lieux. Les manifestants ont également brûlé près de 50 véhicules sur leur chemin et 200 autres mis en fourrière dans les commissariats de police.

Dans cette vidéo postée le 11 août, on voit la foule qui se rend vers la maison du député dont le neveu était à l’origine de la publication haineuse.

 

Des manifestants mettent le feu à une moto dans la rue et renversent un véhicule, le 11 août à Bangalore.

Cette vidéo du 11 août montre la foule en train de mettre le feu dans les rues de Bangalore lors des émeutes.

 

Les incident du 11 août à Bangalore ont été unanimement condamnés à la fois par les partis politiques mais aussi les instances religieuses indiennes.

Les autorités indiennes ont imposé un couvre-feu dans le quartier où les émeutes ont eu lieu et interdit le rassemblement de plus de quatre personnes sur la voie publique dans toute la ville de Bangalore.

Selon les chiffres officiels, durant les émeutes, au moins 75 policiers ont été blessés ainsi que plusieurs civils. Au moins 150 personnes ont été interpellées par la police.

Article écrit par Pariesa Young.

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