En Biélorussie, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Minsk, la capitale du pays, malgré une forte présence policière, pour protester contre la réélection, le 9 août, du président Alexandre Loukachenko, jugée "truquée" par l’opposition. Les forces de sécurité ont usé d’armes de contrôle de foule pour réprimer et contenir les manifestants. Mais ces derniers ont riposté avec des stratégies défensives, allant jusqu’à utiliser leurs propres véhicules pour contrer la police.

Les résultats de l’élection présidentielle en Biélorussie ont été proclamés le 10 août par la Commission électorale centrale. Elles donnent vainqueur le président Alexandre Loukachenko qui brigue un sixième mandat à la tête de ce pays d’Europe de l’Est. Homme fort de l’ex-État du bloc soviétique depuis plus de 26 ans, le président sortant aurait été réélu avec un peu plus de 80 % des suffrages exprimés. Mais l’opposition a jugé l’élection présidentielle truquée.

Selon Freedom House, une organisation de surveillance de la démocratie, les élections présidentielles en Biélorussie n'ont pas été démocratiques depuis l'accession au pouvoir d'Alexandre Loukachenko en 1994. L'organisation qualifie la Biélorussie d’"État policier autoritaire dans lequel les élections sont ouvertement truquées".

Selon des chiffres préliminaires rapportés par l’État, l’opposante Svetlana Tikhanovskaya, épouse d’un blogueur populaire Biélorusse, qui a repris la campagne présidentielle de son mari après son arrestation, aurait remporté moins de 10 % des voix. Le 11 août, elle a quitté le pays pour se rendre en Lituanie après avoir promis de contester les résultats de l'élection.

Une vidéo publiée le 8 août montre des véhicules de police et militaires traverser la capitale biélorusse la veille de l'élection présidentielle.
 
Un manifestant tué par un camion de police

Selon NetBlocks, l’accès à Internet était en grande partie bloqué sur tout le territoire biélorusse après la fermeture des bureaux de vote. Mais des vidéos et des photos de témoins ont depuis été largement diffusées en ligne. L’une des principales sources de contenus amateur était Nexta, une plateforme de médias biélorusses qui partage des informations principalement via Telegram, mais aussi sur Facebook et YouTube.

La plateforme reçoit des photos et vidéos de citoyens qu’elle republie ensuite sur ses chaînes qui comptent plus d'un demi-million d'abonnés.

Selon Viasna, une organisation biélorusse de défense des droits humains, au moins un manifestant a été tué le premier jour des manifestations, après avoir été renversé par un camion de police. Le 9 août, Nexta a partagé une vidéo montrant le manifestant heurté par le véhicule de police.

Dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux le 9 août, on peut voir un camion écraser un manifestant qui s'était accroché à l'avant du véhicule.
Sur des photos en gros plan publiées sur Twitter le 10 août, l'insigne de la police de Minsk peut être vu sur le camion qui a écrasé un manifestant.

Ces images ont provoqué l’indignation sur les réseaux sociaux en Biélorussie et un peu partout dans le monde. Des policiers ont également détenu des manifestants dans des fourgonnettes et des bus, les battant parfois une fois à l'intérieur.

Les manifestations étaient dispersées dans différentes zones autour de Minsk, plutôt que concentrées dans une zone particulière. La police a donc intensifié les patrouilles à la recherche de groupes de manifestants isolés.

Anticipant l’usage des camions et fourgonettes de police, les manifestants ont préparé une stratégie de protestation pour la manifestation du 10 août. Certains, avec leurs voitures personnelles, avaient pour objectif de bloquer les routes, transporter des personnes et des fournitures, et alerter les autres sur les allées et venues de la police.

Les manifestants se sont organisés sur Telegram et d'autres réseaux sociaux, partageant des tactiques que les personnes possédant des voitures pourraient utiliser.

Dans la soirée du 10 août, des véhicules ont commencé à bloquer les rues de Minsk, créant un embouteillage pour empêcher les véhicules de police d’entrer dans certaines zones. Pendant ce temps, d’autres manifestants se sont réunis à la gare de Pushkinskaya.

Une vidéo publiée sur Twitter le 10 août montre des voitures bloquant les routes près de la gare de Pushkinskaya.
Les manifestants en voiture ont bloqué les rues près de la station de métro Pushkinskaya

"Il y a des klaxons constants toute la nuit"

D'autres se sont réunis et ont commencé à barricader des routes près du centre commercial de Riga à Minsk. Ayem Peyem a vu les affrontements qui ont suivi depuis son domicile.
 
Il y a des klaxons constants toute la nuit et même pendant certaines parties de la journée. Les gens ont joué de la musique et dansé et, en bloquant la rue avec les voitures, ont empêché les forces de sécurité de manœuvrer librement dans certaines zones urbaines.

La plupart des Biélorusses essaient de mener une vie normale. Ils doivent encore aller travailler mais bien sûr, nous savons que ce n'est pas le cas. Les barricades sont reconstruites et détruites à nouveau. Celle près de chez moi a été détruite trois fois. Elle sera probablement reconstruite pendant la nuit. L’État veut que les gens vaquent à leurs occupations. Ces derniers ne toléreraient pas que la circulation soit entravée.
 
Clous et herses sur les routes

Des messages diffusés par Nexta sur Telegram conseillent aux manifestants de "disperser des clous, des vis et des herses faites maison sur les routes, d'essayer de percer discrètement les pneus des véhicules de police et des fourgonnettes des services spéciaux".

Des herses ont été photographiés dans les rues de Minsk le 10 août.

Les manifestations devraient se poursuivre à Minsk et les populations ont appelé à une grève générale en attendant la tenue de nouvelles élections.

Le ministère de l'Intérieur biélorusse a signalé que plus de 5 000 personnes avaient été arrêtées lors des manifestations. Le gouvernement n’a confirmé qu'un seul décès parmi les manifestants affirmant qu'une bombe artisanale avait explosé dans sa main. Les médias locaux et les récits de témoins font  par contre état de plusieurs morts et de nombreux autres blessés après les deux jours de manifestation.

L'ONU a appelé les autorités à faire preuve de retenue contre les manifestants tout en implorant les protestataires à cesser toute action qui augmenterait les tensions.

Article écrit par Pariesa Young