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Alors qu’un homme filmait une intervention policière musclée dans l’ouest de la Colombie, le 20 juillet, l’un des policiers a pointé son arme dans sa direction, avant de tirer à plusieurs reprises. Pourtant, il est légal de filmer les interventions des forces de l’ordre. Une organisation de défense des droits de l’homme dénonce l'augmentation des violences et des abus policiers depuis le début du confinement.

Les faits se sont déroulés à Palmira, une ville située à une trentaine de kilomètres à l’est de Cali, dans le département Valle del Cauca.

Dans une première vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on voit plusieurs policiers autour d’une personne au sol, ainsi que des jeunes qui observent la scène. On entend un homme crier : "Regardez comment ils l’arrêtent, alors qu’il ne fait rien !" Puis un policier tire en l’air à deux reprises (à partir de 0’07 dans la vidéo), ce qui fait fuir les jeunes. Ensuite, on voit très clairement le mme policier pointer son arme en direction de la personne qui filme (à 0’14), puis on entend un nouveau tir. La vidéo bouge alors dans tous les sens. Deux autres tirs résonnent encore.

Vidéo publiée le 22 juillet sur Facebook par le député Inti Asprilla (Alliance Verte), qui a notamment dénoncé le fait que la police avait tiré en l’air, ce qui, selon lui, constitue un "danger pour la société". Cette vidéo, qui comptabilise plus de 700 000 vues, a également été publiée ici sur Twitter, où elle a été vue plus de 90 000 fois.
 

Une seconde vidéo de cette intervention policière a également été diffusée, où l’on voit un policier tenir l’homme par le cou, au sol. On entend des gens crier : "Regarde sa plaque, filme-le !" L’auteur de la vidéo crie également : "Je peux filmer ! Vous ne pouvez pas me dire que je n’ai pas le droit de filmer ! Ils le frappent ! Si vous l’arrêtiez correctement, ça ne serait pas un problème !" De son côté, l’homme que la police tente de maîtriser dit qu’il a "déjà reçu deux fois du courant électrique", en pointant du doigt un objet de couleur jaune que tient l’un des agents, qui est un Taser (pistolet à impulsion électrique). Puis il ajoute qu’il a "déjà reçu une amende".

Vidéo publiée le 22 juillet.

Ouverture d’une enquête par la police

Contacté par notre rédaction, le département de police de Valle del Cauca nous a transmis un communiqué indiquant que les policiers étaient en train de patrouiller lorsqu’ils ont vu des personnes sur la voie publique, qui ne respectaient pas le confinement (mis en place le 25 mars à l’échelle nationale). Selon leurs "informations préliminaires", ils s’apprêtaient à les conduire à un poste de police, lorsque d’autres personnes auraient tenté de s’y opposer. Ils auraient donc appelé des renforts.

Le communiqué indique également : "Au cours de cet incident, et dans des circonstances qui font l’objet d’une enquête, l’un des fonctionnaires aurait actionné une arme, sans blesser de personnes pour autant." Selon le département de police, l’enquête devra notamment déterminer la nature de l’arme utilisée.
 

"Il est légal de filmer les procédures policières"

Catherine Moore Torres travaille au sein de la Fondation Comité de solidarité avec les prisonniers politiques, une association de défense des droits de l’homme :
 
Lors de cette intervention, il y a eu un usage injustifié et disproportionné de la force pour immobiliser la personne. Par exemple, l’utilisation d’un Taser ne semblait pas justifiée. De plus, si le motif de l’arrestation était la violation des mesures sanitaires, la personne aurait dû recevoir un mandat de comparution [convocation obligatoire à une audience, NDLR], mais les policiers n’auraient pas dû chercher à la conduire ailleurs.

En outre, dans la [première] vidéo, un policier a utilisé une arme qui est visiblement son arme de dotation. Or d’après ce que l’on voit, il n’existe à aucun moment de risque évident et imminent pour la vie et l’intégrité physique des personnes présentes, qui pourrait justifier l’usage de cette arme. Donc elle a été utilisée de façon illégale, sans que cela ne soit nécessaire. De plus, le policier a tiré en direction d’une personne qui filmait la scène, alors qu’il est légal de filmer ce type de procédure.


De fait, la loi colombienne indique que "toute procédure policière" peut être filmée, du fait du "caractère public des activités de la police". Le fait, pour un policier, de s’opposer à cela est ainsi qualifié de "mauvaise conduite".

Le 23 juillet, le Comité de solidarité avec les prisonniers politiques a publié un communiqué dénonçant "l’augmentation des violences et des abus de la part des forces de l’ordre [...] durant le confinement".

Catherine Moore Torres précise :
 
Certaines pratiques sont exacerbées, dans un contexte où les policiers ont le pouvoir de contrôler et de faire respecter les mesures sanitaires.


Le communiqué évoque notamment le cas d’un jeune de 23 ans, mort après avoir reçu un tir de la police dans le sud de Bogota, début juillet. Il buvait dans la rue avec d’autres personnes quand la police les a interpellés, puis une altercation s’est produite. Sont également évoqués les "détentions arbitraires", les "mandats de comparution injustifiés", l’utilisation "indiscriminée" du gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes dans le cadre des protestations, organisées notamment pour réclamer davantage d’aides en cette période de confinement.

Article écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).

 
Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone