Aux États-Unis, les détenus de la prison du comté de Bradley, à Cleveland dans le Tennessee, ont appelé à l’aide et dénoncé leurs conditions de détention en pleine pandémie de Covid-19 à l’aide de petites affiches écrites à la main et collées à leurs fenêtres. Fin juin, plusieurs photos de ces écriteaux sont devenues virales sur les réseaux sociaux, mais l’administration pénitentiaire a finalement recouvert les vitres pour empêcher les détenus de communiquer avec l’extérieur.

De courts messages, écrits sur des morceaux de papier et scotchés aux fenêtres de la prison du comté de Bradley, à Cleveland, dans le Tennessee, décrivent le manque d'accès aux soins médicaux et aux produits d'hygiène de base, ainsi que la peur du Covid-19 au sein de la prison. "Quarantaine de 14 jours. Aucun test, aucun masque, aucun moyen de communiquer avec l’extérieur ou la famille. Pas de date de comparution", "Personne ne reçoit de sous-vêtements, chaussettes et soutiens-gorge ! Les femmes se saignent dessus ! Assistance médicale refusée", peut-on lire sur ces affiches improvisées.

Fin juin, quand ces messages sont apparus, la prison comptait 41 cas de Covid-19 dont 33 détenus, sept agents correctionnels et un employé. Le 8 juillet, le shérif a toutefois assuré dans un communiqué que tous les prisonniers contaminés avaient depuis guéri du virus et étaient sortis de quarantaine.

Selon le projet Marshall, une organisation journalistique à but non lucratif qui documente le système américain de justice pénale, près de 64 000 prisonniers aux États-Unis avaient été testés positifs au nouveau coronavirus au 14 juillet et plus de 3 000 d’entre eux se trouvaient dans le Tennessee. Dans les prisons américaines, très touchées par la pandémie, la circulation du virus a été exacerbée par les mauvaises conditions d’hygiène, la promiscuité et le manque de matériel sanitaire. Déjà en 2018, des poursuites avaient été intentées contre la prison du comté de Bradley pour des problèmes tels que la surpopulation carcérale ou l’absence de soins médicaux adéquats.

"C’est aux détenus de nettoyer eux-mêmes leurs zones et leurs cellules"

Sur les réseaux sociaux, Tiffani Dailey a partagé des nouvelles de son partenaire, Jeremy Wade, qui était jusqu’au 2 juillet incarcéré au sein de la prison du comté de Bradley. Lorsque la vidéo ci-dessous a été publiée le 27 juin, il se trouvait en quarantaine.

"Nous n’avons pas de livres, nous n’avons pas de cartes, nous n’avons pas de stylos", explique Jeremy Wade à propos de son placement dans la zone de quarantaine de la prison du comté de Bradley. Il raconte avoir pu se rendre dehors seulement deux heures par jour et avoir dû partager certains objets avec des détenus potentiellement infectés.

Tiffani Dailey témoigne :
 
Quand Jeremy était à l’intérieur de la prison, j’étais terrifiée. Il m’a dit que les masques et le matériel sanitaire n’étaient pas fournis. Personne ne faisait le ménage, ils ne remplissaient pas non plus les bouteilles de désinfectant. Et c’est aux détenus de nettoyer leurs zones et leurs cellules. Compte tenu des cas positifs au Covid-19 au sein de la prison, il a eu peur pour sa vie – car il y a bien eu une épidémie à l’intérieur.

L'administration dit qu’il y a une période de quarantaine de 14 jours, mais non. Il y a en effet une zone de quarantaine mais pendant ces 14 jours, des gens peuvent y entrer ou en sortir. Le 14e jour, alors que vous êtes sur le point de sortir de quarantaine et de rejoindre les autres détenus parce que vous ne présentez aucun signe ou symptôme de la maladie, une personne pourrait très bien entrer dans la zone et être positive. Et vous y voilà.

Il y a eu 30 cas positifs qui étaient tous dans la même zone que Jeremy. Maintenant, c'est comme ouvrir la boîte de Pandore : toutes ces personnes qu'on n'a pas prises en charge sont malades. Ces 30 personnes ont bien eu le Covid-19. Et certaines personnes négatives ont été forcées d’être au contact de cas positifs.

Lorsque les amis et les membres de la famille de détenus de la prison du comté de Bradley ont partagé leurs histoires et ont demandé de l'aide en ligne, leur démarche est devenue virale. Sur les réseaux sociaux, une pétition exigeant la mise à disposition d’équipements de protection et de produits de nettoyage appropriés à tous les détenus a été largement diffusée. Une collecte de fonds a également été lancée pour permettre la mise en liberté sous caution des prisonniers.

Dès le 29 juin, Tiffani Dailey et d’autres proches de détenus ont commencé à organiser des manifestations hebdomadaires devant la prison. C’est lors de l’un de ces rassemblements que les détenus ont commencé à accrocher leurs messages aux fenêtres.

Traduction : "Des pancartes déchirantes apparaissent au sein de la prison du comté de Bradley aujourd'hui. Les détenus se voient refuser tout équipement de protection individuel (EPI) approprié (masques, produits de nettoyage, etc.) et sont contraints d'utiliser des draps en guise de masques. Les détenus positifs au Covid-19 sont hébergés avec des détenus en bonne santé.”

En réponse à la mobilisation, le shérif du comté de Bradley a publié une déclaration dans laquelle il assure que les règles d'hygiène sont respectées, tout comme la procédure de quarantaine. Le communiqué précise que du matériel de nettoyage est fourni aux détenus pour qu'ils puissent désinfecter leurs propres cellules ainsi que les objets qu’ils partagent, comme les téléphones.

La mobilisation des familles et les appels des détenus depuis leurs cellules ont permis aux prisonniers d’obtenir davantage de matériel de protection et de produits de nettoyage, avec notamment des distributions de masques.

Au fur et à mesure que les conditions se sont améliorées, les affichettes des détenus se sont transformées en messages de remerciement envers les militants et membres de leurs familles se trouvant à l'extérieur. Cependant, le 13 juillet, l’établissement pénitentiaire a décidé de recouvrir les fenêtres des cellules, mettant fin à toute communication.

Cette internaute publie une photo montrant que les fenêtres de la prison sont recouvertes pour empêcher les détenus de faire passer des messages.
 
"Couvrir les fenêtres, c'est injuste, nous sommes écœurés"

Tiffani Dailey a été choquée par cette décision :
 
Quand une personne à l'intérieur, une détenue, nous a appelé et nous a dit : "Hé, c'était moi qui vous disais que j'avais besoin d'aide mais ils ont recouvert ma fenêtre", nous avons juste été écœurés. C'est injuste. Nous avons lancé la campagne de collecte de fonds sur GoFundMe pour les cautions mais aussi pour les aider à faire des achats dans la prison, car beaucoup n’ont pas de moyens.

Nous essayons donc de les aider afin qu'ils puissent rejoindre les membres de leur famille et obtenir ce dont ils ont besoin. Il y a encore beaucoup de monde au sein de la prison. Et c’est la raison pour laquelle nous essayons maintenant de rendre justice à ces personnes qui se voient refuser des soins médicaux, qui sont maltraitées, qui sont enfermées, coupées de la société, et qui ne peuvent pas joindre les membres de leur famille.

Depuis, les amis et la famille des détenus continuent de manifester à l'extérieur de la prison, et des appels à l'aide circulent toujours en ligne. Une nouvelle organisation à but non lucratif, Bradley County Incarcerated Resolutions, a également été créée pour soutenir les prisonniers du comté et plaider en faveur de meilleures conditions d’incarcération.

Article écrit par Pariesa Young.