Observateurs

Des unités tactiques venues de tout le pays sont arrivées à Portland, dans le nord-ouest des États-Unis, dès le 4 juillet pour effectuer des missions de maintien de l’ordre et pour protéger des bâtiments publics, alors que de nombreux rassemblements ont été organisés suite à la mort de George Floyd. Depuis leur arrivée, des vidéos ont circulé les montrant en train d’utiliser des vans banalisés et utiliser des méthodes violentes pour disperser les foules. Certains accusant ces officiers d’attiser les tensions. 

Le département américain de la Sécurité intérieure a envoyé des troupes fédérales de maintien de l’ordre, y compris des unités tactiques, à Portland suite à un décret présidentiel signé par Donald Trump prévoyant la protection de monuments publics dans le cadre des manifestations du mouvement Black Lives Matter. 

Plusieurs vidéos sont venues documenter la situation : on y voit par exemple des affrontements entre officiers et manifestants avec l’utilisation notamment de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes. Des officiers, vêtus de tenues tactiques, ont également été filmés en train d’entrer et de sortir de vans banalisés. 

Le 16 juillet, l’Oregon Public Broadcasting a relaté l’histoire d’un manifestant qui a été arrêté par ces officiers fédéraux, conduit au tribunal dans un van banalisé puis placé en détention avant d’être finalement relâché. 

La vidéo ci-dessous montre deux officiers portant des casques et des vêtements tactiques s’avancer vers un manifestant puis l’embarquer dans un van banalisé.

"Ces officiers fédéraux (?) ont déboulé et ont arrêté quelqu'un sans raison", peut-on lire dans ce tweet publié le 15 juillet. 

Contrairement à ce que prévoit la loi de l'État de l'Oregon, les officiers ne se présentent pas comme des agents du maintien de l’ordre, ne notifient pas le manifestant du motif de son arrestation et ne lui lisent pas non plus ses droits. Si ces officiers fédéraux sont autorisés à effectuer des arrestations, ils doivent cependant informer les personnes arrêtées de leur statut fédéral particulier et les emmener vers une autorité locale dans les meilleurs délais.

Le témoin qui filme la scène demande à plusieurs reprises aux officiers ce qu’ils font, mais sans obtenir de réponse. 

Une autre vidéo montre des officiers à l’équipement similaire monter dans un van sur Main Street dans le centre-ville de Portland et s’éloigner. 
 
"C'est quoi ça ? Ils sont en train de kidnapper les gens", peut-on lire sur ce tweet publié le 15 juillet.  

Selon l’agence Associated Press, des officiers fédéraux d’au moins six départements ont été envoyés dans les villes de Seattle, Portland et Washington D.C. début juillet pour protéger des lieux publics.  

"Un officier fédéral a tiré sur un jeune homme au niveau de la tête, il a dû être emmené à l’hôpital"

Garrison David est un journaliste vidéaste basé à Portland, il couvre les manifestations depuis la fin du mois de mai.

Selon ses observations, les violences se sont intensifiées après la nuit du 11 juillet, quand un officier fédéral a blessé un manifestant avec une arme non létale non-identifiée, destinée au maintien de l’ordre. Le tir a engendré des fractures au visage et au crâne nécessitant des opérations de chirurgie reconstructrice. Cet incident fait actuellement l’objet d’une enquête par les autorités fédérales. 

Le 11 juillet, les officiers fédéraux ont agi seuls. Au début ils n’avaient pas la police de Portland avec eux. Quand la nuit est tombée, ils ont gazé le parc situé en face du tribunal fédéral pour le vider et le parc était toujours ouvert. À ce moment-là, un officier fédéral a tiré sur un jeune homme au niveau de la tête. Il saignait partout sur le trottoir, il a dû être emmené à l’hôpital. C’était le début de la nuit. Après ça ils ont gazé le parc à trois reprises et, finalement, à 2h du matin, la police de Portland est arrivée et a décidé de fermer le parc. Avant ça, il y avait donc uniquement des officiers fédéraux qui étaient là avec leurs fusils d’assaut, qui jetaient du gaz sur la foule et arrêtaient des manifestants. 

Depuis, les agents fédéraux utilisent du gaz lacrymogène à Portland toutes les nuits. La police de Portland n’est autorisée à en utiliser qu’en situation d’émeute, quand la population ou la police est en danger. Les officiers fédéraux, au contraire, peuvent utiliser ce produit chimique et d’autres techniques pour le simple contrôle les foules. 

Le 15 juillet, des rumeurs d’arrestations effectuées depuis des vans banalisés ont commencé à circuler parmi les manifestants. 

Cette vidéo montre deux vans banalisés similaires à ceux utilisés par les autorités fédérales dans d’autres vidéos. Les véhicules entrent dans le bâtiment fédéral Edith Green – Wendell Wyatt. 
 
"Les charges sont bien plus lourdes quand vous êtes arrêté par un officier fédéral"
 
Les officiers ne se sont jamais identifiés et très peu portent leurs matricules. Certaines personnes qui n’avaient pas vraiment bien regardé se sont mis à dire "oh mais si c’étaient en fait des membres d’une milice qui font des kidnappings comme c’est arrivé dans le Midwest le mois dernier ?"  

Mais leur équipement était clairement trop sophistiqué pour être celui d’une quelconque milice. Ils avaient tout l’attirail qui les caractérise. 

Il y avait beaucoup de peur. Quand certains ont été arrêtés par les officiers fédéraux, ils sont restés en détention pendant des jours voire des semaines. Normalement quand vous êtes emmené par la police de Portland dans le cadre de ces manifestations, vous rentrez chez vous le lendemain matin. Mais les charges sont bien plus lourdes quand vous êtes arrêté par un officier fédéral, même quand on vous reproche les mêmes agissements, y compris juste être debout dans la rue. Il y a donc une peur liée au fait de ne pas connaître ces officiers, de ne pas savoir ce qui va arriver en cas d’arrestation. 

Les autorités de l’État de l’Oregon ont accusé les autorités fédérales d’attiser les violences pendant les manifestations et le maire de la ville de Portland, Ted Wheeler, a estimé que les techniques employées par les agents fédéraux "mettent en danger la vie" des manifestants et a demandé à ces derniers de "rester dans leur bâtiment, ou de tout simplement quitter Portland". 

Le département de la Sécurité intérieure n’a pas répondu à nos questions sur les techniques utilisées à Portland et sur l’utilisation de vans banalisés. 

Il a cependant publié un communiqué le 16 juillet condamnant les comportements de "violents anarchistes" à Portland. Le lendemain, le ministre de la Sécurité intérieure, Ken Cuccinelli, a reconnu sur la radio NPR que les officiers fédéraux avaient procédé à des arrestations, expliquant qu'elles étaient menées dans les rues pour protéger les agents fédéraux et emmener les manifestants soupçonnés de violences "dans un lieu sûr pour être interrogés". 

Article écrit par Pariesa Young