Au club de boxe Mathare North à Nairobi, le ring n’est pas occupé par des professionnels, mais plutôt par des enfants et des adolescents des environs, qui évitent ainsi de rester dans les rues. Avec toutes les écoles du Kenya fermées jusqu’en janvier 2021, les enfants du bidonville de Mathare n’ont plus grand-chose à faire, et les activités comme celles du club de boxe s’avèrent essentielles.

Mathare est le deuxième plus grand bidonville de Nairobi, il est situé dans le nord-est de la ville et est peuplé d’environ 500 000 personnes. Les violences des gangs y sont omniprésentes et les jeunes sont parfois contraints de rejoindre le crime organisé. Le club de boxe de Mathare North est gratuit et tente de leur proposer une alternative. Leur objectif est de créer un espace d’accueil pour les membres de la communauté.

Des enfants s'entrainent au club de boxe de Mathare North. Vidéo transmise par Kennedy Ochwila.


La pandémie de Covid-19 a profondément changé le quotidien des habitants de Nairobi, y compris le fonctionnement du club de Mathare North. Le gouvernement kényan a fermé les écoles le 15 mars 2020 et ces dernières ne doivent pas rouvrir avant six mois.
 
 

"Il n’y a pas d’école, donc nulle part où aller"

Même si les mesures sanitaires prises pour lutter contre la pandémie ont forcé le club à revoir son organisation, l’engouement des jeunes reste intact. Charles Macharia Mwangi, 28 ans, gère le programme jeunesse de Mathare North. Il a détaillé à la rédaction des Observateurs de France 24 les effets de la pandémie sur ce club sportif.
 
Certains jeunes et enfants ont arrêté de venir. Il y a aussi eu une période pendant laquelle nous avons dû fermer la salle. Désormais, nous revenons petit à petit. Le Covid-19 a tout changé, mais nous réussissons à garder les enfants occupés. Il n’y a pas d’école, donc il n’y a nulle part d’autre où aller, puisque nous sommes dans un bidonville.

Au Kenya, la pandémie continue de se propager. La semaine du 9 juillet, le ministère de la Santé a enregistré le plus grand nombre de cas depuis le début de la crise. Au 17 juillet, le pays compte 11 673 cas confirmés et 217 décès. Malgré cette récente augmentation, le président kényan Uhuru Kenyatta a commencé la semaine dernière à assouplir les mesures de confinement.

Pour protéger ses membres, la direction du club de Mathare North a pris la décision de reporter la plupart des séances d’entraînement. Pour les programmes qui continuent d’avoir lieu, le personnel a mis en place des protocoles sanitaires et de distanciation sociale, tout en limitant le nombre quotidien d’utilisateurs. Car même sans les entrainements de boxe, le club reste un endroit où les jeunes peuvent venir passer la journée.

"Nous ne pensons pas accueillir de nouveaux enfants pour le moment"


Charles Macharia Mwangi poursuit :
 
Nous ne sommes pas totalement revenus à la normale au niveau des entrainements de boxe puisqu’il y a trop de jeunes et d’enfants qui viennent sur le lieu. Mais si leur nombre est suffisamment limité, il nous arrive d’utiliser le hall.

C’est un lieu pour la communauté. Donc, que nous fassions les entrainements ou non, les enfants viennent ici pour jouer. Parfois, nous ne pouvons plus contrôler leur nombre et devons leur demander de rentrer chez eux.

Charles Macharia Mwangi estime qu’environ 35 enfants suivent actuellement le programme de boxe et, avec les mesures anti-Covid, le club atteint donc sa capacité d’accueil maximum.
 
Nous ne pensons pas accueillir de nouveaux enfants pour le moment. Nous essayons de trouver des solutions pour mieux nous occuper de ceux qui sont déjà là, et pouvoir faire les entrainements en toute sécurité en suivant les recommandations du gouvernement et de la fédération de boxe durant cette période de pandémie.

Des mentors pour les plus jeunes

Pour rester en forme avec les restrictions actuelles, les sportifs doivent faire preuve d’une grande motivation personnelle. Le club attend d’eux qu’ils continuent de s’entraîner seuls et certains membres organisent des courses à pied en groupe ou d’autres activités en extérieur. Kennedy Ochwila, 22 ans, est membre du club de boxe et épaule les plus jeunes.

Un groupe de course à pied s'entraîne un dimanche. 

Le programme jeunesse accueille également des projets communautaires, du conseil et du tutorat, comme l’explique Kennedy Ochwila : "Nous avons aussi des programmes de mentorat juste pour la salle de sport. Ici on apprend la vie, pas seulement la boxe", nous a-t-il confié.
 
"Éviter les ennuis, respecter les autres et s’éloigner des drogues et des gangs"

Bien avant la pandémie, le programme jeunesse avait été pensé comme une alternative à la rue pour les enfants. Pour Charles Macharia Mwangi, l’importance de la salle va bien au-delà du sport.
 
Nous essayons aussi du mieux que nous pouvons d’éduquer les enfants.

Nous ne suivons pas de programme particulier puisque nous ne sommes pas des professeurs diplômés. À la salle, on fait les choses pour nous-mêmes, on ne parle que de la vie, de la façon de se comporter, de vivre avec les autres dans notre communauté. Éviter les ennuis, respecter les autres et s’éloigner des drogues et des gangs.

Donc pour moi il ne s’agit pas seulement de faire de la boxe mais aussi d’apprendre énormément. La boxe fait partie du jeu.

Un enfant à l'entraînement. 

Article écrit par Sophie Stuber (@sophiestube)