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Depuis le début de la pandémie de Covid-19, de nombreux produits prétendant "combattre le virus" sont en vente sur les réseaux sociaux, comme le dioxyde de chlore en Amérique latine. Pourtant, cette substance est inefficace contre le nouveau coronavirus et même dangereuse pour la santé, d’où son interdiction dans plusieurs pays.

Dans la plupart des pays latino-américains, de nombreuses pages Facebook ou encore Instagram font la promotion du dioxyde de chlore, également appelé CDS ("Chlorine Dioxide Solution"). Selon elles, il permettrait de se protéger contre le nouveau coronavirus, et même d’en guérir.

Le dioxyde de chlore est un produit chimique, qui peut être préparé en solution à partir du chlorite de sodium. Cette substance est proche de l’eau de javel, et utilisée comme désinfectant ou agent de blanchiment dans l’industrie textile et celle de la papeterie.


"CDS pour prévenir et guérir du Covid-19 et d’autres pathologies", est-il écrit sur cette page Instagram colombienne, suivie par plus de 1 400 personnes.
 

"Quand une personne a le Covid, à un stade déjà avancé, comment doit-elle le prendre et où peut-elle l’acheter tout prêt à El Alto, en Bolivie ?", interroge une internaute dans un groupe Facebook mexicain qui fait la promotion du dioxyde de chlore, et qui comptabilise plus de 3 700 membres.
 

"Un litre pour prévenir et guérir du Covid-19", indique cette annonce du "Marketplace" de Facebook qui propose du dioxyde de chlore en Bolivie.


Afin de prouver leur sérieux, certaines publications mettent en avant Andreas Kalcker, un scientifique allemand controversé qui défend l’usage de ce produit à des fins médicales dans de nombreuses vidéos sur Internet, vues des centaines de milliers de fois (comme ici).


"Andreas Kalcker explique comment le dioxyde de chlore ou CDS fonctionne de façon scientifique pour prévenir et guérir du Covid-19", indique cette annonce du "Marketplace" de Facebook, en Bolivie.


Des témoignages de personnes ayant soi-disant guéri grâce à ce produit sont également visibles sur les réseaux sociaux, comme dans un groupe Facebook intitulé "Personas curadas con dióxido de cloro" ("personnes guéries avec le dioxyde de chlore").


Entre 7 et 27 euros selon la quantité

Notre rédaction a contacté plusieurs vendeurs proposant des flacons de ce produit sur Facebook, basés en Colombie, au Mexique, en Argentine et en Bolivie. Nous leur avons demandé, via WhatsApp, si le produit permettait d’éviter d’avoir le Covid-19 ou d’en guérir, sans préciser que nous étions journalistes. Tous nous ont répondu par l’affirmative. Leurs tarifs : entre 7 et 27 euros, selon la quantité. Plusieurs d’entre eux nous ont également envoyé des vidéos vantant les bénéfices du produit.


Capture d’écran d’une conversation WhatsApp avec un vendeur colombien, qui assure que le produit "s’utilise pour éviter d’avoir le Covid, et aussi pour en guérir, et pour plein d’autres maladies".
 

Capture d’écran d’une conversation WhatsApp avec un autre vendeur colombien, qui explique : "Le CDS doit être dilué dans de l’eau pour être avalé 8 fois par jour. [...] Une fois l’achat effectué, je vais t’envoyer le protocole à suivre." Il indique qu’il peut nous envoyer le produit dès le lendemain.
 

Au-delà des réseaux sociaux, des gens ont également cherché à acheter ce produit dans des pharmacies récemment, comme à Cochabamba, en Bolivie.


Un produit revenu "à la mode" avec la pandémie de Covid-19

Cela fait des années que certains défendent les prétendus bénéfices de ce produit pour la santé, présenté comme étant un remède contre le cancer, le VIH, le paludisme, le diabète, l’asthme ou encore l’autisme. L’un de ses plus célèbres défenseurs est l’Américain Jim Humble, ancien membre de l’Église de scientologie et fondateur de sa propre église, qui a plusieurs filiales en Amérique latine. Pendant des années, il a ainsi présenté cette substance sous le nom de "solution minérale miraculeuse". Puis, avec l’apparition du Covid-19, ce produit est revenu sur le devant de la scène.


Un produit inefficace...

Cependant, rien ne prouve l’efficacité du dioxyde de chlore contre le coronavirus, selon de nombreux spécialistes. Le 8 avril, l’Agence américaine des produits alimentaires et des médicaments (FDA) a publié un communiqué indiquant "n’avoir connaissance d’aucune preuve scientifique confirmant sa sûreté ou son efficacité", après avoir mis en garde une première fois contre ce produit en 2010. Une position que rejoint, notamment, Olivier Bouchaud, le chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Avicenne, à Bobigny, interrogé sur RFI.

Par ailleurs, selon l’Organisation mondiale de la santé, "aucune étude n’a permis de ‎démontrer l’efficacité d’un médicament ‎actuel pour prévenir ou traiter la maladie", même si "plusieurs essais ‎cliniques de médicaments occidentaux ou ‎traditionnels sont en cours". Pour le moment, elle recommande donc de ne prendre "aucun ‎médicament [...] pour prévenir ou guérir" du coronavirus.


… et surtout dangereux pour la santé

Outre son inefficacité, le dioxyde de chlore est surtout dangereux pour la santé. La FDA a ainsi listé plusieurs effets indésirables, potentiellement "mortels", constatés chez des personnes l’ayant consommé : insuffisance respiratoire, problèmes cardiaques, basse pression artérielle, insuffisance hépatique aiguë, diminution de la quantité de globules rouges, vomissements et diarrhées sévères.

Interrogé par ColombiaCheck, Jorge Oñate, président de l’association colombienne d’infectiologie, précise que sa consommation peut causer "des brûlures dans la muqueuse buccale et gastro-intestinale".

Récemment, des personnes intoxiquées se sont d’ailleurs présentées dans un hôpital bolivien après avoir ingéré du dioxyde de chlore.

Pour l’heure, aucune autorité sanitaire ne reconnaît donc le dioxyde de chlore. Plusieurs d’entre elles ont même alerté le public concernant ses dangers, et l’ont interdit au cours des dernières années, comme en Colombie, en Argentine, dans plusieurs pays européens ou encore en Amérique du Nord.

L’Amérique latine n’est pas la seule région où de prétendus produits "miracles" sont vendus sur les réseaux sociaux contre le Covid-19. En Afrique, des vidéos montrant des recettes à base d’ail, de gingembre ou encore de citron ont également circulé durant la pandémie.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Faux remèdes sur les réseaux sociaux africains : le verdict d’une infectiologue

ACTUALISATION (27 juillet 2020) : le docteur Veller, qui avait initialement été mentionné dans cet article comme étant un défenseur du dioxyde de chlore, de façon erronée, a précisé à notre rédaction qu’il ne soutenait pas l’usage de ce produit, faute de preuve sérieuse quant à son efficacité et en raison de ses possibles effets toxiques.

Article écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).

 
Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone