Bénin

Bénin : un bébé abandonné retrouvé vivant sous un pont, un "phénomène récurrent"

Au Bénin, le bébé retrouvé en vie sous un pont a été pris en charge par une structure d'Etat. Capture écran.
Au Bénin, le bébé retrouvé en vie sous un pont a été pris en charge par une structure d'Etat. Capture écran.

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Deux vidéos publiées sur les réseaux sociaux le 22 juin montrent la découverte d’un nourrisson d’à peine trois mois sous un pont à Kindonou, un quartier au nord de Cotonou. Vivant, l’enfant a été rapidement pris en charge par les autorités. Au Bénin, les abandons de nourrisson sont fréquents.

Une première vidéo montre deux hommes en train de récupérer le bébé abandonné dans les herbes, alors que des dizaines de personnes regardent stupéfaites la scène du haut du pont. Dans la seconde vidéo, on voit le bébé  dans les bras de son sauveteur, enveloppé dans un pagne de tissu. "Quelle méchanceté" s’exclame une voix en fon, une des langues parlées à Cotonou. "Quelle irresponsabilité ! C’est une fille ?" questionne une autre.

La scène s'est déroulée dans la matinée du 19 juin. Selon plusieurs médias en ligne, dont Bénin Web Tv, ce sont les pleurs du nouveau-né qui auraient alerté les populations. Le bébé, un garçon, a ensuite été conduit à l’hôpital de zone de Menontin, le centre de santé le plus proche. "Il y a reçu les premiers soins d’urgence avant d’être transféré vers le Centre hospitalier et universitaire de la mère et l’enfant (CHU Mel). Il présentait une gêne respiratoire et avait une saturation en oxygène”, confie à la rédaction des Observateurs une source médicale.

Contacté, Félicien Fangnon, le chargé de communication du ministère des Affaires sociales et de la Microfinance a confirmé les faits. Il affirme que le bébé est en bonne santé : "Le bébé va bien. Il est dans un centre de prise en charge de Cotonou agréé par le ministère des Affaires sociales.

On ne connaît pas ses parents. La police mène ses enquêtes pour les retrouver. Il faut qu’on arrive à savoir qui sont les mères qui ont accouché récemment et si elles ont toujours leur bébé. Cela va prendre du temps. C’est après cela que la justice sera saisie. Ce qui nous préoccupe maintenant, c’est la sécurité de l’enfant."

Au Bénin, l’abandon d’enfant n’est pas un fait nouveau. Le phénomène est régulièrement documenté dans les médias locaux. Deux semaines après cet incident, le média en ligne "24 heures au Bénin", a annoncé la découverte d’un second bébé dans la nuit du 1er juillet dans le quartier Saint-Jean, au cœur de Cotonou. Un peu plus tôt dans l’année, en mars, c’était le média Bénin Web Tv qui rendait public la découverte du corps sans vie d’un bébé retrouvé dans les collecteurs d’eaux usées du marché Dantokpa à Cotonou.

"Les femmes abandonnent leur bébé faute de moyens financiers pour subvenir à leurs besoins"

Miguelle Houeto est juriste et militante des droits humains et travaille régulièrement sur ces questions. Selon elle, au moins cinq cas d’abandon de bébé ont été déjà signalés depuis le début de l’année.

 

Le phénomène est récurrent, et pas qu’à Cotonou. Il n’y a pas encore eu de vraies études sur le sujet. Mais on constate que ce sont des mères souvent jeunes qui s’adonnent à ces pratiques, souvent à contre-cœur. Elles n’ont pas les moyens financiers pour subvenir aux besoins de l’enfant. Mais le plus souvent, c’est parce que le père refuse de reconnaître l’enfant. Et s’il n’y a personne pour les soutenir, elles décident d’abandonner le nouveau-né.

Cela a des conséquences sur la société. Parce que ces enfants qu’il va falloir placer dans des familles d’accueil ou des centres de prise en charge aux frais de l’État, ne bénéficieront pas de l’amour de leurs parents. Or l’un des droits fondamentaux de l’enfant, et le code de l’enfant le stipule amplement, c’est de pouvoir grandir dans une famille et vivre aux côtés de son père et de sa mère.

Malheureusement, ces enfants n’auront pas cette chance, parce qu’il est difficile de retrouver les géniteurs. Conséquence de ce manque, les relations avec autrui dans la société ne seront pas toujours au beau fixe. Et cela peut créer d’autres situations psychologiques, s’ils ne sont pas bien encadrés.

L’abandon de nouveau-né puni de dix ans de prison maximum

Au Bénin, le code pénal révisé en décembre 2018, punit l’abandon d’un enfant dans un lieu solitaire d’un an à trois ans de prison. Les peines peuvent aller jusqu’à dix ans de prison si le nouveau-né est mort par négligence ou manque de soins et d’hygiène. Inès Hadonou Toffoun, directrice des droits humains et de l’enfance au sein du ministère explique :

"Quand ces infractions d'abandon d'enfants se produisent, après les premiers soins à l'enfant dans un centre de santé, il est placé dans un centre d'accueil et de protection d'enfants, suite à l’ordonnance de placement du juge des mineurs.

Tout citoyen qui a connaissance d’un abandon doit en informer immédiatement les autorités. Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui un grand rôle dans la chaîne de protection de l’enfant. C’est une bonne chose, sous réserve du respect du code de l'information et de la Protection de l'image de l'enfant . Cela nous permet d’avoir des alertes, des signalements et d’aller plus vite dans les recherches. Grâce aux réseaux sociaux, on identifie plus aisément l’enfant et ses parents, parfois à partir de l’habit qu’on lui a mis, ou le pagne dans lequel il a été emballé ou de tout autre indice. La population est d'une précieuse aide.

Par ailleurs, au Bénin, une ligne d'assistance aux enfants permet de dénoncer tout cas de maltraitance."

"Il faut une éducation sexuelle des jeunes pour lutter contre le phénomène"

Selon Miguelle Houeto, la lutte contre le phénomène doit aussi passer par la prévention.

 

"Aujourd’hui, les mères sont de plus en plus jeunes et ne sont pas souvent prêtes pour avoir la charge d’un enfant.

Beaucoup de filles sont livrées à elles-mêmes. Elles sont influencées par la télé, les amis. On remarque aussi que les parents ont aussi démissionné. On ne suit plus les enfants. On ne connait pas leurs fréquentations. Ce qui n’arrange pas les choses.

Il faut davantage que les parents puissent avoir plus d’attention sur leurs enfants. Il faut mettre l’accent sur la prévention des grossesses. Il faut qu’il y ait une éducation sexuelle des jeunes dans les collèges, au sein des familles. Et cela passe par le dialogue parent-enfant, ce qui n’est pas courant dans nos maisons. Le sexe demeure un sujet tabou. Il va falloir palier à cela."

Au ministère des Affaires sociales, on affirme organiser régulièrement des campagnes de sensibilisation auprès des populations sur la sexualité et la grossesse, en milieu scolaire, pour prévenir et lutter contre le phénomène. Un “guide du dialogue parent et enfant” a été élaboré et distribué, et sera mis à jour sous peu, assure le ministère des Affaires sociales.

Article écrit par Hermann Boko (@HermannBoko)