Depuis fin mai, l'Iran est touché de plein fouet par une deuxième vague de Covid-19 qui suscite de très vives inquiétudes : selon nos Observateurs, les hôpitaux sont débordés et les Iraniens ne respectent pas les gestes barrières. En cause, selon eux, le manque de clairvoyance des autorités, accusées d’avoir déconfiné trop vite et de ne pas réagir assez promptement face à une situation à nouveau alarmante.

L'Iran a fait partie des premiers pays touchés par la pandémie de Covid-19, après la Chine, mais les autorités n'ont reconnu la présence du virus sur leur sol que le 21 février. Avec nos Observateurs, nous avions documenté cette première vague, le manque de moyens, les "remèdes islamiques" douteux proposés par des imams et les virulentes critiques quant à la réaction des autorités.  

Dans la première partie de cet article, à retrouver ici, nos Observateurs évoquaient le manque de moyens des hôpitaux, déjà débordés par la deuxième vague.

L’Iran a entamé son déconfinement le 29 avril, et a mis fin à toutes les restrictions comme la fermeture des espaces publics, ou l’interdiction de se déplacer vers les endroits touristiques du nord du pays. Pourtant, plusieurs experts avaient alerté sur une sévère seconde vague possible devant ces décisions du gouvernement et leur manque de clarté. Nos Observateurs en Iran nous ont confirmé que ces prédictions sont devenues réalité un mois plus tard.
 
"Le gouvernement a allégé les restrictions et beaucoup ont oublié dans quelle situation ils vivaient"
 
Notre Observateur Ali (pseudonyme), qui gère un organisme de santé publique d’une ville du sud de l'Iran, estime que les annonces du gouvernement encourageant les Iraniens à retourner travailler et tendant à normaliser la situation ont eu un impact sur les comportements et ont aggravé la situation :
 
Durant la première vague, nous manquions de tout. Nous n'avions pas assez de masques, même pour les équipes médicales, pas assez de solutions hydro-alcooliques, mais les gens étaient conscients qu'il y avait un vrai danger et ils essayaient d'observer au mieux les mesures sanitaires préconisées. Mais après que le gouvernement a allégé les restrictions pour renvoyer les gens à leur travail, je crois que beaucoup ont complètement oublié dans quelle situation ils vivaient. Les parcs sont remplis, les gens ne portent la plupart du temps pas de masque, alors que contrairement à il y a trois mois, il y des masques disponibles pour tout le monde. La distanciation sociale n'est pas du tout respectée. En bref, les gens se comportent comme si tout était normal, et dans cette situation, le virus se diffuse facilement.


Abbas Sabouri, porte-parole du conseil municipal de la ville de Ahram, près de Busheher (sud) est en larmes dans cette vidéo : "La situation est horrible, il n’y a plus de lit dans les hôpitaux, des jeunes meurent, nous supplions les gens de rester chez eux, de porter des masques, d’éviter les foules, de ne pas prier ensemble, mais tout le monde d’en fiche"
 
Malgré le refus des autorités nationales d'imposer un nouveau confinement strict, la pandémie a tellement rebondi dans certaines régions que des mesures de confinement locales ont déjà été prises.

Les villes de Mashhad (nord-est) ou Shiraz (centre) et certaines villes de la province méridionale du Khuzestan ont annoncé le 1er ou le 2 juillet de nouvelles mesures de restrictions : cinémas, librairies, écoles, universités, mosquées ont été fermés pendant une semaine, des mesures qui pourront être renouvelées.

Dans certaines de ces villes, il a été demandé aux gens de porter des masques, mais rien n'indique pour le moment que des amendes aient été infligées à ceux qui n'en portaient pas. À Téhéran, l’inquiétude grandit aussi. Le 8 juillet, Ali Eta, un porte-parole du conseil municipal a écrit sur Twittter : "la situation est horrible [... ] je demande un confinement strict, et au minimum le télétravail des fonctionnaires."
Vidéo prise dans un hôpital de Mashhad (nord-est), où les cas de Covid-19 sont nombreux. La ville a annoncé la fermeture de ses espaces publics le 1er juillet.

"A force de n'avoir aucune consigne claire ou obligatoire, les gens font ce qu'ils veulent"

Maryam (pseudonyme) est manager dans une entreprise siégeant dans une ville fortement touchée par la deuxième vague de Covid-19.

On parle de deuxième vague, mais dans ma région, c'est essentiellement la continuité de la première, nous n'avons jamais vu le nombre de cas sensiblement diminuer. Nous n'avons pas eu de confinement total comme ça a pu être le cas en Europe, et aujourd'hui, les nombres de cas quotidiens et de victimes sont les pires que nous ayons connus.

La seule chose que le gouvernement ait fait durant la "première vague" était de faire fermer les commerces non essentiels, et limiter les heures de travail. Mais en fait, rien de tout ça n'a jamais vraiment été appliqué. Même les magasins de ciment étaient ouverts ! En parallèle, le gouvernement s'est contenté d'émettre des restrictions limitées aux déplacements et a donné des conseils d'hygiène aux fonctionnaires.

 De nombreux travailleurs d’une raffinerie de pétrole près de Behbahan au Khuzestan, reconnaissables à leur tenue de travail bleue, ont été contaminés au Covid-19. Ils se sont rendus à l’hôpital Khomeini de Behbahan pour des tests et des soins.
 
Mais il ne s'agissait pas d'ordres : on pouvait se retrouver avec des établissements bancaires qui interdisaient d'entrer sans masque, mais d'autres pas du tout. Au final, les gens sont les uns sur les autres. A force de n'avoir aucune consigne claire ou obligatoire, les gens font ce qu'ils veulent.

Pire encore, depuis deux mois, le décompte ville par ville a été interdit par les autorités, donc on ne sait même plus comment ça se passe dans la ville ou la région voisine.

Selon les statistiques officielles, un peu plus de 12 000 personnes sont décédées des suites du Covid-19 en Iran. Ce bilan est largement sous-estimé selon des experts indépendants et des estimations internationales.