Une vidéo publiée le 30 juin sur les réseaux sociaux et partagée plusieurs fois, montre un policier exiger un pot-de-vin à une dame assise à l'intérieur d'une voiture, qu'il vient d'arrêter. Filmé à son insu, le policier a finalement été arrêté après la diffusion de la vidéo sur les réseaux sociaux.

La scène se déroule le 30 juin, jour de la célébration du 60e anniversaire de l'indépendance de la République démocratique du Congo, non loin du pont Ngabi à Kinshasa. Dans la vidéo, on voit le policier négocier le montant de son pot-de-vin avec une dame assise côté passager, pendant qu'un autre passager à l'arrière du véhicule le filme à son insu.

La conversation se passe en lingala. Le policier demande : "Ça, c'est selon les ordres du chef de l'État. Combien tu as mis ici ?". Et la dame répond : "20 dollars" en lui tendant un billet. Le policier insiste en secouant la tête : "Non, je t'ai dit 40 dollars". Et d'ajouter plus loin dans les échanges : "Prenez les documents et vous allez partir. Si je vous conduisais au bureau, là-bas, il y a des registres. Avec ces quatre personnes, vous arriverez à 500 dollars."


Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, le colonel Pierrot Mwana Mputu, chargé de la communication de la police nationale congolaise a confirmé l'authenticité de la vidéo et a expliqué que le policier a été mis aux arrêts après qu'elle ait été postée sur les réseaux sociaux."Certaines infractions ne sont pas soumises à une plainte préalable. La vidéo a été portée à l'attenton de tout le monde. Le ministère public s'en est saisi pour vérifier l'authenticité des faits. Et effectivement le délinquant est passé aux aveux."

Plusieurs autres vidéos publiées également sur Facebook montre le même policier être confondu par ses propres collègues. Dans l'une d'elles, il affirme avoir interpellé le véhicule pour surcharge de passagers. Alors qu'il nie les faits, un policier lui montre alors la vidéo publiée en ligne. Le fautif passe alors aux aveux et donne sa version : "La dame avait dépassé la limite des charges autorisées. Dans le véhicule, elles étaient six personnes derrière et deux devant. J'ai proposé de la conduire au bureau. Elle a préféré qu'on en finisse là. Elle m'a proposé 20 dollars."

Trois ans de prison ferme pour concussion

Lors d'un procès public express devant le tribunal militaire de Gombé, mercredi 1er juillet, l'agent qui a un grade de sous-commissaire a été condamné à trois ans de servitude pénale pour violation des consignes, concussion et corruption.

La décision est plutôt rare en République démocratique du Congo où les policiers sont régulièrement accusés d'abus sur les routes et jouissent d'une relative impunité. Des internautes ont commenté la publication en regrettant que les policiers congolais ne soient pas assez bien payés : le salaire de base est de 75 dollars. Mais le gouvernement avait proposé en novembre 2019 de le rehausser à 235 dollars en 2020 pour améliorer les conditions de travail des forces de l'ordre.

En décembre 2019, lors de son discours sur l'état de la Nation au parlement, le président Félix Tshisekedi avait exprimé sa volonté d'être "intraitable dans la lutte contre la corruption" qui gangrène le pays. La RD Congo est l'un des pays les plus corrompus au monde et occupe la 168e place du classement de Transparency international sur la corruption publié en janvier 2020.

Article écrit par Hermann Boko