Avec la mise en application d’une nouvelle loi pour la sécurité nationale le 30 juin, la bataille menée depuis mars 2019 par le mouvement pro-démocratie à Hong Kong contre la mainmise de Pékin semble perdue. Mais certains, fidèles à leur réputation de manifestants inventifs, continuent de protester, cette fois avec… des feuilles blanches. 

La loi pour la sécurité nationale, promulguée mardi 30 juin par le président chinois Xi Jinping, prévoit des peines de prison ferme, parfois à perpétuité, pour sécession, subversion, terrorisme et collusion avec un pays étranger ou des éléments extérieurs dans le but de mettre en danger la sécurité intérieure. 

Depuis le 1er juillet, plusieurs centaines de manifestants hongkongais ont été arrêtés en vertu de cette nouvelle loi, ce alors que de nombreux commerces et partis quittent le mouvement par peur de la répression qui s’annonce.

Mais certains sont toujours dans la rue. Pour remplacer les slogans susceptibles de leur attirer des ennuis, les manifestants ont brandi des feuilles blanches le 1er juillet et dans les jours qui ont suivi. Une façon de continuer d’exprimer leur mécontentement en prenant moins de risques, mais aussi de dénoncer la censure généralisée existant en Chine continentale. 

"Comment manifester sous la loi pour la sécurité nationale ?", ironise le photographe Lam Yik Fei sur Twitter le 3 juillet.

"Puisque les Hongkongais ne savent pas ce qu’il est illégal d’afficher ou non, ils brandissent des morceaux de papiers blanc pour protester", commente cet internaute sur Twitter.

 

"Je ne veux pas retourner à un mode de vie dans lequel on ne peut pas aller sur Google"

La photo de cette jeune femme a très largement circulé. Elle a été retweetée plusieurs milliers de fois.


Dans un entretien accordé au média militant Stand News, la jeune manifestante, originaire de Chine continentale, a expliqué son geste :
 
J’ai été inspirée par une blague que j’avais entendue sur l’Union soviétique : quelqu’un avait commencé à distribuer des tracts sur la Place Rouge, un policier avait abordé cette personne et avait découvert qu’elle distribuait en fait des feuilles blanches. Peu importe, le policier l’avait quand même arrêtée. "Vous croyez vraiment que je ne sais pas ce que vous vouliez dire", avait-il hurlé. 

Avec la loi [pour la sécurité nationale], j’ai soudain voulu voir si cette blague absurde était devenue la réalité. 

Je ne veux pas retourner à un mode de vie dans lequel on ne peut pas aller sur Google, j’ai vu un monde plus large [à Hong Kong, NDLR] et quand je me souviens de ma vie d’avant, en cage, je me dis à quoi bon. Je ne milite pas nécessairement pour l’indépendance de Hong Kong, qui me paraît difficile à obtenir, mais je souhaite qu’elle reste à part, neutre et pacifique comme la Suisse. 

De nombreux restaurants du "cercle économique jaune", un groupement de commerçants soutenant le mouvement pro-démocratie, ont retiré les affiches partisanes de leurs devantures par peur de représailles. Mais certains les ont remplacées par des clins d’œil au mouvement et à son identité visuelle. 

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Le restaurant No Boundary du quartier Causeway Bay a ainsi recouvert les murs de sa salle de post-it, des petits morceaux de papier colorés autocollants. Ils sont vierges, alors qu'habituellement ils sont recouverts de slogans politiques. 


Dans sa publication Facebook, le restaurant a écrit : "Ce n’est pas ce qui était écrit à Lennon Wall qui importait".

Une référence au Lennon Wall, un pan de l’escalier menant au bâtiment abritant le gouvernement central hongkongais, sur lequel les manifestants et activistes avaient collé des milliers d’affiches, dessins, photos et post-it politiques appelant à davantage de démocratie. 

Dans le quartier de North Point, l’établissement Villa Villa Bar & Cafe avait également repris ces post-it vierges, cette fois sur sa devanture.

 

Après une visite des forces de l’ordre, les gérants ont disposé les post-it en forme de doigt d’honneur.