Le 24 juin, des scènes de panique ont eu lieu au CHU Al-Hussein de la ville de Nassiriya, dans le sud de l’Irak, après une pénurie de cylindres d’oxygène et un retard dans la distribution d’oxygène médical. Plusieurs internautes ont relayé des vidéos pour dénoncer les conditions de travail et sanitaires dans les établissements de santé du pays.

Le CHU Al-Hussein de Nassiriya a été touché le 24 juin par une pénurie d’oxygène documentée par des images amateur. La vidéo ci-dessous montre le moment où l’information a commencé à circuler dans le CHU, des proches de personnes atteintes du Covid-19 apprenant la nouvelle et cédant à la panique.


Sous le hashtag مستشفيات_الناصريه_بلا_اوكسجين# ("les hôpitaux de Nassiriya sans oxygène", en français), des internautes ont accusé le ministère de la Santé de négligence et de mauvaise gestion au cours de cette pandémie de Covid-19. La province de Dhi Qar, où se trouve la ville de Nassiriya (à environ 370 km au sud-est de Bagdad( est l’un des ses épicentres.

"Le manque de personnel médical et la vétusté des infrastructures sanitaires obligent à compter sur les volontaires"

Haydar el-Hamad, l’auteur de la première vidéo de cet article, est un journaliste et blogueur originaire de Nassiriya. Il était sur place :

J’assurais la couverture de l’évolution de la pandémie. Vers 2 heures du matin le 24 juin, on a appris qu’il y avait une pénurie d’oxygène et que le premier réservoir d’oxygène médical en provenance de la capitale Bagdad n’arriverait pas avant deux heures au moins. Vu le nombre limité de personnel médical et paramédical, chaque patient atteint du Covid-19 compte sur l’un de ses proches ou ses amis pour l’accompagner en permanence.

Dès que l’information est arrivée, la panique s’est propagée. Durant ces deux heures de pénurie d’oxygène, au moins quatre personnes atteintes du coronavirus sont décédées. L’infrastructure vétuste et le manque de personnel médical dans cet hôpital oblige à compter sur les volontaires.

Deux heures après la pénurie, le premier réservoir est finalement arrivé de Bagdad. Dans la vidéo ci-dessous, les proches des personnes atteintes du coronavirus se ruent près de la cargaison pour s’assurer d’obtenir un cylindre d’oxygène afin de le transférer en urgence aux chambres des patients.

‘’Dans une scène terrible au CHU Al-Hussein, un accrochage entre les proches des patients atteints du Covid-19 a eu lieu pour obtenir un cylindre d’oxygène. Si le ministre de la Santé est incapable de gérer ce genre de problèmes simples, qu’il s’en aille, lui et ses directeurs généraux’’, est-il écrit dans la légende de cette vidéo partagée sur Facebook.

Le staff médical du CHU affirme se sentir délaissé

Dans un point-presse à l’hôpital Al-Hussein, relayé en vidéo par le site d’information de Radio Merbad, les cadres médicaux du CHU ont exhorté le gouverneur de Dhi Qar et le ministre de la Santé à intervenir en urgence pour renforcer les équipes médicales en personnel et en matériel.

"Nous ne pouvons pas regarder nos proches mourir devant nous à cause des mercenaires et ceux qui font de la vie des pauvres leur commerce", s’indigne ce porte-parole du personnel médical du CHU Al-Hussein lors d’un point-presse.


Après cette polémique, le directeur de la Santé de la province a confirmé que le ministre irakien de la Santé, Hassan Tamimi, avait envoyé dix tonnes de dioxygène au CHU Al-Hussein et que sept tonnes avaient également été fournies par le ministère de l'Industrie. Il a ajouté qu’un réservoir d'oxygène d'une capacité de 27 tonnes avait été installé dans le même hôpital.

La rédaction des Observateurs de France 24 a contacté le ministère irakien de l’Intérieur pour en savoir plus sur la situation du CHU et la réponse apportée, mais n'avait pas reçu de réponse au 26 juin. Nous publierons cette réponse si celle-ci nous parvient.
 

Près de 40 000 contaminés, et plus de 1 400 morts du Covid-19 en Irak

La situation épidémique dans la province demeure inquiétante avec plus de 2 000 personnes atteintes du Covid-19 et 123 décès depuis février. Les autorités sécuritaires et sanitaires de la province ont imposé un couvre-feu depuis le 24 juin pour contrecarrer la propagation de l’épidémie. La journée du 25 juin a marqué le pic de l’épidémie avec 262 nouveaux cas et 11 décès en une seule journée.

Selon les chiffres officiels au 25 juin, le ministère irakien de la Santé a recensé officiellement 39 139 contaminations, dont 1 437 ont entraîné un décès, tandis que 18 051 personnes ont guéri.


Article rédigé par Omar Tiss