Accéder au contenu principal
MAURITANIE

Mauritanie : la photo de l'arrestation du "George Floyd mauritanien" provoque la colère de la communauté noire

Deux policiers mauritaniens appliquent un plaquage ventral pour arrêter un individu à El-Minaa dans la capitale Nouakchott. La scène a choqué en Mauritanie, des internautes faisant la comparaison avec l'arrestation qui a coûté la vie à George Floyd.
Deux policiers mauritaniens appliquent un plaquage ventral pour arrêter un individu à El-Minaa dans la capitale Nouakchott. La scène a choqué en Mauritanie, des internautes faisant la comparaison avec l'arrestation qui a coûté la vie à George Floyd.
7 mn

Publicité

Une photo de l’arrestation musclée d’un homme noir dans la commune d'El-Minaa, dans la capitale mauritanienne le 21 juin, anime les discussions sur les réseaux sociaux en Mauritanie. Les internautes ont immédiatement comparé la scène à celle de l’arrestation de George Floyd aux États-Unis, la police mauritanienne ayant utilisé la même méthode pour immobiliser le supposé ''délinquant''.

Dans la photo prise par un témoin qui s’est présenté sur les réseaux sociaux comme "un activiste ", on voit deux policiers mauritaniens appliquant "un plaquage ventral "pour immobiliser un homme noir en posant un genou sur sa nuque dans la région d’El-Minaa, dans la banlieue sud-ouest de Nouakchott. L’homme a été présenté tantôt comme un "voleur", tantôt comme un "individu armé ayant attaqué les autorités" par des blogueurs favorables aux autorités mauritaniennes, sans qu’on sache précisément ce qui lui est reproché.

Mais pour plusieurs internautes mauritaniens, le parallèle a immédiatement fait avec la manière dont le policier américain Derek Chauvin à arrêté George Floyd à Minneapolis, une arrestation qui lui a coûté la vie. Plusieurs internautes ont ainsi dénoncé un acte raciste, survenu dans une banlieue habitée, en grande majorité, par la communauté noire.

Cet internaute publie la photo et commente : "Une arrestation avec les pratiques de la police américaine, c'est un traitement insolent et à dénoncer. Il faut que la direction de la sécurité (nationale) punisse sévèrement ces deux policiers''. 

"Pour moi, ça ne peut être qu’une provocation préméditée de la part de la police"

Pour Hamza Jaafar, activiste pour les droits de l'Homme et membre de la fondation Sahel pour la Défense des Droits de l'Homme, ce type de recours excessif à la force contre les civils, notamment contre la communauté noire de Mauritanie, n’est pas nouveau :

 

Dans ce contexte de soulèvement international contre le racisme et la violence policière, utiliser la même méthode qui a engendré la mort de George Floyd aux États Unis dans une commune habitée à plus de 90 % par des Noirs ne peut être qu’une provocation préméditée contre eux. 

Malgré l’abolition de l’esclavage en Mauritanie depuis 1980, le débat sur le racisme et l’esclavage vis-à-vis des populations noires est toujours vif. Des rapports d’ONG, comme celui d’Amnesty International sur la situation de droits de l’Homme en Mauritanie, confirment que les pratiques esclavagistes et racistes n’ont jamais vraiment cessé.

Quelques jours avant l’incident, un documentaire de la chaîne TV Al-Arabii avait abordé la thématique de l’esclavage des populations noires, thématique sensible en Mauritanie. Après la diffusion de ce documentaire, le ministère de Culture a invité les correspondants de médias internationaux présents pour les avertir que les autorités retireraient leurs autorisations de travail dans le pays s’il traitaient de sujets "menaçant la paix sociale" dans le pays.

"S’il n’y avait pas l’affaire George Floyd, ce geste des policiers aurait pu passer inaperçu"

Selon Hamza Jaafar, ce comportement du ministère prouve que les autorités veulent censurer toute polémique autour de ce sujet :

S’il n’y avait pas l’affaire de George Floyd, ce geste des policiers aurait pu passer inaperçu : les forces de l’ordre ont l’habitude d’agresser les citoyens lors de leurs arrestations. Cette fois, les blogueurs proches du pouvoir ont commencé à justifier cette arrestation musclée en disant qu’il s’agissait d’un délinquant qui avait agressé les policiers avant de s’enfuir. Ils ont même diffusé des images montrant qu’un des policiers avait été supposément blessé à la main. 

La publication d’Hamid Oueld Mohammed, suivi par 38 000 abonnés sur Facebook, prétend montrer la main de l’un de deux policiers supposément agressé par l’individu arrêté. 

 

D’autres blogueurs favorables aux autorités mauritaniennes, comme Mohamed Lamine Abd Eddayem, ont de leur côté estimé que les forces de l’ordre étaient victimes d’une campagne de dénigrement.

"Est-ce que jeune homme est mort ? non, il n'est pas mort, C'est (juste) une méthode pour arrêter les voleurs, qu'ils soient noirs ou blancs. La comparaison de cette image avec ce qui s'est passé avec George Floyd n'est pas raisonnable et la comparaison entre la Mauritanie et les États-Unis est un crime...", commente ce blogueur considéré par Hamza Jaafar comment étant proche des services de sécurité.

Selon le site d’information mauritanien Al-Akhbar, l’auteur de la photo a été arrêté, "ce qui constitue un avertissement pour ceux qui vont filmer des scènes pareilles dans le futur", commente Hamza Jaafar.

Le ministère de l'Intérieur mauritanien a fait parvenir à la rédaction des Observateurs de France 24 un document indiquant que les deux policiers avaient été transférés dans une localité de l'extrême-est du pays en réaction à cette arrestation brutale. Selon une source au sein de ce même ministère, mais qui a préféré garder l’anonymat, cette décision ne serait cependant qu’une "mesure ordinaire" et l’incident serait considéré avant tout comme une "affaire interne". Des internautes considérés proches des autorités mauritaniennes, comme amid Oueld Mohammed, ont affirmé sur leur page Facebook que les deux policiers auraient été incarcérés pendant trois jours avant d’être mutés. 

Un document signé par le directeur général de la sûreté nationale mauritanienne, Mesgharou Ould Sidi, et publié par le site d'information mauritanien Nawafedh, confirme l'affectation de ces deux policiers à l'extrême-est du pays.

 

Article rédigé par Omar Tiss

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.