Une vidéo publiée le 16 juin sur Facebook prétend montrer l’arrestation par le maire de Lubumbashi d’un motocycliste, après que celui-ci lui a répondu en tshiluba, un dialecte parlé par l’ethnie Luba de la province du Kasaï. Des internautes y ont vu une arrestation pour raisons tribales. Mais l’arrestation est davantage liée aux mesures sanitaires prises pour lutter contre le coronavirus, en progression dans la province du Haut-Katanga.

Dans la vidéo partagée plus de 250 fois sur Facebook, on voit le maire de Lubumbashi, Guylain Lubaba Buluma, mettre à l’arrêt un motocycliste après avoir échangé brièvement avec ce dernier dans des langues locales.

On peut l’entendre demander en swahili, la langue parlée dans la province du Haut-Katanga : "À quelle association appartiens-tu ?". "Je n’ai pas d’association", répond le motocycliste en tshiluba. Et le maire de continuer dans la langue de son interlocuteur : "Tu fais quoi avec la moto ?" "Je travaille avec", réplique le motocycliste. "Allez, cachot, cachot maintenant-là", ordonne finalement le maire devant une assemblée de civils et de policiers.


Sur les réseaux sociaux, des internautes ont suggéré que l’arrestation aurait un caractère ethnique : “Le seul péché de cet homme, c'est pour avoir répondu au maire de la ville de Lubumbashi en tshiluba car c'est la seule langue qu'il parle. Chers frères, levons-nous car l'heure est grave. Non au tribalis[m]e et au racis[m]e”, a notamment affirmé cet internaute.

Le tshiluba est la langue des Luba, originaires du Kasaï dans le centre de la République démocratique du Congo. Les taxi-motos à Lubumbashi sont majoritairement issus de cette ethnie.

Arrêté car "il n'appartient à aucune association de taxi-moto"

La scène s’est déroulée le 10 juin, devant le commissariat urbain de Lubumbashi, non loin de la mairie. Ce jour-là, le maire effectue un tour de la ville pour vérifier si les habitants respectent bien les mesures décrétées le 30 avril par décret pour limiter la propagation du Covid-19, comme par exemple le port du masque.

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Guy Lubaba Bumula, le maire de Lubumbashi affirme que le motocycliste a été arrêté parce qu’il n’appartenait “à aucune association de motards”.
 
Non seulement, le motard ne respectait pas les mesures sanitaires, mais n’était pas membre d’une association de motards. Il y en a deux à Lubumbashi. Et il faut obligatoirement adhérer à l’une d’entre elles pour faire du taxi-moto. Cela nous permet de mieux contrôler le secteur.

Et en cette période de Covid-19, les responsables des associations donnent des consignes strictes à leur membre. Mais si le motard est indépendant comment il peut suivre les consignes ? Il ne portait même pas le masque pour se protéger lui-même. Cela mérite bien une sanction.

Le service de communication de la ville de Lubumbashi a précisé à notre rédaction que le motocycliste circulait sans masque et transportait deux personnes à la fois, autre raison pour laquelle il a été arrêté. Le maire comme le service communication de la ville de Lubumbashi ont rejeté les accusations de “tribalisme” affirmant “beaucoup de gens qui parlent swahili ont aussi arrêté ce jour-là, parce qu’ils ont enfreint la loi.

La rédaction des Observateurs de France 24 n’a pas été en mesure de retrouver le conducteur de moto impliqué dans l’incident, mais a pu confirmer les faits via des journalistes présents lors de l’arrestation.

Le Haut-Katanga touché par le coronavirus

À Lubumbashi, la deuxième ville congolaise avec près de 3 millions d’habitants, les mesures sanitaires prises pour contrer la propagation du virus peinent à être respectées par les populations. Surtout par les motocyclistes qui sont beaucoup trop nombreux dans la ville.

Les cas de Covid-19 dans la province du Haut-Katanga ont ainsi augmenté, au point où les autorités provinciales ont décidé un confinement total de 48 h, le week-end du 20 et 21 juin, des villes de Lubumbashi, de Kasumbalesa et de Kipushi. Selon Radio Okapi, 183 cas de Covid-19 ont été diagnostiqués au 22 juin dans la province dont six décès.

Sur le plan national, la RD Congo totalisait au 23 juin, 5 924 cas de coronavirus dont 135 décès.  

Article écrit par Hermann Boko