Dans la foulée de la promulgation par Donald Trump le 17 juin de sanctions américaines contre des responsables chinois accusés de “l’internement de masse” de citoyens ouïghours, de fausses images sont devenues virales grâce au hashtag “#UyghurLivesMatter” – "les vies des ouïghours comptent "en français - visant à dénoncer les persécutions subies par cette communauté musulmane en Chine.

La plupart de ces images choquantes partagées sur le hashtag #UyghurLivesMatter prétendent montrer des scènes de torture dont seraient victimes des Ouïghours en Chine. Si la politique de répression et d’incarcération de masse pratiquée par les autorités chinoises est documentée, la dénoncer en détournant de leurs contextes des images sans rapport a davantage tendance à nuire à la cause ouïghoure comme le soutenait l’activiste Alfred Erkin aux Observateurs en décembre 2019 :
Ces photos et vidéos fausses peuvent être utilisées facilement par la Chine pour leur propagande. Les médias chinois [peuvent ainsi] accuser les Occidentaux de propager des fake news. [...] On a assez de vraies images pour montrer au monde ce qu’il se passe. Ces images donnent une fausse idée et montrent un niveau de cruauté parfois bien en-dessous de la réalité

>> SUR LES OBSERVATEURS : Fausses images sur les Ouïghours : “Ça dessert notre cause”

Ces publications partagées des milliers de fois depuis le 17 juin prennent souvent la forme d’un assemblage de photos mélangeant parfois images authentiques, images détournées et images d’origine incertaine. D’autres sont entièrement composées d’images détournées n’ayant rien à voir entre elles et qui se retrouvent rassemblées sous le “#UyghurLivesMatter”.


Exemple 1 : Une femme torturée? 

Image Femme


Une des photos les plus partagées prétend montrer une scène de torture envers une femme ouïghoure : blessée au visage, son bras est attaché à une chaise tandis qu’un homme lui tient la tête et qu’un autre semble sur le point de lui arracher les ongles. 

Or, grâce à une recherche d’image inversée (voir ici comment faire), il est possible de retrouver cette photo dans des articles datant de 2004 : elle a été prise lors d’une série d’actions à Chicago aux États-Unis destinées à dénoncer les tortures du régime chinois sur les membres du Falun Gong, un mouvement spirituel associé à une secte en Chine et réprimé par le gouvernement depuis 1999. Des tortures avaient alors été mises en scène : la femme sur la photo est une actrice.

D'autres images des actions pour dénoncer les tortures du gouvernement chinois

Exemple 2 : Un bébé en laisse ? 



Accolée à celle d’une image de prétendue torture, la photo d’un bébé tenu en laisse et mangeant dans une gamelle pour chien laisse entendre le pire genre d’exactions. Or s’il s’agit bien d’un cas de maltraitance, celui-ci n’a rien à voir avec la persécution des Ouïghours. 

Toujours grâce à une recherche d’image inversée, on peut retrouver le contexte d’origine de ces images : en 2015 aux Philippines, une mère à posté sur Facebook ces photos de son bébé en laisse, alertée par des militants pour la protection de l’enfance les autorités lui ont retiré la garde.

Exemple 4 : Un homme nu frappé au sol par un militaire ? 


Ici encore cette image - en fait une capture d’écran d’une vidéo qui circule aussi à la faveur du “#UyghurLivesMatter” - ne concerne ni les Ouïghours ni même la Chine. 

Comme l’a démontré le média de vérification indien BOOM, il s’agit de l’arrestation d’un gangster par un soldat indonésien en mai 2017, relatée par les médias locaux.

Exemple 4 : Deux enfants apeurés ?


Cette photo de deux enfants se prenant dans les bras est souvent détournée dans le but de véhiculer une idée de danger imminent, elle a auparavant déjà été utilisée pour illustrer le séisme de 2015 au Népal, un autre au Tibet en 2010 ou encore la guerre en Syrie. Rien de tout cela en réalité puisque cette photo a été prise au Vietnam en 2007 comme l’avait expliqué le photographe Na Son Nguyen auteur du cliché dans un tweet. Selon lui, c’est d’ailleurs sa présence qui avait effrayé la petite fille prise dans les bras par son grand frère.


Si vous avez repéré d’autres photos présentées comme étant des violences envers les Ouïghours, et que vous souhaitez vérifier leur authenticité, n’hésitez pas à contacter notre rédaction  par le moyen de votre choix :
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