Le 3 juin, l’attaque d’un campement peul par des agriculteurs de l’ethnie Mokolé a fait neuf morts dans le village de Goungoun dans le nord du Bénin. Une expédition punitive en représailles à la mort d’un paysan, quelques jours plus tôt, après une bagarre violente entre ce dernier et un éleveur peul. Dans la région, les affrontements entre les deux communautés sont récurrents. Mais ils inquiètent de plus en plus, en raison de l’avancée du terrorisme en Afrique de l’ouest.

A Goungoun, un village situé dans la commune de Malanville, ville frontalière avec le Niger dans le nord du Bénin, le calme est revenu. Mais la situation reste précaire et tendue après les récents affrontements qui ont opposé d’abord le 30 mai puis dans la nuit du 2 au 3 juin, selon le média en ligne Banouto, éleveurs Peuls et agriculteurs Mokolé. Le bilan humain établi par Mohamadou Moussa, le préfet du département de l’Alibori, fait état de neuf morts.  

Plusieurs images de ce qui restent des cases incendiées du campement Peul appelé “Boulla”, sont parvenues à la rédaction des Observateurs de France 24.  Des agents de police et de l’armée ont été déployés, un peu partout dans la ville pour prévenir d’autres affrontements.

"Il y a eu une bagarre et le paysan a reçu deux coups de machette"

Moussa Sambo Nouhoum, 2ème adjoint au maire de Malanville, s’est rendu sur les lieux au lendemain des affrontements en compagnie du préfet du département. Il raconte :
 
“Tout est parti d’une bagarre entre un agriculteur Mokolé et deux éleveurs Peuls, qui a mal tourné, le samedi 30 mai. Les éleveurs étaient venus dans son champ couper les branches d’un arbre.

L’agriculteur les a donc enjoint d’arrêter avant de leur tirer dessus avec un lance-pierre. Une bagarre a ainsi éclaté et le paysan, seul contre deux, a reçu deux coups de machette. Il a succombé plus tard dans un dispensaire.  

Dans la même journée, des agriculteurs ont répliqué en attaquant indistinctement les Peuls du village. Ils sont ensuite revenu à la charge en attaquant le 3 juin, cette fois-ci, en groupe et armés de fusils artisanaux, les campements peuls qui se trouvent aux alentours du village.

Il a fallu que la police arrive sur les lieux pour qu’il y ait une accalmie. Mais malheureusement, les forces de l’ordre n’ont pas pu empêcher les Mokolé d’incendier les cases. L’armée a été donc appelée en renfort”.

Ces informations ont été confirmées à la rédaction des Observateurs de France 24 par un agriculteur Mokolé de Goungoun. S’il affirme que le calme est revenu au niveau de sa communauté, avec notamment la présence de l’armée dans le village, il dit craindre à son tour des représailles du côté Peul.

"Les deux communautés sont appelées à vivre ensemble, mais il y a des provocations"

Les ressentiments entre les deux communautés peuvent aller beaucoup plus loin. Et peuvent s’appuyer sur les préjugés que l’une a envers l’autre comme l’explique Moustapha Hamma, secrétaire général de Kabe Bénin, une ONG basée à Guéné, l’arrondissement dont dépend le village Goungoun. Elle sensibilise les populations afin de prévenir les conflits.
 
Il faut dire qu’il y a des provocateurs des deux côtés. Nous, notre rôle est de sensibiliser sur les conséquences de ces conflits. Parce que les deux communautés sont appelées à vivre ensemble.

Les Peuls ont toujours été perçus comme des étrangers à cause de leur ancienne vie de nomade. Pour les Mokolé ou les Dendi, qui sont essentiellement dans l’agriculture, le Peul n’a pas le droit à la terre et doit être chassé.

Or, les Peuls se sont sédentarisés depuis une soixantaine d’années. A Malanville, Ils font partie intégrante des communautés et des villages. Ils ont des terres. Ils ne peuvent aller nulle part parce qu’ils sont aussi chez eux.

"Lors des affrontements, les responsabilités sont souvent partagées entre agriculteurs et éleveurs"

Dans le nord du Bénin, les affrontements entre éleveurs et agriculteurs sont récurrents. Selon Haffizou Ganda, chef de service à Malanville de l’Agence territoriale de développement agricole, Vallée du Niger, ces tensions sont le plus souvent liées à la transhumance ou à la volonté de contrôler les terres fertiles, :    
 
Au cours des phénomènes de transhumance, il arrive que le bétail des éleveurs détruise le champ des paysans. Et à ce moment, les affrontements peuvent éclater lorsque les deux parties n’arrivent pas à s’entendre sur les dédommagements.

Les affrontements peuvent aussi être liés à des problèmes fonciers. Il faut dire que dans chaque zone, l’État a mis en place des couloirs de passage de bétail connus de tous. Mais ces couloirs peuvent ne pas être respectés. En raison d’une démographie de plus en plus croissante, l’agriculteur, qui est à la recherche de nouvelles terres fertiles, va cultiver dans ces couloirs, ce qui réduit l’espace pour le pâturage.

L’éleveur aussi, toujours dans la recherche de fourrage, peut dévier du couloir tracé pour la transhumance. Dans cette situation, ils ne maîtrisent plus leurs troupeaux et inévitablement on assiste à la destruction des champs des producteurs. Les responsabilités sont souvent partagées.

Un projet de parcelles fourragères pour réduire la transhumance

Du côté de l’État, le gouvernement a décidé fin 2019, de limiter la transhumance afin de prévenir les conflits. Des projets de banques de parcelles fourragères ont été mis en place explique Haffizou Ganda :
 
Ces parcelles fourragères vont servir de pépinière.  Les éleveurs pourront venir y prendre des graines et des souches de différentes espèces de fourrage pour installer leurs propres parcelles fourragères afin de nourrir leur bétail.

Il y a un certain nombre d’éleveurs que nous avons formés. Ils formeront à leur tour, leurs pairs éleveurs sur les techniques de production des fourrages. L’idée est ainsi de réduire considérablement le phénomène de transhumance.

Mais pour Moussa Sambo Nouhoum, le 2ème adjoint au maire de Malanville, un tout autre danger se pointe à l’horizon, dans un contexte où les pays côtiers en Afrique de l’ouest, jusque-là prémunis, sont de plus en plus touchés par le terrorisme. L’élu local s’inquiète d’une éventuelle radicalisation des communautés qui peuvent être tentées de créer des milices d’auto-défense pour se protéger des attaques : "C’est dans ces milices que les groupes jihadistes recrutent. Ces derniers profitent des conflits intercommunautaires pour s’installer durablement. Et là, ce ne serait bon pour personne. L’État doit prendre ses responsabilités".

Dernier événement lié à cette situation dans la région : jeudi 11 juin, une attaque attribuée à "des terroristes" contre une base militaire en Côte d’Ivoire à Kafolo, a fait une dizaine de morts.

Article écrit par Hermann Boko